UNE TRANSFIGURATION
Mont Nébo, devant toi l’orgueil le plus haut tombe Car tu seras toujours la plus illustre tombe
De celles dont la proie est restée à la mort,
De ce rivage, abrupt nous paraît ton abord,
Nu ton sommet, et l'œil cherche avec épouvante Tes hauteurs où la mort cependant est vivante, Vivante dans la loi léguée au monde, et dans L'éclat rêvé, le front qu’arment deux jets ardents. Sans s’éteindre, mes yeux contemplent donc ta cime; Je revois dans le bleu, sur toi, socle sublime,
L'œuvre de Michel-Ange assise et grandissant Jusqu'en ces profoudeurs d'où Pinconnu descend. Moïse, à seul puissant qu'ait épargné linsulte, Colosse, qui voulus pour prévenir un culte Impie,et pour ne pas descendre, signe vil,
Dans l'adoration comme les dieux du Nil,
Confier au desert tes os célés encore
Dans le flanc de ce mont sous un roc qu’on ignore, J'aurais done pu deux fois soutenir, tourments fiers, Ton visage de marbre à Rome, ici d’éclairs,
Mer Morte, en vue du mont Nébo, 18 septembre 1868.