LEVER DE SOLEIL SUR MOAB
Dans un grand poudroiement d’or diffus, de poussière Brülante, le soleil se voile de lumière Sur les monts de Moab, le biblique lointain.
Nébo, tous les pas faits par nous vers le matin Du jour qui prend ton front pour escabeau de gloire, Nous rapprochent aussi du matin de l’histoire. Près de nous, dans l'air bleu de la nuit dégage, Volent, messagers blanes du Jourdain ombragé, Sur les rares buissons de rares tourterelles, Et j'entends s’éveiller avec les sautcrelles Le premier eri des rocs par le soleil mordus ; Et les éclats du sable et Les rayons fondus
Dans l’entremêlement d’un amour symphonique Me font l'impression d’un triomphe édénique.
Et, tout en cheminant, je me rappelle un vers
De Heine, en même temps que vibrent au travers De mes yeux, de mes sens émus par tous les pores, « Les sons étincelants et les rayons sonores. »
18 septembre 1868.