Avertisseinent aux ni-f. etmnTimcs
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celle-ci : «■ La pensée de la mort nous trompe, parce qu'elle nous fait oublier de vivre. » Il est vrai que ce peut être une pure précaution, — et qu'en effet sa philosophie est uniquement une philosophie de la vie. Mais encore, il a écrit une Médilation sur la Foi, qui n'est certes pas un exercice de rhétorique, et qu'il a maintenue, bien qu'elle affligeât la philosophie de ^ oltaire. Et Marmontel assure qu'il est mort « dans les sentiments d'un chrétien philosophe ».
Cela prouve au moins qu'il y avait par moment dans son esprit un doute favorable au christianisme, un désir que toute la partie consolante (mais celle-là seulement) du christianisme fût vrai. Mais on ne peut dire que le christianisme ait été le fondement de sa vie intérieure, — si ce n'est en ce sens très vague, que l'éducation chrétienne avait développé chez lui l'instinct de la spiritualité. S'il avait vécu, je doute qu'il eût fait un pas vers l'orthodoxie. C'était un de ces esprits doux qui résistent toujours. Il s'assimilait la douceur chrétienne : il repoussait ce qu'il y a de châtiant, de rigoureux dans le christianisme.
Il nous intéresse par cette ferveur spirituelle qui l'aurait tourné vers l'action. On serait tenté par moments de le prendre pour un dilettante de la psychologie, on le soupçonne d'une sorte de sensualité morale, que très certainement Fénelon aurait condamnée chez lui. Mais a-t-il fait autre chose que d'avouer ingénument, comme un trait de noblesse morale, le plaisir qu'il trouvait à élever les âmes au plus haut d'ellesmêmes ? ce qui était la tâche de Fénelon.
Il nous intéresse plus encore parce qu'en lui s'accordent le goût de la sociabilité et le don intérieur, l'a-
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mour des autres et le goût de sa perfection propre. Il ne concevait pas que ces deux choses pussent aller l'une sans l'autre. Pour lui, il n'existait qu'un seul ordre d'être au monde : celui des âmes. Je sais qu'il l'entendait autrement que les moralistes chrétiens, puisqu'il réintègre dans l'âme toutes les passions qu'ils en bannissaient, et qu'il fait des passions nobles un instrument d'afiFranchissement. Mais pour lui, toute passion noble est dans l'âme, et en elle seulement ^; et la plus noble de toutes, c'est la passion de l'humanité.
C'est parce qu'il aimait l'humanité qu'il la plaignait. Et il s'éloignait de ceux qui ne la plaignaient pas, ou qui mêlaient du mépris à leur compassion. Il sentait la supériorité d'essence d'un Pascal ; ce qu'il y a d'ardent et d'inquiet dans cette âme « de feu » le séduisait. Mais il recherchait quelque chose de plus ^^ « cette haute modération (Renan aurait mis : placidité) qu'on n'a pas encore définie, qui n'est ni paresse, ni flegme, ni médiocrité de génie, ni froideur de tempérament, ni effort de raisonnement, mais un instinct supérieur aux chimères qui tiennent le monde enchanté » .
Remarquez -vous qu'avec Yauvenargues, l'humanité, tout ce qu'il put connaître de l'humanité contemporaine, est appelé à collaborer à la culture de l'âme ? Pas plus que Montaigne, le premier des maîtres que
I. Il prouve par exemple que dans l'amour (qu'il connut peu) c'est l'âme que nous cherchons.
a. Eloge d'HippolyU de Seytres.
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nous ayons étudiés, \ auvenargues ne pense qu'on se trouve en s'isolant en soi. Mais l'expérience de la sublimité morale, que Montaigne a cherchée surtout dans la fréquentation des grandes âmes du temps passé, Vauvenargues la demande à l'humanité familière à travers laquelle il se risque ; il a bien moins éprouvé son âme sur les exemples des héros que sur ceux de l'humanité la plus prochaine. Et sans doute, de cellelà aussi Montaigne était infiniment curieux et habile à tirer parti pour sa culture. Mais quand on essaye de le comparer à \ auvenargues, on voit que Vauvenargues demande avant tout à la vie vécue ce que Montaigne ne lui demandait que secondairement : la preuve de la beauté morale. Vauvenargues se laisse prendre, où Montaigne se réserve.
D'autre part, Vauvenargues, comme Montaigne, supprime le conflit entre l'âme et le moi. Pour lui, dégager son être propre, c'est bien du même coup alTranchir la spiritualité qu'on porte en soi. Mais la différence est immense, d'abord en ceci que, pour Montaigne, il s'agit d'une spiritualité tout intellectuelle, et, pour Vauvenargues, d'une spiritualité surtout morale ; mais plus encore en ceci, que, pour Montaigne, l'action est du second ordre, elle passe après la réflexion': pour Vauvenargues, la spéculation se subordonne à l'action ; il faut penser en vue de la vie commune, et la pensée ne se justifie que dans la mesure où elle peut rendre plus belle la société des volontés. Assurément, l'action donne au penseur un plaisir intellectuel ; mais ce plaisir n'est