DE LA PORTE DE JAFFA A JÉRUSALEM
Près de Bab-el-Khalil, qui s'ouvre sur Sion, S’arrêtent les chameaux chargé; des fruits d'Hébron, Les figues, les raisins ; et vraiment c’est merveille
Que la grappe gonflée et la datte vermeille
Et la grenade jaune et rouge aux grains sanglants.
Le raisin est toujours celui que trois mille ans
Out vu màrir semblable à la grappe des Nombres.
Il pendait lourd des ceps, non loin des chènes soinbres
De Mambré qu’Abraham habita, Nous voyons
Dans le livre sacré comment les espions
Marchant, courbés du poids, portèrent à Moïse Cette tentation de la Terre Promise.
Sur le dos des chameaux, dans leurs pampres fibreux, Ces raisins, donnant soif aux lèvres comme aux veux, Emplissent des paniers, or, pourpre, vie et séve. Dans le tas quelquefois une des grappes crève
Et c’est comme le sang du soleil qui s’en va :
Car toujours du soleil Chanaan s’abreuva.
Jérusalem attend ces présents sur sa porte;
Et, comme avec respect, sachant bien ce qu'il porte. Le chameau, dont le front est parallèle aux cieux, S’avance lentement d’un pas silencieux !
Tout autour mouvement ; les femmes et les filles Des villages voisins, lestes sous leurs guenilles,
En sarrau bleu, pieds nus, bras nus, le sourcil noir Sur des veux sans pensée ou dédaignant de voir, Apportent dans l’osier des figues sur leurs têtes. Modèle inconscient du boulet des conquêtes,
La grenade aussi vient du midi de Juda ;
La datte vient plutôt d'Egypte, par Jaffa.
Sur des nattes déjà la pastèque se traine,
Et d’en bas, des Jardins du roi, sous la Géhenne, Des choux et des poireaux sont montés sans orgueil. Un soldat turc, pourtant, sommeille sur le seuil
De la ville, au lieu même où fut la citadelle, Et la tour Hippicus admire en face d'elle
Le bureau de l'octroi; spectacle édifiant !
L’octroi, le seul emprunt que nous fit l'Orient.
23 septembre 1868.