STATION. — CHÂTEAU-L'ÉVÊQUE
7 kil. d'Agonac. — 9 kil. de Périgueux. — 490 .kil. de Paris.
Le nom seul de ce petit bourg(1553 hab.) indique en quelle affection le tenaient les évéques de Périgueux qui en avaient fait leur château de guerre et leur résidence d'été. Le 14 juillet 1575, l'évêque Pierre Fournier y fut étranglé dans un escalier par ses domestiques qui le couchèrent dans son lit et s'enfuirent en emportant ce qu'ils purent d'écus.
La vieille demeure, bâtie au milieu du xiv* siècle par Adhémar de Neuville et restaurée maintes fois depuis, se montre au passage dans sa masse noire et confuse de tours crénelées et de pavillons à toits pointus. Mais c'est de l'autre bord qu'il faut la voir, surplombant d'en haut une splendide prairie bordée d'admirables et profondes allées de peupliers gigantesques. Au-dessus de la verdure qui monte le long de la pente où sa crête est assise, se dresse le groupe des logis, défendus aux angles par des tours car-
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rées à créneaux et à mâchicoulis, dont les toits de toute forme, en briques rouges, s'entremêlent à la cime inégale des arbres.
L'église qui en dépendait autrefois, comme l'attestent encore des restes d'enceinte, n'est qu'une espèce de grange, de bâtisse toute moderne, surmontée d'un clocher plus ancien mais aussi insignifiant. Vu du reste de ce côté, le château lui-même est sans caractère.
Sauf un ou deux logis de meilleure apparence, le bourg n'est qu'un assemblage de maisons basses, à un seul étage, neuves pour la plupart et recouvertes de tuiles.
Deux voitures transportent les voyageurs à Brantôme, partant Tune et l'autre de Périgueux et passant à Château-bévêque, le courrier d'Angoulême vers 11 heures, le matin, le courrier de Brantôme, le soir à 4 heures; l'une et l'autre repartent le lendemain matin de Brantôme à 7 et 10 heures.
On gravit la route de Périgueux à la Rochelle, bordée tout du long- à gauche de châtaigniers ou de maigres acacias, au-dessus de prés verts et de champs de mais que baigne un ruisseau dont la source anime un moulin. Dans le creux d'un vallon, un château, espèce de grande et belle ferme, s'abrite à un semis de pins qui couvre la pente. A droite, la côte est chargée de vignes ou de bois, mais le plus souvent aride et nue. Bientôt on entre dans un désert de craie, qu'égayent à peine quelques cultures. La vigne noire reparaît et s'aligne à perte de vue sur les deux bords. On est au faite du coteau (230 mètres) qu'il faut redescendre en tournoyant à travers la lande. L'horizon s'ouvre à droite vers Sencenac (455 hab.), d'abord assez étendu, mais bientôt couvert par un semis de sapins. A gauche, dans un détour rapide, entre deux vallons, se distingue très-nettement au loin la tour octogonale, entière encore et comme neuve du château de Bourdeille. On rase le pied d'une crête sur laquelle s'étagent les rares maisons du village de Puy -de-Fourches, dont le presbytère se bâtit sur la pente môme, faisant face àl'horizon, et sous l'église qu'on a peine à distinguer des autres fermes. Le chemin de Bourdeille vient s'embrancher à gauche à quelques pas au-dessus du Bosc-de-
Sarazignac qui borde la route, comme un peu plus bas le village de Lasserre (22 kil. de Périgueux). Après plusieurs détours le long de côtes arides, une rude montée entre des champs de maïs et une touffe de bois amène au dernier sommet d'où l'on aperçoit la Dronne à sa gauche, et devant soi, comme à ses pieds,
Château et rochers de Bourdeille. — D'après une photographie
de M. J. Robuchon.
le groupe charmant de Brantôme dominé [par son haut clocher (1 heure 1/2 de route — 15 kil. de Château-l'Évôque).
Brantôme (hôt. : Villotte, — du Grand-Cerf) est une gentille petite ville (2584 hab.), bâtie presque tout entière dans une lie, entre deux bras de la Dronne, un peu au-dessus du confluent de la Gole, à l'abri de profondes collines de belles pierres blanches,
que recouvrent la vigne» les fruits et une luxuriante verdure. Elle était jadis ville forte, entourée de murs et de fossés avec tours rondes dont trois existent encore aux abords des ponts. Les fossés ont depuis longtemps été convertis en magnifiques boulevards, qui à demi épargnés par le temps coupent la ville de préaux ombreux, bordés d'eaux vives. La Dronne poissonneuse court et circule entre les arbres penchés sur ses deux rives, reliées par quatre ponts. Le premier, de 5 arches surbaissées, s'ouvre à l'entrée de la ville. Au-dessous un second, à plein cintre, autrefois défendu par des fortifications, aujourd'hui tout croulant, ruiné, couvert du haut en bas d'une magnifique couche de mousse et de lierre, attend, condamné, l'heure de la chute suprême. Tout près en amont un moulin à eau s'encadre dans les peupliers et dans la ruine. Un pont de trois arches, au centre, conduit de la ville à l'église. Un dernier enfin, près de l'hôpital, au bout du Fossé donne sortie dans la vallée. On appelle particulièrement le Fossé, un reste des anciens boulevards bordé d'une part d'admirables tilleuls, de l'autre d'ormeaux, dont les cimes réunies recouvrent sur la rive gauche une promenade.
L'orgueil et la vie môme autrefois de Brantôme est son antique abbatiale fondée, suivant les uns, par Charlemagne en 769 ou en 796, ou encore, suivant d'autres, par Louis le Débonnaire. Le bâtiment de Yabbaye n'est qu'un banal édifice du xviii* siècle en forme de caserne, converti par moitié en pensionnat, le reste abandonné ou loué dans son délabrement aux ateliers d'un tonnelier. Véglise en revanche est une merveille archéologique. Longtemps délaissée, sans voûte à tous les ravages du temps, elle a été réparée sous la direction de M. Abadie et convertie par suite en paroisse.
Vancienne église paroissiale, aujourd'hui close et abandonnée, lui fait face à l'autre bout du pont de pierre. Son portail (xv« s.), garde encore au sommet du contre-fort de gauche, un rang de créneaux et de mâchicoulis, restes des fortifications qui défendaient l'édifice. A l'intérieur, l'autel orné de bas-reliefs en bois provient de l'abbaye voisine.
L'église abbatiale, où se célèbre aujourd'hui le culte, est une large et haute nef sans bas côtés, en forme de parallélogramme
parfait, divisée en trois travées dont une comprend le chœur. La voûte à 8 pans avec formerets plats repose sur des chapiteaux à crochets curieusement historiés que portent de hautes colonnes engagées dans les angles. Les premières travées de droite et de gauche sont éclairées d'une étroite fenêtre romane avec large
Âbbaye de Brantôme.
voussure extérieure et tores en dents de scie, que soutient le chapiteau à feuillage d'une mince et légère colonnette. La seconde travée est emmurée. Trois longues fenêtres ogivales avec double rang de colonnes en retrait entrouvrent le mur du fond du chœur, surmontées d'une quatrième et haute baie en forme de croix latine mais de date postérieure. Extérieurement le chevet de l'é-
glise est carré et reproduit sur sa face plane, entre deux larges piliers plats, les dispositions des quatre fenêtres intérieures. Une série de modillons romans soutenait la plinthe de la corniche. Le mur de côté s'appuie du haut en bas sur deux énormes contre-forts plats. Sous le toit courent deux fausses arcades soutenues par trois hautes colonnes, dont deux descendent jusqu'à terre, la troisième, au centre, s'interrompant vers les deux tiers de la hauteur, entre deux larges fenêtres ogivales qui couronnent deux fausses baies à voussures ornementées, sur une console formée d'une tête d'homme à moustaches et barbe pendantes. Dans le pied du dernier pilier, à droite, un cadre de pierre, carré, contient un personnage, les bras et les jambes étendus comme sur une croix de saint André, et qui semble avoir été mutilé à dessein par une main plus pudique que celle du sculpteur.
La seule chapelle qu'offre l'intérieur de l'église s'ouvre à l'entrée à gauche, en demi-coupole dont l'arc doubleau forme berceau, bordé d'un tore en saillie de pointes de diamant , avec chapiteaux de feuillages entrelacés et de têtes grimaçantes. Le mur est orné de cinq fausses arcades, entre chacune desquelles se voient représentés haie le prophète, Joachim, sainte Anne et saint Jean. Au centre, la Vierge, nimbée d'or, et l'Enfant Jésus sur ses bras. Dans la voûte, une Adoration des bergers sur fond d'or. La Vierge et saint Joseph adorent à genoux l'enfant emmaillotté, que des bœufs contemplent de leur crèche. A droite une mère envoie sonjils présenter un nid, et des pasteurs accourent, dont un porte la musette ; à gauche d'autres bergers se tiennent prosternés ou jouent des instruments et chantent. Deux anges planent au-dessus de la scène ; et l'inscription en lettres d'or, qui la borde, traduit l'impression dont s'est inspiré l'artiste : Pax hominibus bonx voluntatis. Cette page toute moderne, due au pinceau de M. Louis Lafon, est déjà plus qu'à demi effacée par l'humidité envahissante ; mais le sentiment exquis, dont elle rayonne, semble plus pénétrant encore par cette apparence de vétusté qui laisse l'esprit et les yeux comme incertains entre l'idéal de deux arts et de deux âges. — Dans le mur extérieur, à gauche, on a incrusté un cadre de pierre (xiu« s.) représentant le Baptême du Christ par saint Jean. Tout à côté, dans le mur faisant face au chœur, deux scènes
de la môme époque représentent un martyr, — Au-dessous, un chapiteau antique à feuilles d'acanthe sert de bénitier.
Une riche porte, de six bas arceaux d'ogive en retrait avec élégantes moulures, donnait accès à un beau cloître» qui reliait l'abbaye à l'église. Il y a peu d'années il existait encore complet, avec un vieil ormeau au centre et ses quatre murs tout lambrissés de mousse et de lierre, admiration des artistes, modèle dit-on, pour Gicéri du fameux décor de Robert le diable. Les dernières restaurations de l'église l'ont saccagé, au grand regret des habitants qui n'en sont pas encore consolés. Sept travées seulement en subsistent formant le fond d'une cour qu'égayé un joli massif de fleurs. La voûte en est divisée en carrés d'ogives avec formerets dont les nervures, du côté du mur, se réunissent à mi-hauteur, sur un pilier commun, et vers la cour, descendent le long de piliers sans chapiteaux, que contrebutent des contreforts extérieurs. — Nulle part trace aucune de statues pu de moulures ; — mais à travers les fenêtres grillées, qui ouvrent sous l'allée même, la vue plonge dans des chapelles, aujourd'hui converties en caves et en cellier. La première à droite, et la plus curieuse, est soutenue au centre par une colonne d'où rayonnent les rameaux de la voûte (s'adresser au curé pour visiter).
Le clocher (50 mètres), qui de loin semble couvrir toute la vilÎ6, est bâti en dehors, derrière et sans communication avec l'église, sur le roc, creusé de vastes cavernes, que soutiennent des colonnes antiques de marbre. On n'y parvient que par les chapelles intérieures du cloître, dont le curé seul a la clef, on le long de la côte à travers la Garenne, par une arche de pierre. La lour présente un carré à quatre étages de pierres de taille, superposés en retraite l'un sur l'autre, et recouverts d'une calotte octogonale pointue, comme une pyramide. Sous le faite, de chaque côté, s'alignent quatre petites baies rondes* L'étage inférieur, avant que l'on ne.se fut avisé de boucher cinq des arcades, formait une salle ouverte sur trois faces par six arcs épais et portant une curieuse voûte elliptique. Au-dessus, un escalier percé dans le gros mur du nord donnait accès à une seconde salle éclairée d'un même nombre d'arcades entrecoupées de colonnes mais non voûtée et portant seulement un plancher où posait le beffroi. Un
long pignon, formant Pangle aigu des deux bras d'un A, encadre extérieurement au deuxième étage une large baie romane, en envahissant de sa pointe l'étage supérieur. Cette bizarre ornementation attire l'œil et a frappé l'imagination du populaire. On raconte encore à Brantôme que Charlemagne est le fondateur du clocher. Dans un accès de dévotion, il avait juré de bâtir autant d'églises que l'alphabet compte de letires. Il avait commencé par l'A et parait s'y être tenu. « Tout y indique, dit M. Viollet-le- Duc, une origine latine, le système de construction, l'appareil, la forme des arcs. C'est un art complet développé au point de vue de la construction. Il y a même dans les proportions de cet édifice une certaine recherche qui appartient à des artistes consommés. La rudesse de la partie inférieure, qui rappelle les constructions romaines, s'allie par des transitions heureuses à la légèreté de l'ordonnance supérieure. »
Un peu- au sud du clocher, et derrière les bâtiments mêmes de l'abbaye, de curieuses grottes, habitées, dit-on, par quelque anachorète ou par les premiers moines, offrent d'étranges sculptures dont l'origine reste inexpliquée. Sur le mur de caves immenses, anciennes carrières sans doute, converties aujourd'hui en cellier (s'adresser au tonnelier, locataire des caves et de Pab baye — 50 centimes), apparaît une tête énorme de femme dont deux anges supportent les tresses pendantes. Au-dessus se dresse la Mort avec sa faux, éveillée comme en sursaut par deux anges qui lui sonnent de leur trompette aux oreilles. Au-dessus encore plane le Père Éternel. De chaque côté, sous chaque ange s'aligne, comme au sortir du tombeau, dans un tympan spécial, un rang de têtes différemment coiffées. — Aux deux bouts extrêmes et un peu en dehors de la scène, un ange consolateur soutient des moines agenouillés. — Dans une autre face du mur, plus loin à droite, le Christ meurt sur la croix. Trois femmes se tiennent au pied, dont une, plus petite de taille, étreint le bois sacré, les deux autres, à distance, debout. Aux confins du cadre, de chaque côté, deux femmes s'inclinent agenouillées, dont une sur un prie-Dieu. — Ce dernier groupe est plus moderne, mais ni l'un ni l'autre ne semble bien ancien ni de façon antérieure au xv e siècle. L'œuvre d'ailleurs en est brute et à peine dégrossie et le parait peut-être
plus encore, mutilée qu'elle est par les prisonniers espagnols du premier Empire, logés longtemps dans ces antres sombres.
Toute la côte derrière et par de là l'église est ainsi fouillée souterrainement de profondes cavernes, que soutiennent de çà de là des constructions habitées et à demi entr'ouvertes. Les masures inachevées s'entremêlent aux débris de la roche suspendue sur le chemin, que rase la rivière. Le quai, le long de l'église, est bordé d'une élégante balustrade antique de pierre, qui sur l'autre rive ne s'y rencontre qu'interrompue et par intervalles. Dans le fouillis des vieilles rues de la vieille ville, les logis du xvi e siècle abondent et les travées plus anciennes coupées d'ogive ou d'arcs en
Brantôme . Vue de l'église abbatiale.
berceau. A la rencontre des deux chemins qui mènent à l'abreuvoir, un édifice, carré du côté de la rivière, avec toit en cône tronqué irrégulier, porte suspendue dans l'angle postérieur une grosse tourelle ronde, qui s'interrompt en cul-de-lampe et que couronne un faite pointu. Sur la face voisine s'ouvre une trèsbelle croisée du xvi e siècle. Vers la ville, une tourelle, engagée à demi, laisse entrevoir une haute cheminée carrée dont l'orifice est couronné d'une petite colonnade. On appelle dans la ville cette maison la Diane, sans qu'aucun souvenir populaire interprète son nom.
Des blocs de pierre alignés dans l'eau permettent de passer à
pied^ec, en temps ordinaire, au bout du chemin. La rue où il aboutit ainsi présente tout à l'entrée à droite les ruines d'un antique édifice, dépendance sans doute de l'abbaya, dont une seule face existe, rasée à hauteur du premier étage , montrant quatre arceaux ogivaux et au-dessus d'étroites fenêtres avec trèfles ou accolades, le tout emmuré et converti en cuvier. — Un peu plus loin à gauche, se voit une autre maison bien conservée du xvi e siècle.
Au sortir de Chàteau-Lévêque, on continue à suivre la Beauronne, sur la rive même, à gauche de la voie, le long de prés semés de touffes d'arbres et bordés de peupliers. On traverse une tranchée taillée dans le roc. Les collines, d'aspect crayeux et blanchâtre, qui bornent la vue à droite, sont formées de bancs d'excellent calcaire crétacé, dont l'exploitation promet à la station voisine un riche avenir. Une voie spéciale d'évitement facilite le chargement des produits. La Beauronne franchie près du village des Grèzes, on laisse à gauche une briqueterie de M. Mie pour s'engager dans le roc calcaire qui aboutit à un viaduc sur la route impériale de la Rochelle. A droite, au fond de la vallée , on aperçoit bientôt Vaqueduc, qui conduit à Périgueux les eaux de la source du Toulon, puis la source elle-même s'échappant avec bruit du pied d'un rocher calcaire. La voie coupe à quelques pas de là le chemin de l'Église-Charles, seul souvenir qui reste d'une église bâtie, dit une tradition sans fondement, par Gharlemagne. — On s'arrête pour la vérification des billets, à l'entrée de Périgueux, le long et tout près des murs du cimetière, dont les beaux arbres et les hautes tombes bordent le chemin à gauche, tandis qu'à droite, sur l'autre rive de Pille, s'étend le nouveau champ de courses, inauguré en 1865. Les dépendances de la.gare couvrent plus de 235000 mètres carrés. Une rotonde demi-circulaire contient à elle seule dix-sept machines ; vingt-six autres sont abritées dans une remise rectangulaire. Les magasins de charbon peuvent être approvisionnés pour six mois. Des ateliers d'ajustage, de montage, de forge, de peinture, de sellerie, de tours, de scierie, occupent aujourd'hui