‹ De nos besoins intellectuels [microforme]Chapitre 7 sur 8 · Une élite séparée de la race en matière religieuse se · texte numérisé non relu

Une élite séparée de la race en matière religieuse se

it fatalement portée à ehercher ses points d'appui dans le Canada anglo-protestant : partant, commencerait par se mettre en antogonisme avec la race qu'elle aurait charge de diriger. Et done, l'élite canadienne-française devra demander sa formation à | France catholique, ou tout au moins à ceux des maîtres franc

qui ne font pas, sous une forme ou sous une autre, de la propagande anticatholique.

3. Une élite de formation purement intellectuelle, qui perdrait de vue les réalités économiques et sociales du Canada français, sesait un mobilier de luxe dans une maison pauvre, — Et done. notre élite devra se former par l'étude tout à la fois des lettres. des arts libéraux, de la science pure, de la science appliquée, en un mot de tout ce qui peut, en même temps que eultiver et orner l'esprit, le rendre plus apte à un intelligent asservissement de la matière. Nous estimons qu'en envoyant chaque année, avec la direction intellectuelle et morale nécessaire, une vingtaine de bons sujets à la Faculté des Lettres, à l'Ecole des Beaux-Arts, au Conservatoire, à la Faculté de Médecine, à l'Ecole Centrale. à l'Ecole des Sciences sociales et politiques, et ainsi de suite, le Canada français pourrait espérer been en dix années, au moins cet état-major de cinquante hommes supérieurs qui, en tout pays du monde, suffira pour conduire intelligemment, en tenant compte de ses conditions d'existence particulières, un peuple de trois mil- ‘ions d'habitants.

Entre autres matières d'étude que le Canada a complètement négligées dans le passé, nous indiquerons par exemple, en passant : la rédaction législative et administrative, devenue au Canada un véritable charabia; certaines branches du droit qui s'appliquent encore au Canada français, mais dont l'enseignement aurait besoin d'être revivifié, tel le droit romain, A propos du génie civil, signalons ce fait éloquent qu'à l'heure actuelle il n’y a au Canada

ue trois ou quatre ingénieurs sortis de Centrale, et que deux ’entre eux, MM. Vautelet et Modjeska, ont fait partie de la Commission des trois qui a rebâti le pont de Québec.

Pour voir à qui incomberait l'initiative des mesures à prendre pour créer l'élite eanadienne-française, il suffit d'examiner qui est le plus intéressé au mouvement.

Du côté canadien, ce serait sans doute, dans une certaine mesure, le gouvernement fédéral; mais, depuis assez longtemps, ce gouvernement, malgré les éléments libéraux qui s'y glissent parfois, se préoccupe moins de faciliter à ses ressortisants gallo phones la mise en valeur de leur capital intellectuel, que de les dénationaliser; et d'ailleurs, l’enseignement publie, en tant qu'il relève de l'Etat, est chez nous du ressort presque exclusif des provinces. L'intéressé principal, c’est le gouvernement de la grande province française de Québec. Avee ses deux millions et quart d'administrés, qui forment trente pour cent de la population totale du pays, ses pouvoirs très étendus et surtout ses immenses riche naturelles, Québec a non seulement le droit, mais le devoir de prendre à sa charge, en pareille matière, les intérêts de tous les groupes gallophones du Canada. À la seule condition de bien comprendre son rôle, c'est-à-dire de ne pas aller à l'encontre de l'opinion publique, de ne pas agir indépendamment de ceux qui ont créé l’enseignement publie dans 1e Canada frans, lesquels, malgré certaines apparences, ont conservé très vif l'esprit français, il pourra, en l'espèce, compter sur le concours bienveillant, sinon actif, du clergé directeur de l’enseignement secondaire et supérieur.

De son côté, la France, surtout méthode, l'esprit de synthèse

à une heure où la clarté, anent de ge révéler —

quement, hélas! — comme les attributs essentiels de toute culture véritable, a un intérêt direct à faire rayonner sur le monde son enseignement,

La nécessité de tirer de ces prémisses des conclusions pratiques nous conduit à réclamer l'intervention de deux comités: l'un eanadien, représentant à la fois le gouvernement de Québec, les institutions d'enseignement et les sociétés ou groupes de propagande française au Canada, etc l'autre français, qui se recruterait dans la Commission canadienne du Comité France-Amérique et pourrait au besoin compter dans une modeste mesure sur l'aide financière du gouvernement français,

La constitution du comité français sera une affaire délicate, mais elle ne présente pas de difficultés insurmontables. Quelque ombrageux qu'il soit sur le point de la doctrine, le Canada français n'hésitera pus à faire confiance, une confiance entière, absolue, à un groupe présidé, par exemple, par Mgr Baudrillart, M. Georges Goyau où M. René Bazin,

Les organes d'exécution une fois créés, plusieurs questions se posent. Voyons-en quelques-uns:

lo Comment les étudiants se recruteront-ils ?

Nous répondons sans hésiter: Parmi les élèves des écoles secon- ‘aires, des écoles spéciales d'arts et métiers, des écoles de hautes études commerciales, des facult des écoles techni ues, et au besoin (pour ce qui est des musiciens, par exemple) dans le publie, mais loujour au concours.

Et comme les programmes d'études français ne sont pas très connus au Canada, et qu'il importe de choisir les sujets en vue surtout de leur aptitude à s'adapter aux programmes français, nous inclinons à croire que les jurys devraient comprendre des Français, tout au moins pour l'examen des compositions écrit

(Evidemment, il s'agit ici des étudiants appelés à bénéficier de la protection de l'Etat, car un certain nombre, surtout pour les études utilitaires, continueraient à venir en France À leurs frais).

20. Comment les étudiants canadiens-français seront-ils dirigés, une fois rendus en France ?

Il faut une direction intellectuelle, De Montréal, de Québec ou de la “province” canadienne-française à Paris, le saut est brusque: à composer lui-même ses Programmes, à choisir luimême ses maîtres, l'élève perdra un stipe précieux, et souvent, se découragera ou se dévoiera avant ‘aboutir. Dans certains cas l'étudiant trouverait peut-être profit à aller étudier à Grenoble, Lille, Bordeaux, Lyon ou quelque autre faculté de province, Il inco:rbera au comité français de guider le nouveau venu à travers le dédale des écoles, des cours, des conférences, de le familiariser avec les programmes, les conditions de logement: au surplus, de provoquer en lui une noble ambition en lui procurant, au fur et à mesure de son avancement, toutes les occasions possibles de se produire devant le public français, par des expo-

sitions s'il s'agit de peinture, par des auditions s'il s'agit de musique, par des conférences s'il s'agit de sciences politiques ou sociales, et ainsi de suite,

Il faut aussi, nous l'avons dit, une direction morale, Cette direction s'affirmera d'abord dans le choix des écoles et des mattres; elle aidera en outre l'étudiant à se garder contre les dangers—d'ailleurs aussi grands à Montréal qu'à Paris et même un peu plus grands, parce que chez nous, en dehors des heures d'étude, l'esprit est plus désœuvré,- qui dans toutes les grandes villes guetcent la jeunesse étudiante,

Au problème de la direction se rattache naturellement la question de la création d'une maison à Paris à l'usage des étudiants canadiens-français.

Il nous semble difficile d'avoir sur ce point une opinion arrêtée,

Au point de vue intellectuel, une maison de ce genre ne serait pas très utile, car il ne saurait être question d'y établir ni bibliothèque ni laboratoires,

Au point de vue moral, l'utilité en serait peut-être contestable, la elaustration des étudiants n'étant pas possible dans une ville telle que Paris, et les colonies d'étudiants qui se yroupent par nationalités n'étant pas toujours celles qui travaillent où se conduisent 1e mieux. Il faudra compter un peu sur la formation préalable de cette jeunesse et sur les conseils que sera en état de lui donner le comité français. Un lieu de culte, une salle de lecture

« de récréation à proximité des écoles, pourraient facilement se trouver dans les institutions catholiques existantes, où nos jeunes gens auraient le précieux avantage de rester en contact avec des Français,

A propos de mœurs, reconnaissons d'ailleurs que la vie de bohème décrite par Murger n'existe plus, et que le Quartier Latin est peut-être avjourd'hui, de tout Paris, celui où la vie est lagplus honnêtement bourgeoise.

Reste le point de vue pécuniaire, Si la création d'une maison à leur usage doit permettre aux étudiants de grandes économies, qu'on l’entreprenne; mais qu'on n'en fasse pas la condition indis: pensable de toute action: Dieu merci, nos € liants, comme ceux de France, savent encore, eomme on dit, se débrouiller,

3. Quelle assistanec nos vingt étudiants recevront-ils des pouvoirs publics ?

L'assistance pourrait varier quelque peu selon le coût de l'enseignement, sa durée, et quelques autres conditions, 11 pourrait y avoir des bourses entières et des bourses partielles, Mais au total le budget des bourses ne saurait être inférieur à $50,000 ou 250,000 francs par an, ni supérieur à #100,000. Cette dépense incomberait au gouvernement de Québec. Peut-être aussi seraitil possible de demander des bourses d'architecture, de génie civil ou autres matières, aux chambres de commerce, une bourse de droit romain à la Faculté de droit de l'Université Laval (1), une bourse de littérature à la communauté si riche et si française de Saint-Sulpice.

Jusqu'ici, tout parait très simple; de fait, rien de bien difficile, Mais il y a une question préalable, qui est de convainere le contribuable canadien-français qe qu il a présentement sous les yeux ne constitue pas une sation parfaite, et nos législateurs, nos gouvernants, nos hommes publics, qu'ils sont pas À eux seuls une élite suflisante, De là, nécessité de créer d'abord

au Canada un état d'esprit favorable au rapprochement intellectel franco-canadien,

De même, 1! y aurait sans doute avantage à créer en France Une opinion capable d'agir à l'occasion sur le gouvernement fran çais pour lui faire donner au Canada fran ais, dans l'intérêt de la France elle-même, le concours officiel nécessaire,

Nous sommes ainsi amené à suggérer tout un programme d'action à exercer, premièrement par la France au Canada avec le concours aetif du Canada français, deuxièmement par le Canada français en France avec le concours actif de la France,

Au Canada, l'action comprendrait entre autres choses:

1. L'institution de tournées annuelles de conférences embrassant, à part Montréal, Québec et Ottawa, tous les groupes français de dix mille âmes où plus, tant au Canada qu'aux Eta Unis, et même les grandes villes universitaires anglaises, ( conférences, portant sur des sujets arrñtés d'avance entre Les deux comités, auraient un double but d'agrément et d'utilit Bien organisées, elles pourraient facilement faire leur frais.

Création d'un enseignement médical post-scolaire, Cet enseignement, donné chaque hiver à Montréal et à Québec par un des maitres de la médecine française, serait couru d'un bout du pays à l'autre, même par les médecins de langue anglaise. [1 relèverait le niveau de la science médicale au Canada: il fortifierait le culte de l'idée française dans le corps professionnel qui a probablement chez nous la plus grande influence sociale: enfin il jetterait sur notre Facuité de médecine canadienne- ançaise un lustre inoui, Les frais pourraient en être partagés entre la Faculté de médecine canadienne-fra ise, le gouvernement de Québec, le gouvernement français,

Rétablissement de la chaire de littérature française qui exista à Québec pendant une année où deux. Malgré l'indifférence trop générale des classes intéressées, la chaire de ve genre qui existe à Montréal a déjà fait énormément de bien.

4. Expositions artistiques annuelles, bien conçues, bien présentées, sous la direction d'un critique et conférencier qui en expliquerait au publie le sens et la leçon. Nous inelinons à croire qu'il faudrait commencer par les arts décoratifs et qu'en fait de

peinture et de sculpture il faudrait d'abord s'en tenir au classique.

Choix de prédicateurs français pour la prédication annuelle du earûme, non seulement, comme aujourd’hui, à Montréal, mais dans toutes tes villes de quelque importance, les villes étent le mili à se vieier, où il importe le plus, par conséquent, de f. le plus souvent, et avec le plus d'autorité, le verbe fr

où lé génie de la langue tend le plus à s'appauvrir, l'accent

entendre ançais,

Attribution d'un cours complémentaire où même post-«colaire de droit romain à un maître de l'enseignement français à bee et à Montréal, alternativement ou simultanément,

7. Distributions judicieuses de prix français dans les écoles, à tous les degrés de l'enseignement,

S. Adoption et mise en pratique d'une politique de décorations qui reconnaisse dans toutes les classes et duns toutes les sph , sans urrière-pensée de prosélytisme philosophique ou politique, les services rendus à la France.

L'action en France comprendrait entre autres choses:

1. L'institution d'un cours libre de questions canadiennes à la Sorbonne, devant être donné par un Canadien et porter tantôt sur l'histoire, tantôt sur la littérature, tantôt sur l'économie politique, tantôt sur la législation sociale, ot ainsi de suite, Parmi ceux que ous croyons capables de tenir ee rôle, citons entre autres MM, Chapais, Ernest Myrand, hé Desrosiers, l'abbé Auguste Gosselin, l'abbé Camille Roy, l'abbé Groulx, Adjutor Rivard, Edouard Montpetit, Antomo | tult, Egidius Fauteux, Hector Garneau, Fernand Rinfret, Georges Pelletier, Omer Héroux, Léon Gérin, Gonzalve Desaxlniers,

La prédication de carêmes ou d'avents dans des chaires françaises par des prêtres canadiens. Si en effet nous vous demandons des prédieateurs, ce n'est pas que nous n'en ayons s chez nous, mais seulement que la cause des amitiés françaises à ses exigences, Le profit serait double si, en échange de ceux que vous nous énverriez, vous acceptiez de nous des hommes comme Mgr Georges Gauthier, Le R. P. Lamarche, M. l'abbé Labelle et tels autres que je pourrais nommer, tous orateurs de haute valeur, que vous seriez heureux d'entendre et qui contribueraient puissamment à l'aire connaître le Canada en France, Il y a d'ailleurs, dans cette idée des échanges de valeurs intellectuelles, toute une traine à creuser,

création d'un ecommerce de librairie canadienne dans ndes villes françaises, Beaucoup de nos livres n'offriraient pas le moindre intérêt pour le lecteur français: d'autres, notamment dans l'histoire et dans la poésie, : t vite demandés. On pourrait pousser aussi la vente de bons ouv s français sur le Canada. Et depuis l'Histoire de Rameau de Saint-Père à Marie Chapdeleine de Louis Hémon, en passant par je livre s eaptivant le M, Emile Salone sur la Nouvelle-France et Nos amis les Canaliens de M. Arnould il n'en manque pas. Le libraire qui entreprendrait le premier ee commerce y trouverait son profit.

4. La réforme, au chapitre du Canada, des manuels scoln français, dont certains, à l'usage des maisons secondaires, enseignent, par exemple, que Montréal compte 385,000 habitants alors qu'elle en à 700,000, et le Canada 5,700,000 habitants, alors qu'il en a S,103,000,

Qua à l'utilisation des compétences que nous fourniraient les écoles françaises, il n’y a pas lieu de trop s'en préoccuper, Dès maintenant il nous faudrait, pour l'Ecole des hautes études commercialss de Montréal, dix professeurs. Le journalisme pourrait

employer, avantageusement pour lui et pour eux, les diplômés de lettres, d'histoire, de science politique et sociale, L'architee. ture ferait vivre des dousnines de bons sujets, À tout prendre, un bon peintre aura, dans quelques années, autant d'avenir au Canada qu'en France, Et ainsi de suite,

Page 1