SIÉGE DE JÉRUSALEM
ous sommes en avril, les collines sont vertes. Sous la tour Hippicus sont rentrés avec pertes Les combattants sortis pour brûler sur l’agger Les tours et le bélier dont le front est de fer, Et tous se sant battus comme dans cette guerre Chacun savait se battre. Un seul, resté derrière Vivant, se voit traîné prisonnier vers Titus, Et Titus, le César bon juge des vertus,
Ordonne qu’on le mette en croix devant la ville. Calcul bas! ce Romain comptait sur la peur vile, Sur un cri, sur l'horreur d’une contorsion,
Sur un cadavre enfin, pour entrer dans Sion, S'imaginant qu'un corps verdi par les entrailles Aiderait ses béliers à rompre les murailles.
Ce n’est pas tout. La fai réduit les assiégés
Aux plus terribles maux qu’à l’homme ait infligés Le ciel dur ; inégal à ces maux est tout verbe.
Des maraudeurs s’en vont aux champs chercher de l’herbe Ou d’immondes débris de pâture pour eux,
Pour leurs enfants sevrés de lait. O malheureux! Des soldats, embusqués dans la nuit, les arrêtent, Et l'injureet les coups, jeux cruels, les apprètent Au supplice dernier. Tout autour des remparts,
Se tordant sur les croix, des moribonds hagards Poussent vers Dieu le cri de leurs bouches ouvertes”.
Nous sommes en avril, les collines sont vertes. Les soldats de Titus ajoutent au printemps Ces récoltes de corps criants et palpitants.
15 septembre 1868.
* « A peine pouvoit-on suffire à faire des croix. et trouver de la place pour les planter. »
JoskPnE, Guerre des Juifs, liv. V, chap. xxvin, traduction d'Arnauld d'Andilly.