MICHEL-ANGE AU COLISÉE
La neige avait couvert les gradins et l’arène.
Que n’étais-tu l’oubli du sang, blancheur sereine! Qu'importe si, loin d’être un abolissement,
Par ton étrangeté sur le vieux monument
Tu haussais la pensée et le cœur jusqu'aux cimes Des spéculations et des projets sublimes ?
Sur le tapis intact rien que des pas d'oiseaux.
En étoiles, traçant des lignes, des réseaux.
Et nul bruit. Si. Quel pied d'homme a broyé la neige? La broussaille qu’emplit, au haut du dernier siége, Le clan d’ailes muet qu’avril rend babillard
À vu, lent, s’avancer dans l’enceinte un vieillard,
Et ce vieillard, compris des oiseaux et de l'herbe Comme un dieu que laterre entend, songeur superbe, Est Michel-Ange. Il vient consulter, lui puissant, L’énorme, pour aller jusqu’à l’outrepassant
Dans l’œuvre de la main humaine, dans Moïse, Dans Hercule, dans Dieu tonnant ou dans l’église Ecrasante, Saint-Pierre ! — Inspirateur croulant, Le cirque ainsi s’absout de son passé sanglant.
Et noi, chétif, j'ai pu te gravir, Colisée,
Humble comme je dois, sans hautaine visée
Et trop hardi déjà de nommer les grands noms. Quand pourrai-je pourtant vous voir, à Parthénous, Temples, Memphis, Balbec, Ô ruines célèbres
Qui des soleils éteints gardez dans les ténèbres
Un tel revêtement d’éclat fixe à jamais
Que sur la mer des temps vous demeurez sommets ?
Décembre 1865.