LE JOURDAIN
Quand le cénacle veuf entonna ses cantiques,
Un cri fut entendu sur les autels antiques,
Venant des monts, des bois, des antres: Pan est mort! Et du fond de la terre où le fleuve se tord,
Et du profond du ciel où se forme la nue,
Et de la mer cherchant sa limite inconnue,
Sortait lugubrement la plainte : Pan est mort! L'’ouest la renvoyait à l’est, le sud au nord ;
Et l'homme des palais et l’homme de la tente,
Saisis du même effroi dans une même attente,
Ecoutèrent, Pendant ce temps, les envoyés
De Jésus, par le monde, allaient disant: Croyez!
Et semaient l'âme, ayant retranché de leurs fêtes Tous les signes, l’encens, le feu, le sang des bêtes, Et, dans leur culte, au fer substitué l'amour,
Au geste la prière, au mystère le jour.
Jourdain, dans ton histoire, et ton cours, et ton onde, Tu peux symboliser ces changements du monde.
Quelle rencontre un jour, Ô fleuve, te sacra!
Ton cours de ce qui fut semble à ce qui sera Marcher sous la clarté. Sur toi ni ponts, ni hontes, Ni quais vils. Le soleil te reprend, et tu montes, Encor purifié par le naphte et le sel,
Dans les limpidités attirantes du ciel,
Tandis qu'au loin ta source, émue encore, écoute La lamentation dont se souvient sa voûte,
Car, Jourdain, sous les pieds de l'éternel Liban, Symbole aussi, tu sors de la grotte de Pan.
19 septembre 1868.
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