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encore un tour dans l'Espagne des conquistadores : ce sera Don Juan. » Pour le moment, il représente simplement dans YAstrée la traditionnelle résistance de V esprit gaulois à l'idéalisme sentimental. Cet enfant delà Camargue, chauve de bonne heure, « le poil qui tire un peu sur le roux », coureur de bonnes fortunes, se fait gloire d'être un homme libre, et professe que l'inconstance est une méthode excellente pour rester libre. Il se flatte d'avoir servi des maîtresses (( de toutes sortes, de tout âge, de toutes conditions et de toutes humeurs », et d'être si bien rompu à toutes les pratiques de la conquête amoureuse que nulle ne lui résisterait ; il pousse l'impertinence et la désinvolture jusqu'à le dire devant celles mêmes qu'il veut conquérir. Celui qui n'a jamais eu la hardiesse d'aimer qu'une seule femme ne peut être qu'un pauvre amant. Et quoi de plus ennuyeux que l'amour extrême ! quoi de plus importun ! quelle contrainte mutuelle ! « En amour comme en toute chose, la médiocrité est seulement louable ! » Il remercie le ciel de lui avoir donné une irrésistible inclination à aimer en tous lieux. Sa pétulance amoureuse est si gaie, qu'elle désarme ceux qu'elle scandalise. Il est peu de choses si amusantes dans la littérature française que le récit qu'il fait (I, 8" 1.) de ce voyage sur le bord du Rhône, où il aime successivement ou alternativement Aimée, Floriante, Cloris, et j'en passe. Comme chez Don Juan, l'amour peut entrer dans son ûme par la pitié. Il se
suiv., et sur le courant «ooptiqne et libertin vers le temps de YAslrêe, Reynier, op. cil., p. a33, et la Ihèse de M. Marsan, p. 87», 35i, qiii ait ce rapprocbeDieiit entre Hylas el Don Juan.
LAME UANS LASTKEE I^Q
sent le cœur atteint au vif par un joli visage mouillé de larmes ; voit-il la joie revenue dans ces yeux qui ont pleuré?... : « Tout ainsi que la compassion avait fait naître mon amour, la joie et le contentement de Cloris le fuent mourir.. . » Et il n'a garde de l'obliger à vivre. Et comme Philis s'étonne qu'il tienne si peu de compte de celles qu'il a aimées, que l'oubli chez lui soit si parfait, il répond qu' « il n'y a point en cela de sujet d'admiration, ou de même il faudrait s'étonner de voir un homme libre lorsque la corde qui le soulait lier se serait usée et rompue ». Toujours pimpant, spirituel, il s'est juré de n'être dupe d'aucun fantôme, d'aucune idole. Il tourne en plaisanteries tous les propos de Silvandre.
Il faut lui savoir gré, à cet homme libre, d'avoir obligé Silvandre ^ à rectifier ses idées sur la vraie liberté de l'âme. Silvandre et Tircis, reprenant le vieux symbole que Léon Hébreu avait complaisamment développé, pour montrer que l'amour se suffit pleinement à lui-même, qu'il n'a jamais dessein qui ne commence et ne finisse en lui, qu'il confère donc à l'âme une liberté divine, le comparent à « un cercle rond qui partout a sa fin et son commencement ». Hylas trouve que « c'est bien druiser », c'est-à-dire parler en druide, en métaphysicien. L'essence de l'amour n'est-il pas le désir ? Or, désirer, n'est-ce pas vouloir autre chose que soi même ? Non. répond Silvandre ; et la preuve, c'est que la possession éteint le désir ; l'amour ne peut consister en ce qui le fait mourir. « L'amour étant uu acte de la volonté qui se porte à