‹ De Montréal à Jérusalem [microforme]Chapitre 86 sur 119 · NVIRONS DE MAR-SABAS · texte numérisé non relu

NVIRONS DE MAR-SABAS

Le djebel vers l’ouad s’abat en chute prompte. Gouffre abrupt, murs à pic, rochers rouges que monts À l’ardeur comme au ton du feu le soleil dur

De ce ciel d’azur gris implacablement pur.

Point d'herbe, pas de vie au flanc de ces murailles Plongeant jusques au lit tordu dans les pierrailles Du Cédron desséché, — l’aride dans la mort, — La torréfaction qui fend, et tue, et tord

Le roc, et l'herbe, et l'arbre, et qui, dans cet abime. N'a laissé que le vide avec l’horreur sublime.

Tel est le lieu. Pourtant, dans les rochers, des trous D’aspect à donner crainte à l'œil froid des hiboux S’ouvrent carrés et noirs, défiant les échelles.

Ces antres ont couvé des ardeurs éternelles,

Secret des temps, appel à cette avidite

De savoir qui s’irrite en notre cécité,

Il semble qu'où le feu brüle à sécher la séve, L'esprit religieux plus véhément s'élève;

De même que jaillit dans la grappe l'esprit Plus délié du vin que.la pierre nourrit.

Ici, bien avant Jean, l’objurgateur d'Hérode, Le baptiste au flanc nu, dans cette période Inquiète où le monde oscillait dans sa foi Entre les cultes vieux et la nouvelle loi,

Des hommes ont mené, libres, la vie austère Des moines et des saints, ne touchant à la terre Que par les soins donnés hors des rocs d’alentour Au sol dont ils tiraient le pain chiche du jour. Sion donna leur nom à sa plus basse porte *; Au-dessous du Cédron, à l’est de la mer Morte, Et s’écartant d'Hébron comme de Massada,

Ces hommes habitaient le désert de Juda.

* Tav E’oscv@y nûkny de Flavius Josèphe, Bab-Çahioun des Turcs et des Arabes, d'où la traduction actuelle des chrétiens : porte de Sion. — Opinion de M. de Saulcy, Voyage autour de la mer Morte et dans les terres bibliques.

ORIENT. 239 La prière au Dieu seul leur rendait l'âme forte; Ils pensaient que, du corps détruit, l'âme se porte Inmortelle vers Dieu qui l'appelle, present Partout, et, ce qu'ila créé, léternisant.

Plus tard les compagnons de Sabas habiterent Les antres que pour eux ces souvenirs quittérent, Et le moine qu’abrite aujourd'hui le couvent Du merveilleux passé s’'épouvante souvent.

Esséniens, vos noms et vos vertus moururent En ces lieux, mais pour vivre, et des flammes coururent En vous, montant au Ciel en traversant vos cœurs,

Comme à travers les ceps la flanime des liqueurs.

17 septembre 1868.

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