‹ De neuf heures à minuitChapitre 4 sur 23 · COMME IL N*Y E« PAS DEUX · texte numérisé non relu

COMME IL N*Y E« PAS DEUX

— J'ai eu du mal a vous le faire dire. Quoi ! vous voulez qu'apres avoir vu Maestricht, Rotterdam, Amsterdam et la Haye, j'aille voir un village?

— Broek! Broek! grommelait en machant le tuyau de sa pipe moQ imperturbable Hollandais.

— Que trouverai-je de curieux a Broek?

— Vous trouverez Broek.

— El puis?

— Broek.

— Mais...

' Mon interlocuteur dormait.

Que faire? Partir sans avoir vu Broek, me dis-je en songeant a Timportance qu'avait mise a sa question mon d table d'hdtelier, c'est peut-^tre manquer une occasion de voir une singularite que je ne rencontrerai plus nuUe part, m^me en Angleterre. Allons, partons pour Broek.

J'appelai Beziers, mon domestique, cclui qui, depuis dix ans, m'a accompagne partout, dans les mines du Hartz et au sommet du pic Teneriffe ; celui qui, pour unique fruit de ses voyages^ a acquis cette belle experience, reduite par lui en sentence : « On ne mange nulle part aussi bien et a aussi bon marche que chez Riehefeu, au Palais- Royal. j»

— Voila, monsieur, me repondit Beziers.

— Nous partons pour Broek, mon cher Beziers.

— Va pour Broek. Ou est done ce pays?

— Ma foi ! je n'en sais rien, lui'repondi&-je.

— Partons, monsieur, nous demanderons ensuite. Quand nous fClmes sur une des places principales d'Am-

sterdam, devant T^glise Saint-Nicolas, je crois, je m'informai aupr^s d un brasseur qui passait de quel cdte se trouvait Broek.

II me fit deux gestps : Fun qui signifiait : vous prendroz

a droite; Tautre qui voulait dire : vous prendrez a gauche. Ensuite il daigna ajouter :

— Vous vous embarquerez, et vous vous feVez conduire a Beukslo.

II continua sou chemiu.

— C'est done un voyage sur mer, monsieur, que nous aliens entreprendre? me demanda Beziers.

J'allaislui repondre lorsque le brasseur, revenant sur ses pas, me dit en allemand :

— Est-ce que monsieur compte mener son domestique a Broek? .

— Sans doute; cette question !...Pourquoine m'aecompagnerait-il pas?

— Pour rien.

— Mais enfin?

— Non... pour rien, me dit le brasseur en nous regardant tons les deux, Beziers et moi, avee un sourire railleur peu ordinaire sur le visage d'un IloUandais et en nous quittant aussitdt.

— Mais dites done...

— Laisse cet homme, Beziers. Nous verrons bien plus tard si sa remarque avait un sens.

— A la grace de Dieu ! murmura Beziers. Descendons maintenant, lui dis-je, vers le port, et embarquons-nous pour Beukslo, dont je n ai pas plus entendu parler dans ma vie que de Broek.

— Monsieur, me disait mon domestique en marchant, j'ai vu les Patagons, les Groenlandais, les Tartares, les Chinois et les Cochinchinois; mais je n'ai rien vu de si original quele peuple hoUandais. Ces gens-la ne pensent qu'a moiti^, et ils ne parlent qu'au tiers.

Arrives au port, nous nous jetSmes dans une barque, et je n'eus besoin que de dire au patron :

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