‹ De neuf heures à minuitChapitre 5 sur 23 · COMME IL NT EN A PAS DEUX · texte numérisé non relu

COMME IL NT EN A PAS DEUX

— Beukslo ! pour qu'il lacMt Tamarre et g^gn^t le large.

— Beukslo existe, pensai-je : c'est deja un fait acquis. Peut-^tre Broek existe aussi. Cela devient probable.

— Mais pourquoi, j'y reviens, me dit Beziers, ce miserable brasseur a-t-il demande si vous m'emmeniez avec vous a Broek? ou est la raison qui s'y oppose?

— Est-ce que tu penses encore a cela ?

— G'est €[ue je connais les Hollandais, monsieur ; ils ne lachent pas une parole sans la lester auparavant.

— Ma foi ! laisse-moi tranquille, Beziers. Je ne sais pas pourquoi itous nous inquieteriohs de la reflexion d'un tonneau de bi^re.

Le patron, qui ne pouvait nous entendre, nous conduisait rapidement sur une rive ou nous abordames vingt minutes environ aprfe avoir quitte Amsterdam. En le payant, je lui demandai de quel cote il fallait prendre pour aller a Broek.

— Vous remonterez ce canal, me repondit-il, celui qui joint le Texel au Zuiderzee, et, dans une demi-heure, vous serez a Broek.

— Merci, mon brave homme.

— Ah ! vous allez a Broek? ajouta-t-il avec un air de grande veneration. .

— Nous aliens a Broek.

— Pour y demeurer?

A tout basard, je repondis d'abord :

-Oui.

— Qui I s'ecria-t-il en sautant hors de sa barque ; oui ! Et il nous fit des reverences auxquelles je ne savais

quelle signification raisonnable donner.

— Mais alors, monseigneur!... mais alors, Altesse!..« ?ous auriez dii m'en prevenir...

— Pourquoi vous en prevenir t

— Ah ! parce que tout le monde ne va pas ainsi a Broek.

— Et qui emp^che?...

— Vous le savez bien, monseigneur.

— Certainement je le sais bien, me haitai-je de dire, de peur de passer pour ignorer ce qu'un batelier neerlandais n'ignorait pas.

Cependant ce mystere m'inlriguait, et, afm d'en decouvrir, si c'etait possible, une faible parlie, je repris en riant :

— Je plaisantais ; je ne. vais pas habiter Broek, je vais seulement le visiter. Ce soir, je serai de retour a Amsterdam.

— Ce n'est que pour le visiter ! dit dedaigneusement le patron en laissant tomber sa rame et sa veneration dans I'eau ; alors, bon voyage!

Du pied il poussa sa barque loin du quai, et, comme un homme fache d'avoir depense du respect pour si peu :

— A propos, me cria-t-il a quelque dix brasses du rivage, est-ce que monsieur emmene avec lui son domestique a Broek?

— Oui, je Temmene, si vous le trouvez bon.

— Emmenez, monsieur, emmenez ; suivez le canal : Broek n'est pas loin.

II alia d'un c6te, nous d'un autre.

— Vous conviendrez, monsieur, que ces gens-la ne se sont pas donne le mot pour savoir de vous si vous aviez ou non le projet de me conduire a Broek.

— Je commence a croire qu'on enveut a ta vie, repondis-je en riant a mon domestique.

— Je ne sais pas ce qu'ils veulent, mais franchement je suis tourmente de connaitre le motif de cette infemale curiosite de leur part.

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