‹ De Paris a AgenChapitre 106 sur 154 · EXCURSION A CHALUSSET ET A SOLIGNAC PAR LE VIGEN · texte numérisé non relu

EXCURSION A CHALUSSET ET A SOLIGNAC PAR LE VIGEN

Une demi-journée en voiture de louage (5 fr.) suffit amplement à cette double excursion. On peut déjeuner au Vigen. L'hôtel est à droite, tout auprès du pont.

Le pont Neuf traversé, on laisse à gauche, au sortir de Limoges, la route de Saint-Léonard pour prendre celle de Toulouse, qui monte, en tournant, une côte, d'où l'on domine à gauche une jolie vallée. On longe le petit village de Saint- Lazare, et Ton commence à descendre présque au point où vient s'embrancher sur la gauche la route d'Eymoutiers . Sur une longueur de 2 kilomètres le chemin est bordé a gauche par le champ de manœuvres, Un peu plus loin, du môme côté, s'aperçoit la maison dite des Petits-Préires, campagne et but ordinaire de promenade des séminaristes de Limoges. Au faite d'un pic escarpé apparaît à droite le château de Crachat, récemment reconstruit par son nouveau propriétaire. On s'eBgage, au pied môme de la rude côte, dans la route de Saint-Yrieix qui s'enroule péniblement jusqu'au plateau supérieur, en passant devant le château de Gignac, tout entouré d'arbres verts et de sapins, et le long d'une fabrique de planches qu'avoisine une charmante et gaie villa avec jardins, haies, bois et eaux vives. Deux hautes lignes de superbes chênes bordent le chemin. A la descente, une admirable vue se dévoile sur un nouvel horizon festonné d'une triple bordure de collines. • On distingue à gauche et très-nettement, noires et debout au milieu de la verdure, les ruines de Chalusset, qui semblent à quelques pas quoique distantes encore de 5 kilomètres. Tout près à

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gauche» sur le chemin, le château de Bregeon, appartenant à M. Maret, se dresse entre deux tourelles. En face, devant soi, comme dans un trou profond, où plonge la route, le Vigen (233 hab.), aligne ses maisons basses couronnées de toits rougeàtres (1 heure de voiture depuis Limoges).

On traverse le village. A quelques mètres de la rivière, le dernier sentier à gauche, dont le poteau indicateur des distances kilométriques signale l'entrée, conduit, par la rive droite de la Briance, au château de Chalusset. On peut le suivre en voiture jusqu'aux deux tiers du trajet. Mais on risque, arrivé là, de perdre quelquefois bien du temps à héler le bac. Si pourtant les routes sont détrempées par la pluie, c'est le seul chemin où il soit prudent de s'engager. Mais, si le temps est sec et que l'on ait le pied sûr, il faut laisser l'équipage à l'auberge (au bout de la rue à droite et tout près> du pont), traverser le pont suspendu qui remplace un ancien pont gothique dont on voit en aval une arche entière et deux piles, et, tout au sortir du palier, prendre immédiatement à gauche l'étroit sentier qui remonte la rive gauche de la Briance. Ce sentier grimpe sous la verdure, toujours en vue de la vallée, jusqu'à ce qu'il incline un peu à droite, passe devant deux petites sources encadrées de pierres et coupe une ferme. A peine ces bâtiments traversés, on voit devant soi les tours comme dans un fond. Au bas du champ, le passage est barré par un petit ruisseau, qu'il est facile de franchir d'une enjambée partout, et qu'à ce point môme un amas de pierre réduit de moitié. Chalusset cesse d'être en vue tout le temps qu'il faut pour gravir la côte. Dès le sommet la ruine réparait brusquement tout entière sous les yeux, non plus enfouie, mais debout et comme dominant tous les faites voisins, du haut de son pic inabordable, que battent les eaux mugissantes de la Briance et de la Ligoure. — Tout près, à gauche, un pont de pierre livre passage à l'escalade.

On connaît d'une manière précise l'époque de la construction du château de Chalusset. Les chroniqueurs l'attribuent à l'évôque Eustorge, qui, aidé de deux chevaliers, Arnauld Bérauld et Bernard de Janillac, se serait préparé ce refuge contre le duc d'Aquitaine, vers l'année 1130. Son architecture, qui af-

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firme cette date, atteste aussi qu'il fut complètement remanié et agrandi dans la première moitié du siècle suivant. Il était passé, au xui* s., dans la main des vicomtes de Limoges, qui y avaient établi leur principale résidence. Un maringe rapporta à la maison de Bretagne, et bientôt les Routiers, les Anglais, toutes les bandes guerroyantes y passent, s'y établissent, pillent le pays et laissent la place à d'autres brigands. Quelques restes de petites constructions aux abords de la porte principale indiquent l'emplacement de refuges qu'y avait établis une petite colonie de protestants, au xvi e s M sous la protection d'un Jacques de Meaumont, maître du gîte. En 1577, les bourgeois de Limoges, de Soiignac, d'Eymoutiers , vinrent l'y assiéger et obtinrent raison en cinq jours. Pour prévenir de nouvelles misères, le consulat de Limoges fit poursuivre par des maçons la démolition du château, en 1593. Les paysans d'alentour l'ont continuée pendant des siècles au profit de leurs bâtisses. Tout récemment le département de la Haute-Vienne vient d'assurer la conservation de ce qui reste en se rendant acquéreur de la ruine.

Le château couvre encore, à vrai dire, toute la colline rocheuse, en forme de promontoire triangulaire, qu'entoure le confluent de la Briance et de la Ligoure. La fortification suit et utilise la configuration du sol dont le roc à nu soutient ou déborde les murailles.

Un pont en pierre, qu'on n'avait pas essayé de défendre, abordait au pied du coteau. A une certaine distance seulement de là, se rencontre une fortification carrée, couverte par un fossé, portant au centre un donjon parfaitement conservé, dit la Tour à la Jeannette^ en souvenir, prétend la tradition, d'une bergère que des brigands y auraient enfermée. Sur chaque face est appliqué un contre- fort percé de meurtrières. Une seule porte cintrée, à la hauteur de k à 5 mèt. au-dessus du sol, donnait accès dans l'intérieur, dont les étages sont ruinés, ainsi que la voûte. Rien ne semble avoir relié cette tour au corps de la forteresse principale, qui surgit à une centaine de mètres, le long des pentes de plus en plus rapides du terrain.

Une première enceinte, de forme irrégulière, munie, au N. seulement, de trois tours, avait pour entrée, au S., un simple

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portail ogival sans herse ni pont-levis. Ge portail donnait sur une terrasse ou barbacane en demi-lune, qui couvrait obliquement l'entrée principale delà seconde enceinte et, à proprement parier, du château. La façade de ce côté, construite en moellons de granit taillé, tandis que le reste de l'œUvre est en micaschiste du pays, est la partie la plus monumentale de la construction. Le mur droit s'élève flanqué aux deux angles d'une tour aujourd'hui détruite presque jusqu'aux fondations, et doublé en un point d'un contre-fort avec créneaux et mâchicoulis dans lequel s'ouvre une porte ogivale (2 mèt. 50 de largeur), que défendaient intérieurement une herse, des vantaux et un mâchicoulis pratiqué à travers la muraille dans la chambre même du gardien. La baie qui domine l'entrée est moderne et affaiblit la défense. De magnifiques touffes de lierre la parent aujourd'hui d'une décoration splendide. Ge passage débouchait dans une cour oblongue et étroite que bordaient de chaque côté une série de salles ogivales, complètement ruinée, autrefois sans aucune / communication extérieure. Le logis de gauche se composait d'un rez-de-chaussée et d'un étage, comprenant chacun une seule pièce divisée en deux nefs de trois travées. On voit encore aux angles du rez-de-chaussée les culs-de-lampe et une colonne de granit appliquée contre le mur pour soutenir les voûtes. Deux chapiteaux figurent des bourgeons ou des fleurs de lis et des lôtes grossières. La pièce s'éclaire sur la façade par deux baies étroites, vis-à-vis de la cheminée. Le premier étage, percé de trois côtés par de larges fenêtres ogivales ou rectangulaires à redans arrondis, communiquait avec la chambre de la herse. Trois autres corps de logis semblables s'alignaient jusqu'à l'extrémité de la cour où se dresse encore tout entier le donjon, construction romane, en forme de parallélogramme allongé, avec porte en plein cintre percée à une grande hauteur du sol. Ce donjon est muni, à l'opposé, sur sa face nord, d'une espèce d'éperon en bec saillant du côté de la courtine, et, sur les autres faces, de contre-forts plats. Il est divisé- à l'intérieur en deux parties inégales, dont une contient l'escalier à double course, l'autre , les logements du châtelain et des soldats. A la droite du donjon, formant un angle avec sa face antérieure, se rattache la chapelle avec chevet affectant la forme ogivale et dont

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Jes ruines se distinguent encore à des traces de peintures à fresque. La façade postérieure du château était munie, comme celle de la première enceinte, de trois tours, dont deux rondes servant d'escaliers, aux angles, et la troisième, carrée, au centre, reliées toutes trois entre elles par une étroite galerie voûtée , creusée dans l'épaisseur des murs des courtines et éclairée de meurtrières pour les archers.

Là, comme partout, une tradition prétend qu'un souterrain traversait la rivière, mais on n'en a pu retrouver de traces, non plus que des puits ou des citernes qui ont dû pourtant y exister.

Si l'on veut aller visiter Solignac ( 10 kil.), il faut, vers le milieu du bourg du Yigen, se détourner à droite à la hauteur de V église i qui mérite un coup d'œil au passage. Son curieux campanile, formé de deux rangs de doubles arceaux sans profondeur superposés, est porté par un porche roman à retrait. Le carré du transsept est voûté en coupole. Le chemin , dont elle borde un côté, conduit en quelques minutes et directement à Solignac, paroisse distincte quoique dépendante de la commune du Vigen.

C'était, dès les premiers siècles, une villa royale que Dagobert donna à saint Éloi. L'éminent artiste, en y installant une colonie de moines, sous la règle de saint Benoit et de saint Colomban, prit à cœur d'y réunir tous les plus habiles ouvriers dans les arts du dessin, architectes, sculpteurs, argentiers, orfèvres, ciseleurs, émailleurs, peintres, et de là il envoyait aux autres provinces des chefs-d'œuvre et des maîtres. Le premier abbé fut saint Remacle , qui devint, en 650, évêque de Maestricht. c J'ai visité moi-môme ce lieu, dit au vu* siècle saint Ouen, dans sa Vie de saint Éloi, et j'y ai vu une si exacte observance de la règle, que la vie de ces moines est presque unique en son gtmre, si on la compare à celle des autres monastères de la Gaule. Telle est la fertilité du sol, tels sont les agréments du site, que lorsqu'on y arrive et que l'on s'avance à travers les vergers chargés de fruits 1 et la verdure riante des jardins, la vue de ces merveilles arrache au voya-

1. Aujourd'hui Solignac est encore renommé dans un certain rayon pour la confection de ses petits pâtés de pruneaux.

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geur étonné un cri d'admiration I Ce sont comme des bois touffus, comme des cèdres plantés le long des eaux, comme un paradis situé au bord d'un fleuve. Le monastère est entouré d'une clôture circulaire, formée non par des murailles de pierres mais par un fossé garni d'une haie vive, qui a environ dix stades de circuit. Il est bordé d'un côté par une très-bonne rivière, que domine une montagne élevée, couverte de bois et surmontée d'un rocher très-escarpé. Des arbres fruitiers de diverses espèces occupent

Abbaye de Solignac.

toute l'enceinte du monastère, et un esprit tranquille y goûte autant de douceurs que s'il possédait une partie des charmes du paradis. » (Part. I, ch. xvi).

Dans ce monastère abandonné, Marie-Thérèse de Bouillon de la Tour d'Auvergne, ancienne prieure de l'ordre de Fontevrault, établit, en 1810, sous le nom de madame Sainton, un pensionnat qui subsista jusqu'en 1816, et qu'a remplacé depuis une fabrique de porcelaine. Il ne restait depuis longtemps d'ailleurs de l'édi-

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fice primitif, que quelques briques éparses employées dans les constructions ou servant de claveaux. Les bâtiments actuels datent seulement du xvn« siècle ou de la seconde reconstruction, qui eut lieu en partie au xviu» siècle, à la suite d'un incendie. Us ont encore, à l'extérieur, un grand air et montrent, au dedans, de belles et vastes salles d'où le regard plonge dans la vallée.

L'église, fondée par saint Éloi, a péri de même. Celle qui l'a immédiatement remplacée, consacrée en 1143, incendiée en partie en 1178, restaurée et dédiée de nouveau en 1479, se maintient debout, malgré l'abandon et le délabrement complet qu'explique, sans les reudre moins regrettables, l'insuffisance du budget communal chargé de l'entretien d'un édifice dont la toiture seule offre plus de 3500 mètres carrés de développement. Les beaux travaux de M. de Verneilh sur l'architecture romano-byzantine ont depuis longtemps recommandé ce monument à l'étude des artistes et des archéologues.

On y pénètre par un porche roman voûté en arc de cercle, supportant un clocher, plus récent d'un demi-siècle, et dont il ne reste plus que deux étages. Il s'écroula de lui-môme le 29 mars 1783 , écrasant les greniers chargés de blé et les celliers des Bénédictins. 14 marches usées descendent dans la nef, que recouvrent trois coupoles d'ailleurs très-basses et cachées extérieurement par le toit. Une quatrième coupole forme la voûte du transsept nord (14 mèt. de longueur sur 10 mèt. 60 c. de largeur), surmonté de môme autrefois d'un clocher énorme qu'il fallut, dès les premiers temps, démolir. Cette aile communiquait extérieurement à l'ouest avec les cloîtres par un vaste arceau couronné de fausses arcades, entre lesquelles ont été disposés divers débris, un Christ nimbé bénissant, et des statues de saints informes. L'aile du sud est voûtée en berceau.

Dans le pourtour de la nef (14 mèt. 65 de largeur) court un revêtement d'arcatures appliquées le long des murs et soutenues par des colonnes à pilastres carrés alternant avec des consoles peintes en rouge ainsi que les chapiteaux. Les deux travées de chaque côté de la nef, divisées par deux énormes piliers, comprennent chacune cinq colonnes , dont deux engagées dans les angles. D'étranges sculptures à tôtes grimaçantes ou. à sujets

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