‹ De Montaigne à VauvenarguesChapitre 92 sur 93 · I. V. ici, chapitre m · texte numérisé non relu

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l'ame selon vauven argues 419

pas recherché pour lui seul ; il n'est qu'une fin accessoire, et qui échappe si on la poursuit comme le dédommagement des vulgarités de l'action. Il y a chez Vauvenargues un goût de prosélytisme que Montaigne naurait jamais admis.

L'individualisme très sociable de Vauvenargues se distingue non moins nettement de celui de Rousseau. Le moi de Rousseau tend à la solitude. Il a dit qu'il n'avait jamais pu, jamais su tirer aucun parti de l'expérience de ses semblables (et à vrai dire il ne s'en flatte pas, il l'avoue : mais il reste que, sur cette incapacité, il édifiera toute un système de solitude morale) : c'est exactement l'inverse de l'efl'ort de Vauvenargues, qui croyait ne s'être jamais assez familiarisé avec eux. Il possédait une justesse d'esprit, un équilibre moral et mental, qui font qu'auprès de lui on se demande comment d'autres se sont plu à exaspérer des antagonismes si aisés à résoudre, en vivant avec bonne foi, avec bon sens.

Son exemple pourrait être une conclusion. Mais l'histoire ne conclut jamais. Toutes les disciplines de l'âme étaient mises en cause, au moment où mourut Vauvenargues, en 17^7. L'ère de toutes les frénésies individualistes va s'ouvrir. Tandis que la notion religieuse de l'âme, avec les devoirs et les contraintes qu'elle impose, avait jusqu'ici tenu en bride les prétentions égoïstes du moi, maintenant, c'est au nom des droits supérieurs de l'âme, avec laquelle il s'identifie, cpie le moi va se révolter contre toute contrainte et toute culture régulière. Gomment ce moi luxuriant produisit toute une littérature nouvelle, puis comment on vint à l'élaguer, et comment les problèmes de la

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vie intérieure furent repris en termes nouveaux après réclusion romantique, c'est une question qu'on essayera peut-être de reprendre un jour.

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