‹ De Paris a AgenChapitre 104 sur 154 · LIMOGES. — CASERNES. — PRISONS · texte numérisé non relu

LIMOGES. — CASERNES. — PRISONS

très-recherchés, trois orphéons dont un subventionné par la cathédrale, témoignent de l'esprit d'émulation et d'activité intelligente qui anime l'industrieuse cité. Il est môme sérieusement question d'élever par souscription sous le titre à* Académie de musique une salle de concerts populaires, dont le succès est assuré, s'il en faut croire l'empressement de la foule aux Conférences scientifiques et littéraires inaugurées pendant l'hiver de

Établissements militaires, de répression ou de charité.

La division militaire, installée depuis 1852 dans une maison particulière sur le boulevard de la Pyramide, va pouvoir bientôt organiser ses nouveaux services dans un hôtel splendide, dont les fondations n'ont commencé à sortir de terre qu'en 1865 et qui couvre déjà de sa grosse œuvre à peine achevée presque tout un côté de la place Tourny. Le corps principal présente la forme d'un parallélogramme dont les façades sur la place et sur le jardin sont coupées par un avant-corps, couronné d'un fronton. Le long de tout l'édifice, construit en granit de Faneix, court une corniche à modillons avec attique'à balustres. Les bureaux, à g., et les écuries, à dr., occupent les deux pavillons d'entrée, que relie une grille élégante en avant de la cour d'honneur. Les plans et devis, dus au commandant du génie Degors, évaluent la dépense, achat de terrain compris, à 500 000 fr.

A l'entrée de la route de Paris, au sommet de l'angle formé par la route de Poitiers, l'ancienne Visitation qu'avaient successivement occupée sans pouvoir y rester, la maison d'arrêt, une loge maçonnique, un café chantant, la Bibliothèque publique, le Tribunal civil, l'École normale, l'École de médecine, vient de recevoir une destination nouvelle et sans doute définitive. Sur ses cloîtres conservés, avec son dôme transformé en magasin et en dépôt, a élô élevée en 1860 la caserne ^infanterie. Une grille monumentale (140 mèt. de longueur) précède la façade qui regarde le nord et que protègent deux pavillons saillants de trois étages dont un à mansardes.

Le quartier de cavalerie a été établi en 1819 dans le magnifique séminaire des Ordinants dont les bâtiments conservés for-

ment l'ancien quartier, tandis qu'un quartier neuf y attenant loge dans un même corps de bâtiment 950 hommes et 800 chevaux. C'est un des points de la ville qui ont le plus fourni à l'archéologie limousine. On croit y reconnaître généralement l'emplacement du palais des proconsuls romains. Les travaux y ont fait trouver entre autres trésors , deux statuettes (bronze) d'Apollon et de Minerve, une main de bronze colossale, et, aux alentours, dans l'ilot désigné de temps immémorial, dit-on, sous le nom de jardins de Duratius, les vestiges d'une immense construction couverte de débris antiques, des murailles circulaires en petit appareil cubique, une salle de bains lambrissée de marbre, et d'innombrables médailles. En face du quartier, un manège converti bâti en 1845 pour les exercices des cavaliers, est devenu le rendezvous désigné des fêtes et des festivals. En 1848, il servit de local au club populaire. En 1863, il a abrité le concours des Orphéons et la lutte célèbre entre la Sainte-Cécile de Bordeaux et la Société impériale de Lille, lutte dans laquelle les Lillois furent vainqueurs. La salle a 60 mèt. de longueur sur 22 mèt. de largeur et 16 mèt. 70 de hauteur.

La caserne de gendarmerie, place des Carmes, a été reconstruite en 1848.

La maison centrale, dont le portail à grand cintre sert de perspective à la porte Tourny, est l'ancienne abbaye bénédictine de Saint-Augustin, fondée par saint Rorice, et qui, d'abord transformée en pensionnat, fut acquise en 1810 par l'État pour cette destination nouvelle. De nombreux travaux exécutés de 1811 à' 1820 en ont profondément modifié l'aspect en même temps qu'ils ont supprimé l'église Saint-Christophe qui s'élevait entre la porte actuelle d'entrée et une maison comprise dans le mur d'enceinte. Les matériaux des constructions modernes ont été fournis par les murs détruits de l'antique abbaye de Grandmont.

La prison cellulaire départementale, rue de la Mauvendière, commencée en 1851 sur les plans de M. Boullée, n'a été terminée qu'en 1856 sous la direction de M. Fayette. Elle peut contenir 150 détenus, dont 96 en cellules. Le siège de l'administration est dans le bâtiment antérieur. Neuf préaux occupent les côtés des trois ailes.

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L'hospice, fondé au xn« s. par l'évêque Gérald Hector, prit le nom, qu'il conserve encore, d'hôpital général par la réunion en 1660 des quinze hôpitaux de Limoges. Le principal corps de logis date de la reconstruction de 1775. Sur le fronton, surmonté d'une croix de pierre, se lit l'inscription : Christo et pauperibus. Situé à l'extrémité S. de la ville, entre la place de la Mairie et la nouvelle route de Bordeaux, l'édifice, agrandi en 1838, a été complètement isolé en 1856, de nouveau restauré en 1861 et muni d'un avant- corps qui en indique la destination. Il loge en moyenne 700 individus. Nous avons parlé (p. 237) de l'église, confiée entièrement aux bons soins des sœurs de Saint- Alexis et qui mérite d'ôtre visitée.

L'asile des aliénés, commun aux départements de la Haute - Vienne, de la Creuse et de l'Indre, entrepris en mars 1858, a été inauguré le 8 décembre 1864. Établi à 2 kil. de la ville, sur le plateau de Naugeat, il comprend 17 hectares avec une ferme complète pour le travail des aliénés. Les plans et devis des bâtiments sont dus à M. Fayette. Deux pavillons d'entrée et une grille en bordure sur la route s'étendent à 50 mèt. en avant d'une façade de 220 mèt. de longueur. Quatre grandes ailes, en forme de parallélogramme régulier, embrassent le bâtiment des services généraux placé au centre. D'une part se trouve l'administration; de l'autre, la chapelle, édifice en style néo-grec, avec fronton dont la porte d'entrée soutient deux anges adorateurs aux deux côtés de la croix. Au fond de la nef, une peinture murale de M. Gardel représente le Christ consolateur. Les deux ailes opposées renferment les logements des malades. Tous ces services sont reliés entre eux par des constructions transversales et des galeries en fer couvertes en zinc. — L'ensemble des travaux a coûté 850 000 fr.

Tout près de là s'élève un dépôt de mendicité, qui peut contenir 300 réfugiés.

Sur la route de Paris, près de l'École de médecine, une des deux communautés des Sœurs de charité, logée dans une ancienne fabrique de porcelaine, possède une jolie chapelle (26 mèt. 77 sur 8 mèt. 60) inaugurée le 24 avril 1856. L'architecte, M. Regnault, qui a adopté le style du xn e s., lui a donné le plan

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d'une croix latine avec porche et abside circulaire. Des vitraux en grisaille de Thévenot et trois autels en granit sculptés en composent la principale décoration.

Maisons remarquables. — Inscriptions. — Madones.

On comptait encore à Limoges, il y a une quinzaine d'années, une soixantaine de maisons du xm* s., construites pour la plupart de 1200 à 1270, à la suite (les incendies, qui renouvelèrent profondément la ville de 1167 à 1200. Cette raison môme les avait fait établir en pierre jusque ce que l'oubli du mal eût ramené la mode du bois. Ce sont des ouvroirs, percés au rez-dechaussée d'une série d'arcades ogivales de 3 à 4 mèt. d'ouverture, retombant sur des piédroits d'une extrême délicatesse. Le côté g. de îa rue Poulaillère était ainsi presque tout entier bordé de maisons gothiques, dont une conservait une clef de voûte en forme de nimbe crucifère , d'où sortait une main bénissant» Elles ne sont pas rares encore le long des vieilles rues mornes et désertes qui avoisinent la cathédrale, telles que la rue des Petits-Carmes, la rue de la Haute Cité, la rue de la Providence. On en voit deux, dont une remarquablement belle, dans la rue de la Courtine. — Plus au cœur de la ville, la rue du Temple a conservé du haut en bas des manoirs antiques. En haut, à g., faisant, angle de la rue Ferrerie, où il porte le n° 16, est l'ancien hôtel des Templiers. Les cloîtres, les salles, des galeries, de curieux escaliers, et surtout d'immenses souterrains à voûtes gothiques subsistent encore, utilisés par l'industrie. — A l'autre angle de la rue Ferrerie, dans la rue du Consulat, la maison Beauvieux montre les cinq grands arceaux ogivaux de son rez-de-chaussée, surmontés de deux étages de fenêtres à gracieux meneaux. — Sur la place des Bancs, la librairie Marmignon forme un avancement à double façade décorée d'arcades ogivales et d'élégantes moulures. Le premier étage repose sur des consoles ornées d'animaux qui jouent des instruments ou s'en vont en chasse. Sous le sol s'étendent de profondes caves semblables à des nefs d'église. — Au bas de la rue des Combes, un logis fort remarquable de la Renaissance est la maison Nivet, • avec tourelle et couronnement de vases antiques.

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LIMOGES. — LES OSTENSIONS. 251

Gomme singularité, on peut citer, à l'angle de la rue des Allois, du côté de la cathédrale, un cippe en forme de pyramide, en partie enfoui dans le pavé et où se lisent quelques lettres d'une inscription IAESU ORIGANIONIS, dont on aurait dû attendre le dégagement avant d'en essayer l'interprétation. — De môme, dans la petite rue du Mûrier, au-dessus d'une fenêtre d'un rezde-chaussée est encastrée Yépitaphe d'un doyen de Saint-Martial (xin e s.) autrefois placée dans le chapitre de l'église et utilisée là comme pierre de construction.

Des inscriptions d'un autre genre, trop rares encore dans la plupart des villes, qui négligent de s'honorer ainsi à peu de frais, rappellent la naissance à Limoges, rue du Consulat, du chancelier d'Aguesseau, — à l'angle de la même rue et de celle de la Cruche' d'Or, du maréchal Bugeaud; — rue des Petits-Carmes, du maréchal Jourdan, — sur les maisons mêmes qui les ont vus naître. La maison où est né et où a grandi Vergniaud, et qui forme l'angle des rues du Clocher et Gaignole, a été oubliée.

De nombreuses madones garnissent, sans les décorer, les maisons ou les carrefours. De ces statues banales aucune n'offre le moindre intérêt d'art ou même d'archéologie. Celles des rues Vignedé-Fer et du Naveix habitent encore deslogettes du xm e siècle. A l'angle de la rue des Échelles, Notre-Dame du Battoir est l'objet particulier de la dévotion des blanchisseuses. La patronne des bouchères trône au milieu de la boucherie et se fête sous le nom grotesque de Notre-Dime des Petits- Ventres. Quelques autres, — celle surtout des Ruchoux, — ont la réputation de marier les filles qui leur offrent des épingles.

Les ostensions.

L'esprit de ces pratiques routinières a maintenu un genre de solennité particulièrement chère aux populations limousines et dont le retour est attendu par elles avec une vive impatience. Si Ton veut voir Limoges en fête, ses rues envahies par la foule, ses maisons parées de leurs plus beaux atours et toutes les familles dans Témotion des toilettes ou des gais repas, c'est un jour d'ostension qu'il y faut passer. On appelle ainsi la montre ou exposition des reliques de saint Martial, qui a lieu tous les sept

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ans. La dernière date de 1863. On raconte que, au xr siècle, 40 000 habitants avaient péri, emportés par le mal des Ardents, que rien ne pouvait conjurer, quand les peuples éperdus s'adressèrent à saint Martial dont ils exposèrent les reliques sur un mont voisin. Autour de ce trésor vénéré vinrent prendre place les reliques de saint Étienne d'Obasine, de saint Léobon, de saint Pardoul, de saint Israël, de saint Yrieix, de saint Junien, de saint Faucher d'Aureil, tous les trésors de cette terre des saints. Immédiatement, dit-on, la peste cessa, et une église fut élevée en l'honneur de saint Martial, à ce rendez-vous désormais consacré par le nom populaire de Montagne de la Joie, aujourd'hui encore Montjauvy (mons gaudii sinon plutôt mons Iovis) qui devint le centre d'un pèlerinage solennel. Ce n'est que plus tard qu'on songea à réglementer la piété locale, en assignant un terme régulier de sept années aux fêtes de la reconnaissance. Depuis le commencement du xvr 3 siècle, à travers tous les troubles publics, ces cérémonies ont à peine manqué deux fois. L'année venue, le jeudi de la mi-carême, les 72 membres de la confrérie de saint Martial revêtent leur costume traditionnel et présentent à la bénédiction solennelle leur étendard blanc avec croix rouge, qui va parcourir la ville au son du tambour. C'est le dimanche de la Quasimodo, que le chef de saint Martial est retiré de sa châsse et exposé en grande pompe. Les diverses compagnies bourgeoises sillonnent les rues de leur cortège plus ou moins singulier, qu'anime une certaine émulation de bruit et d'apparat. Les Pénitents- Rouges et les Pénitents -Feuille-morte étaient autrefois célèbres par leur lutte de magnificence et d'originalité. Toute la fête d'ailleurs, si fort que le peuple y tienne, a dû se modifier profondément et ne vit guère plus que de souvenir. Il y a quarante ans à peine c'était une véritable comédie en action que cette procession bizarre où se déroulaient, avec le défilé des personnages antiques dans le costume et la vérité traditionnels, toutes les scènes de la Passion. L'évêque supprima en 1827 ces mystères vieillis qui prêtaient à rire. Ce qui reste des cérémonies ne suffirait guère à remuer la foule, si ce n'était une occasion de fête chômée, qu'elle n'a garde de délaisser, mais qui a déjà bien vieilli.

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