‹ De Montréal à Jérusalem [microforme]Chapitre 54 sur 119 · L'HABITATION PYRÉNÉENNE · texte numérisé non relu

L'HABITATION PYRÉNÉENNE

Le Batave aux flots prend la terre qu'il possède, Mais c’est au montagnard que la montagne cède. De loin, sur les flancs nus des monts ou sous le vert Des buissons courts et noirs dont le roc est couvert, Vous voyez des carrés de verdure plus tendre Couturés de canaux où l’eau vient se répandre,

Eau que le montagnard, lui-même, de ses mains,

À soustraite aux torrents et mise en ces chemins. Des rocs qu’il arracha de la montagne hostile,

Il fit d’abord un mur au sol par lui fertile,

Puis Ja maison qui fume et dont j'ardoise luit, VEurvre toute pareille au travail qu’accomplit

L'oiseau pendant son gîte au flanc des cathédrales. Le toit accroche, tord et soulève en spirales

Le vent sorti du Gave ou des défilés froids.

L'hiver, la neige en tas cache les humbles toits

ë confond la maison sous son drap uniforme, Comme un simple ressaut de la montagne énorme, Avec les bastions endormis sous le deuil :

L'été même, pas un chemin ne monte au seuil : Choisissant pour grimper une âpre bosselure,

Le sentier traine à peine une jaune éraflure

Parmi le tapis ras d’un gazon calciné,

Lèpre morte attachée au versant ruiné,

Maintenant saluons la conquête sévère,

L'œuvre sainte, toit, clos, champ, construits pierre à pierre. Sur le mont, sur les rocs croulants, comme le nid De l’homme presque oiseau, souverain du granit.

Cauterets, Juillet 1868.

Page 1