‹ De Montréal à Jérusalem [microforme]Chapitre 110 sur 119 · SUR LE PAQUEBOT LE NIÉMEN · texte numérisé non relu

SUR LE PAQUEBOT LE NIÉMEN

La mer était très-calme et la paix des étoiles, Suivant l’ordre, tournait sur l’orbe de nos voiles. Nous quittions l'Orient qui meurt dans ses clartés, Ayant vu, loin de Dieu, les esprits écartés

Vers les formes, les rits, des rocs et des empreintes, Cet Orient qui meurt, en armes, dans les craintes, Où le seul homme libre est l’Arabe qui tend

Sur les rochers sans eau sa tente au vent battant,

Où l’homme, fléchissant le genou devant l’homme, Que ce maître, pacha, pope ou moine se nomme, Touche du front encore et des lèvres la main

Qui consacre en autrui l’abaissement humain.

Nous voguions vers la terre où, généreuse encore, D’efforts et de combats la liberté s'honore;

Vers l’Europe où s'arrête à présent suspendu

Le temps qui ne peut voir à l’horizon perdu

Si l’avenir du monde est dans la mer de Grèce

Ou dans l’ouest de New-York que le settler dépèce.

Un vieux moine espagnol revenait avec nous, Aveugle et tâtant l’ombre. En son capuchon roux Sa figure brillait pâle, imposante et claire,

Etses yeux blancs cherchaient sans espoir la lumière.

Le vieux moine se fit conduire au piano Et toucha dans la nuit l’hymne de Riego.

16 octobre 1868.

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