SOUVENIR DE KAFR-ZAYAD
Au delà de Dakhel et dans le désert vide
Quand le noir colporteur des dattes, altéré, Découvre l’eau de sel, douce à sa lèvre avide.
À son tourment longtemps d’eau limpide sevré, Oubliant les pas faits, ceux à faire sans nombre, Et l'uniforme aspect de l'infini chemin,
Au bord de l’oasis qui lui prête un peu d'ombre, Il laisse reposer jusques au lendemain,
Sans peur des lions roux ou des vipères noires,
Les chameaux dont le pied massif s’est fatigué Sur le sable où le vent s’imprime en longues moires, Et, dévot sage, il rêve au charme prodigué Sur les houris qu’Allah lui garde.
Et véritablement cet africain rouleur Ressemble, pour qui bien et de près y regarde, Au plus saint de nous tous, plus un peu de couleur. Que nous faut-il pour trouver bonne L'eau saumâtre? La soif; et pour le sommeil doux? La marche; et l’idéal qui monte loin de nous, Qu'est-ce? Le songe auquel l’Africain s’abandonne Entre les serpents vils et la brute au poil roux, En venant du désert où rôdent les Tibbous.
Kafr-Zayad, 4 septembre 1868,