TÉNÉDOS
Arrivés à Ténédos, nous descendons pour faire des sacrifices aux dieux.
OpysséE, III.
Dieu prophète Apollon, Dieu des ardents quadriges, Dis-nous par quelsefforts, dis-nous par quels prodiges, Par quel sentier pénible et semé de combats, L'homme au regard des dieux peut monter ici-bas. Ainsi nous consultions le Dieu que Chryse adore, De son char éclatant, sur le temple qu’il dore,
L’archer, fils de Latore, a retenu l’essieu; Nous aspirons, muets, la réponse du Dieu.
Soudain le temple gronde et la vierge sacrée
Sur le trépied divin bondit pâle, égarée.
Elle parle ; à sa voix les lauriers ont tremblé ;
Du ciel calme et profond l'éclat pur s’est troublé : Hommes, soyez pieux ; gardez toujours dans l'âme Le respect pour ies Dieux que leur grandeur réclame; Soyez pour l'ennemi toujours prudents et forts ; Qu'il rampe parmi vous, qu’il s’agite au dehors, Défendez contre lui le patrimoine antique,
La terre des aïeux, le foyer domestique ;
Veillez, et qu’abrités sous les glaives, vos fils, Vos femmes, dans la paix, honorent le logis; Soyez durs au superbe et doux au misérable ;
Que l’ami trouve en vous une main secourable ; Soyez sages et droits ; qu’en ses propres détours La ruse autour de vous s’embarrasse toujours ; Que par vous poursuivi le crime heureux s’expie ; Gardez-vous des méchants et châtiez l’impie.
C’est ainsi que, les yeux pleins de vagues terreurs, La prêtresse écumante épancha ses fureurs ;
Ses fureurs, car laissant, comme un édit farouche. La calme vérité s’échapper de sa bouche,
Elle semblait nous dire : Écoutez, écoutez,
Vous qui resterez sourds à vos Dieux consultés : Celui qui, par l’oubli, laisse en sa conscience
Du bien qu'il demanda s’égarer la science,
Et croit tromper les Dieux dont stable est le décret. Dans le mot qu'il leur tire a dicté son arrêt.
Sous ces mots d'un vieillard héritier des mystères Songeaient pieusement des jeunes gens austères. En ces temps où les Grecs, voisins du siècle d'or, Aux antiques vertus rendaient un cuite encor.
Iles et mers, que loin sont ces âges de force
Où la première vie errait dans toute écorce,
Où l’homme, ayant sur lui l'inconnu du destin, Cherchait le vrai, tâchant de percer l'incertain !
Souvenir près de Ténédos,22 octobre 1868.