TE DEUM
Nos hôtes franciscains nous ont en leur chapelle Conduits, et trois d’entre eux, d’une voix solennelle, Ont entonné le chant des louanges, pendant
Que l’orgue ruisselait comme un fleuve abondant. Le demi-jour baissant laissait sur les dorures Mordre plus ardemment le feu des cires pures,
Et l'hymne qui liait les trois voix en faisceau
Avec force montait dans l'ombre du vaisseau,
Les sons que l'orgue, empli d'un chœur sacré, profère, Les chants, les reflets d’or, faisaient une atmosphère
De triomphe ; le lieu, tirant des cœurs l’encens, Des sons comme des mots rendait plus haut le sens. A quelques pas d'ici s’est trainé le supplice Horrible, l'Homme en sang, battu, dont le pied glisse Et qui tombe, et le roc s'élève près de nous
Où la croix fit plier sa tête et ses genoux.
Et sur ces souvenirs s’enlevait en image
Plus puissante, adorée, appelant tout hommage, L’insulté couronné du nimbe radieux,
L'âme ouverte aux souffrants et le vainqueur des dieux. La même gloire emplit à cette heure le monde; Partout le chant vengeur du gibet monte et gronde, Et le supplicié qui répand les pardons
Et l’amour saigne encor, mais en astre, ses dons. Cette grande pitié qui, par lui, dans le monde Entra, se répandit, et qui, depuis, féconde
Les œuvres de la main hrmaine, remplissait
Nos cœurs, et de nos yeux presque en onde glissait.
10 septembre 1868.