‹ De Montmartre à SévilleChapitre 1 sur 34 · BOULEVARD SAINT-MARTIN · texte numérisé non relu

BOULEVARD SAINT-MARTIN

DE

J'avoue en souriant que j'aime Montmartre, que je l'ai aimé de tout temps, &, puisque Montnîartre va bientôt disparaître, ou, du moins, se transformer profondément, je veux consacrer à Montmartre . quelques lignes de souvenir.

Comment expliquer cela? Montm.artre me fait l'effet d'un de ces pays créés en même temps que la Bibliothèque bleue & les images d'Epinal.

Une idée naïve s'y rattache invinciblement. Je me rappelle avec délices les plaisanteries sur l'Académie de Montmartre, sur les. moulins « où les enfants d'Eole broient les dons de Cérès » , selon l'expression d'un poëte classique, & surtout la fameuse inscription : Cejl ici le chemin des Anes.

Paris me semblerait incomplet sans Montr martre. J'aime, lorsque je passe sur le boulevard des Italiens, à m'arrêter en face de la rue Laffitte & à saluer du regard l'ancienne tour du télégraphe, qui apparaît, dans une verte échappée, au-dessus de Notre-Dame de Lorette.

Et cependant, le Montmartre d'aujourd'hui eft bien différent du Montmartre d'autrefois. Il a été aplani, rogné, diminué par tous ses abords. Chaque jour, des maisons montent à l'escalade & l'envahissent. Puis, il a perdu une de ses principales curiosités : les carrières, qui ont été comblées. — Elles ouvraient encore, il y. a une quinzaine d'années, leurs perspe(5tives myftérieuses ; la plupart offraient des conftructions régulières ; les voûtes étaient soutenues par des piliers. On les traversait en tous sens.

Ces carrières avaient eu trois races trèsdiftindes de locataires : d'abord les animaux antédiluviens, dont les ossements retrouvés ont fourni de si ingénieuses hypothèses à Cuvier ;

ensuite les carriers, qui y travaillaient à toute heure de jour & de nuit ; & enfin, quand les carriers furent partis, les ' vagabonds de toute espèce en quête d'un asile, c'eft-à-dire d'une pierre pour reposer leur front.

Un autre coup porté à la physionomie pittoresque de Montmartre, c'a été la suppression de sa fête annuelle, une des plus animées & des plus joyeuses, &, par isuite, la disparition de son champ de foire, célèbre dans l'univers entier. Après la déchéance du carré Marigny, la place Saint- Pierre était devenue, en effet, le principal refuge des saltimbanques. J'y ai vu les dernières marionnettes convaincues jouer la Pie voleuse; j'y ai entendu le dernier saint Antoine supplier, en sautant sur ses genoux :

Messieurs les démons, Laissez-moi donc !

tandis qu'un paquet de petits diablotins se ruait en bonds désordonnés contre sa cabane ébranlée par l'orage.

Non! tu danseras!

Tu chanteras!

Et c'étaient chaque soir, pendant deux ou trois semaines, sur cette place relativement étroite, un bacchanal, une foule, une démence,

des cirques en toile, des dioramas dans des berlines, des tableaux de toute dimension représentant des géantes, des physiciens, le tremblement de terre de la Guadeloupe, le mont Blanc, des oiseaux savants, des albinos, un serpent faisant six fois le tour du corps d'un voyageur, des eftrades garnies d'athlètes en brodequins fourrés & de danseuses de corde en jupons à paillettes, des parades à coups de pied, de grosses tête^ en carton s'agitant sur des tréteaux, un ouragan de piftons & de clarinettes, des hurlements dans des porte-voix, des réveils de ménagerie & des illuminations soudaines !

Maintenant, sur cette place, c'eft le silence & c'eft la solitude. Une ftatue informe de saint Pierre se dresse au milieu de ces ruines sablonneuses.

On a fait à la butte elle-même une ceinture de planches qui en interdit Tascension. Plus de promenades à la butte ! Comprenez-vous cela, ô Parisiens de la banlieue?... C'était aussi une des gaietés de Montmartre, ces parties sur ce coteau escarpé, ces glissades, ces défis, ces envolées de robes claires, ces chutes suivies d'éclats de rire. Il y avait tel dimanche où rien n'était plus charmant à voir que cette fourmilière humaine. Des familles entières étaient assises, laissant pendre leurs jambes au bord des talus; des

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MONTMARTRE i)

bourgeois, armés de longues-vues, interrogeaient rhorizon, un horizon sans pareil, une vapeur d'or baignant des milliards de toits, de grands nuages empourprés du côté de Tare de triomphe de rÉtoile !

Qu'on ne ' s'y trompe pas : la butte Saint- Pierre eft, avec la rampe du Trocadéro, un des plus beaux points de vue du monde.

Tel qu'il eft encore, Montmartre mérite une étude, une aquarelle si vous voulez, car Montmartre se compose de tons très-différents. Ses aspeds sont plus variés qu'on ne croirait. Il eft impossible d'en saisir l'ensemble, même du faîte de la tour Solferino.

. Et puis, en fin de compte, il refte quelque chose du vieux Montmartre; il refte un village singulier, perché à une hauteur respeftable, avec des rues étt^oites & tortueuses, des masures toutes noires, des cours qui exhalent des odeurs de laiterie^ de vacherie, de crémerie. Les habitants vous regardent passer avec étonnement par la porte à claire- voie de leurs boutiques.

On arrive à ce hameau escarpé par des escaliers assez nombreux, & dont quelques-uns sont d'un effet pittoresque, entre autres celui qui s'appelle passage du Calvaire. On y arrive aussi par une succession de rues tournantes, accessibles aux voitures. Pourtant je ne réponds pas

que vous déterminiez une expression de satisfaction bien vive sur le visage d'un cocher, lorsque vous lui jetez négligemment cette indication : <r A Montmartre ! place de l'Eglise ! »

Elle n'a rien de remarquable, cette église; on va voir, dans le jardin du presbytère, son Calvaire, qui eft aussi célèbre que l'était celui du mont Valérien. Tout alentour, dans la rue des Rosiers, dans la rue de la Bonne, dans la rue Saint- Vincent, dans la rue des Réservoirs, le long de l'ancien cimetière, se cachent des maisons de campagne ravissantes & ignorées, remplies d'arbres de toute espèce & de tout pays; des retraites silencieuses, touffues, enceintes de vieilles murailles brodées de fleurs. Le plateau, compris entre l'église & les moulins eft certainement le point le plus agréable de Montmartre; le versant qui regarde la plaine Saint-Ouen, ourlé par la rue Marcadet, eft tout à fait coquet & riant. Il y a là des ravins, des sentiers, des champs sérieux, des damiers de culture, dès cabanes de bonne mine. L'œil embrasse une ligne onduleuse de coteaux bleuâtres, au bas desquels apparaît, entre vingt tuyaux d'usines, la basilique de Saint -Denis, veuve de son clocher.

Le côté vilain de Montmartre, le côté pelé, déchiré, tourmenté, eft celui qui commence au

Moulin de la Galette, un des derniers moulins dont la hauteur était jadis couronnée. Deux autres ne sont plus que des squelettes de bois pourri. C'eft la région des guinguettes, des bals, le dimanche, dans les arrière-boutiques de mar- ' chands de vins. La semaine, on n'y rencontre que des terrassiers, occupés auprès des charrettes remplies de gravois. Ces hangars noirs sont des fabriques de bougies, m'a-t-on assuré. J'ai découvert, près de là, un café orné de cette enseigne passablement ambitieuse : Café des Connaisseurs.

Ce versant s'incline sur le nouveau cimetière & eft bordé par la rue des Dames, puis par la rue des Grandes-Carrières.

Tels sont les principaux aspefts, assurément particuliers, de Montmartre. Ils ont eu leur peintre spécial dans Michel, tin artifte peu connu, pauvre, bizarre, qui avait trouvé là sa campagne romaine. Les études de Michel n'étaient guère recherchées & guère payées, il y a trente ans, dans les ventes publiques, où elles se produisaient en assez grand nombre. Il eft vrai qu'elles n'offraient rien de bien séduisant : c'étaient des toiles d'une dimension importante, représentant des carrés de sol, la plupart sans accident, des amas de broussailles avec le ciel à ras de terre, un ciel brouillé, profond,

trifte. Mais tout cela était largement peint, d'un ton jufte. Aujourd'hui, les tableaux de Michel sont mieux appréciés; on les paye, sinon un prix élevé, du moins un prix honorable. Ce sont surtout les artiftes qui les achètent.

Dans les nouvelles dénominations de rues, j'aurais souhaité de voir la.rue Michel, à Montmartre.

Les deux plus récents hiftoriens de Montmartre sont Gérard de Nerval & M. Léon de Trétaigne.

Le premier, dans sa Bohème galante, au chapitre intitulé : « Promenades & souvenirs, » a écrit six de ses pages les plus exquises. Il raconte comment il faillit acheter autrefois, au prix de 3,000 francs, la dernière vigne de Montmartre.

« Ce qui me séduisait, dit- il, dans ce petit espace abrité par les grands arbres du Château des Brouillards, c'était d'abord ce refte de vignoble lié au souvenir de saint Denis. C'était ensuite le voisinage de l'abreuvoir, qui, le soir, s'anime du speflacle de chevaux & de chiens que l'on y baigne, — & d'une fontaine conftruite dans le goût antique, où les laveuses causent & chantent, comme dans un des premiers chapitres de Werther. Avec un bas-relief consacré à Diane, & peut-être deux figures de naïades

sculptées en demi -bosse, on obtiendrait, à Tombre des vieux tilleuls qui se penchent sur le monument, un admirable lieu de retraite, silencieux à ses heures... »

A côté de cet abreuvoir s'élève aujourd'hui une maison élégante, dont le propriétaire eft cet aimable Berthelier, le chanteur de chansonnettes & de vaudevilles.

« Il ne faut plus y penser! — s'écrie Gérard avec ce doux sourire que je revois toujours ; — je ne serai jamais propriétaire ! » Et ses visions d'antiquité lui reviennent de plus belle. Il aurait fait faire dans cette vigne une conftruftion si légère! « Une petite villa dans le goûtdePompéi, avec un impluvium & une* cella, quelque chose comme la maison du poète tragique. Le pauvre Laviron, mort depuis, m'en avait dessiné le plan. »

C'eft ainsi qu'en peu de lignes ce délicat esprit a su dégager toute la poésie agrefte de Montmartre.

Le second hiftorien, dans le sens grave & imposant du mot, eft, comme je l'ai dit, M. Léon de Trétaigne. Ses études sur Montmartre & Clignancourt, conftituant un volume in-o6lavo, ont paru en 1862. Elles résument tous les travaux précédents & embrassent une période considérable de siècles. C'eft le volume qu'il faut ouvrir si l'on veut connaître les révolutions de

cette éminence de terrain depuis le supplice de saint Denis, date à laquelle elle entre violemment dans rhiftoire.

Que d'événements importants se sont passés à Montmartre! Que d'hommes fameux y ont paru, pour prier ou pour combattre !

L'empereur de Germanie, Oth®n II, y a fait chanter un formidable Alléluia qui s'entendit jusqu'à Notre-Dame épouvantée.

Le pape Eugène III y a officié solennellement, saint Bernard lui servant de diacre.

Charles VI, au lendemain du ballet des sau^ vages, où il faillit trouver la mort dans les flammes, s'y eft rendu en pèlerinage, accompagné de toute sa cour.

Ignace de Loyola & François Xavier y ont prononcé leurs vœux & jeté les premières bases de la Compagnie de Jésus.

Henri IV y a établi son quartier général lors de son troisième siège de Paris. On veut même qu'il y ait senti battre son cœur, — qui battait d'ailleurs assez facilement, — pour une abbesse d'un couvent de béhédiftines.

A ce même couvent, transformé & purifié, le Régent & le jeune roi Louis XV sont venus maintes fois faire leurs dévotions.

Puis le vent de la Révolution a soufflé; &, sous la Terreur, Montmartre, l'innocent & tran-

quille Montmartre, a vu son nom changé en celui de Mont-Marat.

Tranquille, viens-je de dire ! Ne vous y fiez pas. En 1814, quatre cents dragons y ont lutté héroïquement contre vingt mille hommes de l'armée de Silésie.

Vous voyez que les souvenirs abondent en cette localité.

Ce livre, très-complet, mène le lefteur jusqu'à Padminiflration de M. le baron Michel de Trétaigne, père de l'auteur & maire de Montmartre pendant plusieurs années.

MM. de Trétaigne père & fils habitent euxmêmes, au bas de Montmartre, dans* la rue Marcadet, un ravissant domaine composé d'une maison, ou plutôt d'une petite maison^ ornée de bas-reliefs erotiques, & d'un parc d'une étendue qu'on ne soupçonnerait jamais dans un faubourg parisien. De longues avenues de tilleuls & de marronniers, d'épaisses charmilles, des pelouses immenses, des peupliers gigantesques, des cèdres, des arbres de Judée contribuent à rendre invraisemblable cette propriété magnifique.

Aujourd'hui, le maire de Montmartre eft M. Leblanc.

Ce n'eft pas la faute à cet honorable fonélionnaire s'il eft forcé de signer tous ses actes : Le maire, Leblanc.

LAURORE

L'aurore ! Ah oui ! une jolie chose, à Paris 1

C'eft d'abord la lutte muette & siniftre du noir & du bleu, entre deux hautes rangées de maisons. J'habite un faubourg. La vapeur ténébreuse saisit mes mains lorsque je pousse mes persiennes, qui cèdent en se plaignant; il me semble que je me réveille dans un grand puits. J'ai le frisson.

L'aurore! Ah oui ! une jolie chose, à Paris !

Cependant. les masses commencent peu à peu à prendre du relief. Le coin derue s'accuse. Je diftingue les enseignes ; je lis : Café de l'Union en lettres jaunes ; plus loin : Emy & C®, four-

niiures pour tailleurs. — Du refte,* aucun bruit, pas un murmure. Je suis bien seul. La première boutique qui s'ouvre eft celle du marchand de vins; un garçon transi essuie le comptoir de plomb. — Presque aussitôt j'entends tomber lourdement les volets du boulanger. La vie va commencer : le pain & le vin sont en présence.

L'aurore ! Ah oui ! une jolîe chose, à Paris !

En attendant, voici l'armée des balayeuses; leurs grands balais traînent avec un son monotone sur les pavés qu'ils essuient ; on dirait les ailes d'une chauve-souris battant un mur. Les balayeuses ne voient rien, n'entendent rien ; elles sont tout à leur tâche ; elles se parlent à peine. — Un inspedeur passe, s'arrête, les regarde, & continue sa route. Les balais vont toujours.

L'aurore ! Ah oui ! une 'jolie chose, à Paris !

Il ne fait pas encore tout à fait clair là-haut ; il fait pâle. — Aux maisons d'en face quelques rideaux ont été écartés ; je vois soulever les vitrages des chambres à tabatières^ où couchent les cuisinières. En bas, les chiens errants reprennent leur course à travers les ruisseaux. La première charrette se montre.

L'aufore! Ah oui ! une jolie chose, à Paris!

Les ouvriers se rendent au travail, tenant

PARIS l5

SOUS le bras, comme une conquête, un morceau de pain enveloppé dans un mouchoir de couleur. Ils marchent hâtivement, isolés. Des laitières s'inftàllent à leurs places accoutumées sous les portes cochères. L'air fraîchit, les cheminées fument.

L'aurore! Ah oui ! une jolie chose, à Paris!

Vnpochard rentre chez lui. Il a les yeux rougis; son chapeau a dû se heurter contre un plafond trop bas; — aux coudes de sa redingote sont des taches blanchâtres : il s'eft frotté sans doute aux parois d'un escalier. Ce pochard a l'air bon d'ailleurs, il respire bruyamment & fait des haltes pendant lesquelles il parle tout haut & lève les yeux au ciel. Il n'eft pas encore malade, mais il le sera dans une heure; — que la morale se rassure ! '

L'aurore ! Ah oui ! une jolie chose, à Paris !

C'eft fini : voici la lumière, voici l'aurore! Elle va teindre de nuances diamantées les murs, les vitres sales, les trottoirs, les balcons, les en* seignes, les tuyaux de plomb, les boutiques, les passants. Il va resplendir, mon faubourg!

L'aurore ! Ah oui ! une Jolie .chose, à Paris !

l'heure de l'absinthe

On avait déjà Theure du berger; voici venir maintenant l'heure de l'absinthe.

Paris n'eft* continuellement occupé qu'à se créer des habitudes. A l'habitude du tabac, à l'habitude de la bière, il a ajouté depuis plusieurs années l'habitude de l'absinthe.

Qu'on ne s'attende pas à de banales imprécations contre ce breuvage-émeraude , comme dirait Vi6lor Hugo. Je sais les désordres que son abus entraîne.

Donc, Paris n'avait guère autrefois qu'un seul motif pour aller au café, motif honnête, plausible, celui de savourer, entre six & sept heures du soir,

La fève de Moka dans rémail du Japon.

Bientôt il s'aperçut que ce n'était pas assez pour lui d'aller, au café après dîner ; il voulut encore y aller avant.

Dès lors, l'heure de l'absinthe fut imaginée.

L'heure de l'absinthe commence vers quatre heures de l'après-midi.

A ce moment tous les cafés, principalement ceux du boulevard, présentent l'asped le plus animé. C'eft la Bourse des oisifs après la Bourse des affairés.

Des groupes de trqis ou quatre personnes s'organisent autour de chaque table, — à l'extérieur pendant l'été, à l'intérieur pendant l'hiver.

C'eft un va-&- vient de plateaux; les garçons, la bouteille d'absinthe au poing, demandent aux consommateurs :

— Monsieur, pure ou avec de la gomme?

— Non, avec de l'anisette.

Car il y a cent manières de prendre l'absinthe, & puis aussi de la faire j c'eft-à-dire de la troubler avec l'eau, de la mêler, de la battre, de la lier. J'ai connu des professeurs d'absinthe.

La Muse verte! ainsi l'ont baptisée quelques poètes désespérés.

Un fléau mo<îerne! a-t-on ajouté, r— Pas si moderne, car on trouve dans l'Apocalypse deux versets consacrés à l'absinthe & aux buveurs d'absinthe. L'Apocalypse a tout vu , tout annoncé; c'eft encore le livre le plus aftuel que nous ayons.

Voici ces deux versets, détachés du chapitre vin :

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« 10. Puis le tiers ange sonna de la trompette, & il cheut du ciel une eftoille ardente comme un flambeau, & cheut en la tierce partie des fleuves & es fontaines des eaux.

« 1 1. Et le nom de Teflioille eft Absinthe^ & la troisième partie des eaux devint absinthe, & plusieurs des hommes moururent par les eaux à cause qu'elles devinrent amères. »

Mais pour peu que la couleur vous effraye ou vous semble suspede, lefteur, on a à vous proposer Tabsinthe blanche , Tabsinthe hypocrite, qui rassure le passant sur votre moralité & lui fait croire que vous buvez de Forgeât.

Du refl:e, ainsi que je Tai dit, Tabsinthe n'eft qu'un prétexte chez beaucoup de gens. Cela efl: si vrai, que la moitié d'entre eux se font apporter du vermouth, du madère, du marsalla ou du bitter.

Oh! le bitter! — Quelques-uns le prennent en le mélangeant avec du cognac, du curaçao, de la menthe & deux morceaux de sucre. Je m'abstiens de tout commentaire.

Cela n'en efl: pas moins l'heure de l'absinthe.

Elle eft tellement passée dans nos mœurs, cette heure-là, que rien n'eft plus fréquent que de surprendre au coin d'une rue le dialogue suivant :

— Tiens ! c'eft vous ! Qu'eft-ce que vous devenez? on ne vous voit nulle part.

— Mais si !

— Où donc?

— Tous les soirs au café de "*.

— A quelle heure ?

— A rheure de l'absinthe, parbleu !

Ainsi, dans cette merveilleuse capitale, s'enrichit & se poitise Journellement le langage de Voltaire & de Joseph Kelm.

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