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LE CHÉNE
....Un chesne au large sein, Aux larges bras, qui ses branches feuillues D'un chef superbe envoyoit jusqu'aux nues.
Roxsarp, La Franciade. Liv. 111.
Un vieux chône est devant ma chambre, Vert en juin et roux en décembre,
Et portant toujours bravement
L’air tiède ou le ciel inelément ;
Et dans l’oisiveté des heures Graves, lentes et les meilleures
Pour régenter l'esprit actif, Je contemple le chêne oisif.
O vieux chêne, sois mon exemple!
Tes rameaux noirs sont comme un temple Pour les pensers religieux.
Fils des chênes de nos aïeux,
Montre-moi le calme et la force,
La rudesse de ton écorce,
Marque d’un cœur que n'atteint pas La morsure du monde bas,
Marque d’un cœur inaltérable, Qui, pendant que se tord l’érable Et saigne le pin triste et froid, N'a souci que de rester droit.
Dans les vieux siècles des miracles.
La Grèce écoutait des oracles Dans tes rameaux prodigieux, Arbre plus fort que tous ses dieux ;
Et pas un de ces dieux antiques N'osa des branches prophétiques Ceindre un front fait pour les ravons Du doux pays des alcyons ;
Mais, dans leurs solitudes libres, Nos pères, durs comme tes fibres, Nos sauvages pères gaulois,
Te prirent pour gardien des lois,
Te prirent pour temple du culte, Et, dans la Gaule encore inculte Mais intraitable, ta fierté
Fut symbole de liberté.
Chêne, ami de ma solitude, Entretiens-moi dans l’orgueil rude Des aïeux habitants des bois:
Garde-moi sauvage, d Gaulois.
Régibay, 21 juillet 1860.