EXCURSION A CHALUS
De la station de Bussière-Galant, un courrier (75 centimes), conduit soir et matin les voyageurs à Ghalus (6 kil.), qu'on aperçoit du faite de tous les coteaux d'alentour. Le chemin offre une rampe continuellement sinueuse le long des rudes côtes, entre des bois et des prés arrosés par des réservoirs et des sources.
C'est devant Chalus-Chabrol (1987 hab.), fameux aujourd nui surtout par ses foires de bestiaux, de porcs et de chevaux, sans égales à 50 lieues à la ronde, que tomba frappé à mort le terrible rival de Philippe- Auguste, Richard Cœur de Lion, alors en guerre contre deux de ses vassaux, Aymar, comte d'Angoulôme, et Aymar, vicomte de Limoges, rebelles à leur suzerain par l'instigation du roi de France. La chronique, qui a l'imagination facile, raconte autrement les causes de la guerre : Un paysan avait trouvé un trésor. C'était t si comme l'on disoit, » un groupe de personnages en or pur, un empereur, sa femme, son fils, ses filles, tous assis à une table d'or, c Si estoient lettres escrites, qui donoient à entendre à ceus, qui les lisoient, que cil empereres avoit esté, et corn grant temps estoit coruz, puisqu'il régna. » Sur le bruit de cette trouvaille merveilleuse, Richard, en sa qualité de suzerain, demanda sa part de cette collection inouïe, et sur le refus d'Aymar, seigneur de Chalus, quoique ce fût la semaine « panneuse » qui précède la Pâques, se transporta à grand fracas sous la tour avec
Mercadier, son chef de brabançons et de routiers. Il prenait ses mesures pour l'assaut et visitait la place, quand un carreau, bien dirigé, le vint frapper à l'œil, suivant les uns, en pleine poitrine ou au bras, suivant d'autres. Il survécut pourtant douze jours. Gbalus avait été emporté au premier assaut et tous les assiégés pendus. Seul l'archer qui avait blessé le roi fut épargné. Un chroniqueur l'appelle Pierre Bayle, un autre Jean Sabras, ou Guy ou Bertrand de Gourdon. Ce dernier nom a prévalu dans la tradition, quoique elle soit pleinement convaincue d'erreur. Richard fit appeler le prisonnier et lui dit : « Que t'ai-je fait pour me tuer? — Tu as tué mon père et mes deux frères, et tu vas tout à l'heure me tuer. Venge-toi donc! je me suis vengé! » Richard le relâcha en lui donnant 100 sous de monnaie anglaise ; mais à peine le roi mort, le chef des routiers, arrêtant l'archer, le fit écorcher vif et attacher tout pantelant à un gibet.
On montre encore dans un pré, au bord de la Tardoire, maigre ruisselet qui baigne le pied de ces collines charmantes, une grosse pierre, le rocher de Afaumont y où s'était arrêté, dit-on, Richard, lorsqu'il fut frappé; mais le but est évidemment hors de portée. Sur la rive gauche, il n'existe plus qu'une tour ronce à deux étages, contenant une vieille cuisine et un corps de garde, et servant de prison (la ville la loue 200 francs). Sur la gauche y attient un pan de mur percé d'une jolie fenêtre à meneau tréflé, le tout délabré et à grand'peine soutenu par des contre-forts carrés. Par derrière s'adossent les maisons neuves de la ville échelonnant leurs toits de briques rouges, et à quelques pas, l'église neuve toute blanche et nue. Un sentier conduit, en traversant la Tardoire, à une rampe rapide tracée en tournoyant le long de la colline voisine. Au faite, une haute tour construite en blocage avec parement de pierres cimentées et rayonnéesde briques, qu'éclairent des fenêtres rondes, que tapissent d'épaisses touffes de lierre, s T élève au milieu d'une enceinte dont il reste une chambre avec une porte ogivale et des pans de murs à demi détruits percés de baies romanes. 'A droite une ferme s'appuie sur une seconde tour plus basse et plus ruinée encore dans laquelle s'ouvrait une large porte à plein cintre aujourd'hui murée. Au loin à l'horizon se dresse l'église de la Geyrat, plus loin encore, aux limites ex-