LA GROTTE DE JÉRÉMIE
La caverne est profonde et haute et froide et grise. L'histoire avec effort par nous de loin apprise
Elle en fut le témoin, et mieux, elle entendit
Les lamentations du prophète qui dit :
Où mes yeux prendront-ils la fontaine d’eau vive Que n’épuisera pas Jérusalem captive ?
Là, dit-on, a dormi le prophète. Ilest sûr
Que cette grotte a vu crouler, après le mur
Ouvert par le bélier, la ville mise en cendre
Et sur le temple au loin la colère descendre
£t le chandelier d'or partir devant le char
De Titus moins clément que Néboukadnézar.
Maisaujourd’hui, toujours triste en ses voûtesfrustes, L’antre au dehors s’égaie et se pare d'arbustes
Et de lierre et de fleurs. Ton monstrueux sourcil,
0 grotte, a des temps morts rejeté le souci,
Et la vie, Ô contraste! en séve se déploie
Sur ton vide et choisit pour chants les cris de joie Des centaines d'oiseaux qu’un derviche priant Nourrit, devant ton roc, dans un jardin riant.
Jérusalem, 15 septembre 1868.