‹ De Montréal à Jérusalem [microforme]Chapitre 61 sur 119 · PYRAMIDES · texte numérisé non relu

PYRAMIDES

Au loin le Delta vert, tout à l’entour le sable.

La Libye a roulé cette onde intarissable

Et sèche, de la mer jusqu'aux monts inconnus.

Le simoun a chargé de flots les lointains nus.

Dans le ciel ignorant de nos blancheurs humides,

Des sépulcres au cœur, montent les pyramides.

Siècles, puissance, orgueil, esclavage, la main

De l’homme comprimant le front de l’être humain,

Tout ce qu’un maître peut avant l’apothéose,

Tout est là dans ces blocs de granit pâle et rose.

Mais qu'importent Choufou, Chafra, Menkara, trois — Parmi les monstrueux—des plus monstrueux rois Qui jamais aient courbé sous le bâton servile L'homme fier devenu la bête à face vile?

Laissant à leur noirceur les chambres des rois morts Aussi vides déjà que les cœurs sans remords

Des criminels, je songe aux petites momies,

Depuis quatre mille ans dans le naphte endormies, De deux enfants sans nom en leurs sangles de lin, Que notre Louvre au loin garde, couple orphelin.

Gizeh, 5 septembre 1868,

BAKRTICIICH

Un vieux fellah courhé monte sur la terrasse. Portant sur son dos l’eau dans l’outre noire et grasse Afin d'en arroser les arbustes grimpants

Qui tiennent en prison ombre entre quatre pans. Tandis que les longs bras de ces plantes d'Egypte Du berceau surchargé font une verte crypte,

Leurs pieds, entre quatre ais, captifs dans le terreau, Réclament chaque jour de l'homme leur part d’eau, Autour, dans d’autres dés, un jardin de fleurs brille, Et passant au milieu des plantes, sa famille,

Et, sous la lourde charge et sous le vil lambeau.

Le vieux fellah devient saint, vénérable et beau.

Sa main sur chaque tige ouvre le cou de l’outre ; Il arrose la fleur et le lierre et passe outre.

Et moi, respectueux de l’esclave partout, Comme je saluerais Epictète debout,

Je salue en passant le vieillard; mais l’esclave Reste esclave, et, sans voir, à ma réserve grave, Que je respecte en lui l’humaine dignité,

Il s'approche et me dit : Bakhchich! la charité!

Le Caire, 5 septembre 1868,

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