EN ALLANT AUX PYRÉNÉES
Homme grave, tu me demandes Comment je veille sans ennui
Dans les grandes heures, plus grandes Quand le wagon fuit dans la nuit.
Tu m'attendris, mais je t'invite
A mieux adresser ta pitié.
Vois, entends.— Non, plutôt évite D’être en rien pour moi de moitié.
La nuit chuchotte sous son voile, Le monde obscur est bien disant ; Je cause en haut avec l'étoile,
En bas avec le ver luisant,
Avec la lumière lointaine
Du village qu’on ne voit pas, Avec la figure incertaine
Du bois qui tord ses mille bras.
Quant aux arbres, ils prophétisent, Et des avis mystérieux
Sortent de leurs branches que frisent Les vents, démons harmonieux.
Maintenant j’arrête en sa course Arcturus pour l’interroger
Sur sa voisine la grande Ourse Que le Dragon va déloger.
Allons, allons, ronfle, bonhomme, Sur le rhythme sourd du lion ;
Je n'interromprai pas ton somme, Ton somme de tabellion.,
Juin 1868.