LA RAMPE
(PYRÉNÉES
La rampe monte longue ; elle suit la vallée Profonde, sinueuse, abrupte, martelée,
Et qui monte elle-même, en sillonnant leurs flancs, Dans le corps de ces monts neigeux et ruisselants. À droite est le rocher, pierre où le métal brille, Que la mine à rompu, que l’ardent soleil grille
Et qu’un suintement d’eau rend, par places, heureux; À gauche retentit l'ombre, l’eftroi, le creux,
L'eau qui, de chute en choc, tombe, saute et retombe; Et la route ainsi passe entre un roc qui surplombe Menaçant et le roc qui dans les gouffres fuit Entraînant le vertige, œil perdu, vers le bruit.
La diligence prend le pas sur la montée,
Et dix ou douze enfants du bourg, bande effrontée Courent autour de nous, sautant, criant, chantant, Demandant charité! — Des mères, contristant
Le ciel même, ont poussé la troupe à Gel'ouvrage, Et,dans cesgrands lieux faits pour grandir le courage, Nous avons à rougir dela mendicité
D'un peuple à qui le mont prêche peine et fierté.
Juin 1868.
LES PRÉS PYRÉNÉENS Claudite jam rivos.
Le monde en vain s'étend, en vain le temps agile Fuit, partout et toujours le maitre aimé, Virgile, Au monde comme au temps offrira le miroir
Où les choses et l’homme aimeront à se voir.
Vous même en vos flancs creux, puissantes Pyrénées, En gardez des fragments, pièces disséminées.
Ainsi j'aime, le soir, à voir, tombant de haut,
Plus longue s’allonger l'ombre noire plus tôt;
Ainsi... mais je m'ariête humblement aux prairies Ici quand du soleil les herbes sont meurtries, L'eau, que d’'étroits canaux gouvernent, se répand Sur elles, les arrose et ravive, et leur rend
La force et la couleur : de quinze en quinze toises Les canaux sont coupés de barrages d'ardoises ;
Je vois le montagnard hausser la vanne ; alors
Je reviens au poëte, et, soit que j'erre aux'"Hords Du Gave ou sur les flancs moyens du mont superbe, Je retrouve partout ce vers traduit dans l'herbe Comme au temps où Daphnis tançait le boue barbu,
Claudite jam rivos.….. les prés ont assez bu.
Cauterets, Juillet 1868.