LE TOMBEAU DES NCIPIONS
Porte Saint-Sébastien.
Rome indigne de Rome, ingrate, impie aux gloires
Qui grandirent ton nom sur toutes les histoires,
0 sacrilége envers les restes des héros,
Que fais-tu des tombeaux, mais que fais-tu des os ?
Deux mille ans en ce lieu les Scipions dormirent,
Mais un jour vint où, pic en main, des gens se miren
À trouer la muraille au-dessus du caveau,
Et les vainqueurs surpris sentirent de nouveau
Le soleil échauffer leurs squelettes augustes.
Ils étaient Jà couchés, tranquilles sous leurs bustes,
Sous les inscriptions et leurs noms flamboyants. Ils ne levaient jamais la tête, confiants
Dans le destin romain, dans la ville éternelle, Dans le commandement qu'ils avaient mis en elle, Et maintenant quel bruit et quelle impiété
Ont sonné sourdement l’injure à leur fierté ?
« — Est-ce que le Samnite ou l’Ibère, Numance Ou Carthage ont tiré de leur ruine immense
Des soldats, ou roulé, pour relever leurs murs,
Les blocs livrés par nous aux reptiles impurs ?» —Non,cesont des Romainsquisur vousfontla brèche; Vous n’entendez, au lieu des glaives, que la bêche ; Ce n’est pas Annibal qui franchit votre seuil,
Mais l’exhumateur vil, violateur du deuil.
Vos tombeaux, à vainqueurs, orneront un musée Et vos crânes seront des pasquins la risée
Jusqu’à ce qu’on vous donne, amas déshérité,
Un toit de hasard, loin de la grande cité.
10 décembre 1865.
— AU e—-