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LES MONTAGNES

(PYRÉNÉES

J'interroge en marchant les monts sur le problème Offert par leur mutisme au songeur qui les aime

Et qui voudrait tirer de leurs flancs caverneux

Le secret éternel qui s'enveloppe en eux.

Mille ruisseaux vivants blanchissent leurs «rimes; Le nuage et l'éclair causent avec leurs cimes;

La végétation, qui ne pâlit jamais,

Des pins aigus se pousse à l'assaut des sommets, Tandis que d’autres bois qui changent de verdure Et qu’effeuille l'hiver montent à leur ceinture,

Et que, plus bas encor, des prés d'herbe et de fleurs Du Gave leur voisin aspirent les vapeurs ;

L'oiseau même, en juillet, aidé des sauterelles, Brode le bruit des eaux de festonnements frêles. Le grillon est le fifre et l'oiseau le hautbois;

Et comme l’oiseau donne aux buissons une voix, Le grillon en donne une au champd’orge ou descigle, Plus haut vit l'ours, plus haut l'isard, frère de l'aigle. Plus haut le bleu, léther, Pinfini,—Monts hautains, Vous les plus rapprochés, sphinx, des azurslointains, Vous qui touchez aux cieux et dominez la terre, Gardez-vous un secret près d'ouvrir un cratère Pour jaillir, éclater, tonner, frapper les veux,

Et nous donner le mot de la terre et des cieux? — Les monts n’entendent pas et se taisent ; leurs crêtes Sont des pointes, des pies,des sommets,non des têtes. Ils ont de vastes corps, des ventres ; le feu dort

En eux, bravant la soif de savoir qui nous tord; Les agents et les fins en leurs flancs s’élaborent ;

Le courant infini les traverse; eux l'ignorent,

Is sont beaux, ils sont grands, pleins d'ondes, pleins d'oiseaux, Mais, malgré la verdure, et les champs, et les eaux. Les monts n’ont pu tirer d'eux-mêmes la science ; Is ont puissance et vie, et non intelligence, L'esprit, pour prendre vol, gagne à s’élancer d’eux ; Mais ils ne savent rien, les troupeaux monstrueux.

Cautcrets, Juillet 1868.

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