‹ De Paris a AgenChapitre 103 sur 154 · LIMOGES. — MUSÉES · texte numérisé non relu

LIMOGES. — MUSÉES

reilles excentricités. Si, comme on le raconte volontiers à Limoges, le muséum de Paris a offert 25 000 fr. de cet avorton de la fameuse race limousine , équipé de la housse du 2* dragons, c'était une occasion incomparable d'enrichir autrement les collections et en même temps, — bonheur bien cher et trop rare, — de se gausser, comme il faut, des Parisiens.

Un petit réduit attenant à la première salle renferme, en attendant mieux, des débris recueillis au hasard des démolitions ou des fouilles :

— une statue antique de Jupiter Olympien ou plutôt de Dioclétien, trouvée dans le camp de Vlmperadou, près de la Roche-l'Abeille; — des fragments de mosaïque trouvés à la Roche au Got et lors du percement du tunnel du chemin de fer; — d'autres débris provenant des jardins de Duratius, prrs du quartier de cavalerie et sur la place des Jacobins ; — le siège du proconsul à l'amphithéâtre de Limoges , supporté par deux griffons en granit rose;— le cippe oVlxter dont nous avons déjà parlé (F. ci-dessus, p. 225); — une colonne militaire apportée de Thiers (Puy-de-Dôme) ;

— un sphinx provenant du cimetière de Bessines; — des inscriptions;

— des cpitaphes, telle que celle de Pœtus Petinus, décurion de la cité des Aulerques Éburoviques , trouvée sous les fondations du clocher de Saint-Martial ; — le tombeau de Sabineus, parallélogramme en granit, avec base et corniche creusée en forme d'auge, ayant longtemps servi de bassin à la fontaine de saint Cessateur. — Curieux entre tous est le cippe que consacre l'inscription en l'honneur du grammairien Blaisianus de Bourges, représenté en bas-relief, barbu, à mi-corps, tenant d'une main un rouleau, de l'autre une boule. Par un singulier caprice, M. Juge de Saint-Martin, qui l'a cédé au musée, s'est plu à repiquer le granit pour remplacer le mot grammalices par celui iVinsitionis et faire ainsi, pour le plus grand honneur des jardiniers, d'un maître de grammaire un professeur en l'art de greffer.

Parmi les œuvres du moyen âge, il faut signaler le groupe couché, célèbre autrefois à Limoges sous le nom du Bon Mariage. 11 était encore conservé au xvm« s. sous un petit arceau , près de l'église des Feuillants, dans un local muré. C'est le tombeau de deux jeunes époux partis de Poitiers pour Saint-Jacques de Compostelle. La femme mourut en passant à Limoges et le mari, son vœu accompli, revint prendre place à côté de sa douce amie. Longtemps perdu ou laissé à l'abandon, ce petit monument a été reconnu par l'abbé Texier qui en a fait le sujet d'un de ses premiers et de ses meilleurs mémoires.

On peut citer encore divers objets au hasard, comme ils sont placés :

— une belle cheminée du xni c s., provenant du Palais (Creuse); — la croisée d'une curieuse maison de Saint-Yrieix, abattue sans pitié et sans nécessité pour le passage de la route ; — la tombe de l'abbé Géraud ; — plusieurs têtes d'apôtres ou de prophètes, dégagées des fondations de la

D'ORLÉANS A LIMOGES

maison Dutreix, rue Faubourg -Manigne (les prunelles y étaient incrustées en verre coloré). On présume que ces débris proviennent, ainsi que divers animaux de pierre, un banc, un cheval harnaché, un sanglier, une châsse, une tête de Christ, qui gisent à côté, du portail de l'abbaye de la Règle démoli en 1829; — des chapiteaux en granit et en calcaire, ruines de Saint-Martial ; — une magnilique console en forme de crosse, trouvée dans la maçonnerie des terrasses de Saint-Etienne; — une clef de voûte de l'église de Saint-André ; — enfin, dans le vestibule, la tombe de Roger, chroniqueur et chantre de Saint-Martial (f 1010) , et, devant la porte même, un (ton en granit, provenant de la même abbaye.

Dès maintenant, l'ensemble de ces collections du musée de Limoges présente une valeur réelle que le patriotisme local apprécie et tiendra à honneur de développer.

Outre la société archéologique qui s'est attribué le patronage des musées, il existe à Limoges plusieurs autres sociétés littéraires, dont la bonne volonté, là comme ailleurs, s'épuise dans l'indifférence, naturelle à la province. La Société d'agriculture, sciences et arts de la Haute- Vienne, fondée en 1759 par l'intendant Pajot de Marché val, essaye dans son bulletin mensuel de vulgariser de son mieux les saines méthodes agricoles. Elle décerne tous les ans aux meilleures cultures et aux serviteurs ruraux des primes dont le chiffre s'élève en moyenne à 1000 francs. Elle a de plus créé en 1859 un concours départemental où se distribuent chaque année, au mois d'avril, des prix importants aux plus beaux taureaux du département. Enfin elle a pris sous son patronage exclusif et sa direction les écoles gratuites de géométrie et de mécanique appliquée/de dessin et de modelage pour les jeunes gens et les jeunes apprentis. C'est elle qui administre ces écoles, en nomme les professeurs et, au moyen des subventions que lui donne la ville, pourvoit à toutes les dépenses.

La Société d'horticulture s'est constituée indépendante en 1862.

La Société des amis des arts organise à ses frais tous les deux ans d'intéressantes expositions auxquelles sont conviés ei prennent part les artistes de toute la France. Elle compte aujourd'hui 700 souscripteurs, et, à chacune de ses expositions, le produit des ventes a atteiut environ 60 000 francs.

Une Société littéraire, artistique et scientifique, une Société philharmonique subventionnée par la mairie et dont les concerts sont

Page 1