STATION. — LA COQUILLE
10 kil. de Bussière-Galant. — 48 kil. de Limoges.— 51 kil. de Périgueux.
La station de la Coquille (1142 hab.), canton de Jumilhac (12 kil.) arrondissement de Nontron (34 kil. ) repose sur un vaste plateau à surface presque uniformément plane. Elle dessert un commerce actif de bois, planches et écbalas du pays.
Jumilhac le Grand, sur la rive gauche de Pille (2948 hab.), est une ville ancienne, où les rois Mérovingiens avaient des monétaires. Perdu au milieu des bois, son château demeura aux mains des Anglais jusqu'au xv 6 siècle. Il appartient aujourd'hui à la famille de Rochechouart; sa masse hérissée de pignons pointus s'élève derrière une enceinte, bordée aux angles de tourillons bas à mâchicoulis.
L'aspect du pays change. Longtemps on traverse un plateau nu, parsemé d'arbres, puis des taillis, des châtaigniers, des ajoncs, des bruyères, les vastes et tristes landes de Coly, et partout se remarque cet air sombre et désolé de certaines zones aimées du géologue, mais déplaisantes au voyageur. A 2 kilomètres deThiviers le train s'enfonce en droite ligne dans un ban de schiste creusé en souterrain, sur une largeur de 8 mètres. La longueur totale du tunnel dit des Douyeras est de 328 mètres. Un aqueduc longitudinal en pierres sèches, établi sur Taxe de la voie, assure l'écou-
THIVIERS.
lement des eaux, en les amenant jusqu'à la gare voisine, où les machines les utilisent.
£8« STATION. - THIVIERS.
14 kil. de la Coquille. — 462 kil. de Pari». — 37 kil. de Périgueux.
62 kil. de Limoges.
Hôtels : — Villotte; Lambert; Notre-Dame; de France.
Thiviers (2709 hab.), chef-lieu de canton de l'arrondissement de Nontron (32 kil.), est la seule agglomération importante que rencontre le parcours de Limoges à Périgueux. Une remise de deux locomotives et de quatre wagons y est établie pour suffire à l'affluence des grands jours. C'est une jolie petite ville, gaie, active, aisée, remuante, campée au sommet d'une colline abrupte, que traverse dans toute sa longueur la route impériale, formant une rue bruyante, bordée sur la pente extérieure de riches et élégantes maisons bourgeoises, qui dominent une riante vallée. Les derniers hôtels au» midi, presque en dehors de la ville, vers Périgueux, sont à gauche la Gendarmerie, installée dans un bâtiment moderne accosté d'une vieille tourelle; à droite, YHôtelrDieu, qui des deux côtés découvre un horizon infini de verdure.
Vers le milieu de la rue Neuve, à gauche, Véglise, édifice du xm e siècle (1245), vient d'être rajeunie de fond en comble. Un massif clocher carré roman, nu jusqu'au faite et qu'éclairent sur chaque face trois étroites fenêtres ogivales à léger meneau trilobé, forme un porche intérieur dans lequel est percé un portail bas et écrasé, à multiples voussures en retrait correspondant à une série de légères colonnettes. En dehors, sur le mur plat, à hauteur des chapiteaux, se continue un cordon de fausses baies d'ogive dont chaque arc se termine de chaque côté par une tête grimaçante. La nef est coupée en trois travées d'inégale grandeur par de larges piles plates dont les côtés, s'évasant à angles droits, supportent les retombées des arcs d'une voûte à cinq pans et le formeret latéral, tandis que la face antérieure reçoit l'arc de chaque travée.
Le transsept s'appuie sur de grosses colonnes engagées dans la fa'ce du pilier et couronnées de très-curieux chapiteaux historiés comme ceux de l'église de Gargilesse. On y reconnaît la
scène de la Remise des clefs à Saint-Pierre, un Martyre, et ces fantaisies bizarres du bestiaire qui hantaiént l'imagination des artistes du moyen âge.
Le presbytère occupe derrière l'église, à gauche, un vieil édifice encore muni de mâchicoulis. — De l'autre côté, à droite, séparé seulement par un beau préau de jeunes arbres, se dresse le vieux château féodal, presque entièrement ruiné au xvi° s., mais depuis restauré. 11 appartient à la famille de Yaucocourt. C'est une sorte de pentagone irrégulier dont la principale face du côté de la ville a été réédifiée à la moderne, flanquée à droite d'une tourelle ronde avec terrasse, mâchicoulis et toit pointu, à gauche d'une simple gaite carrée avec mâchicoulis, ainsi que les autres angles qui regardent la vallée, sauf l'angle N.E.que couvre une tourelle accostée d'un petit tourillon engagé et de doubles guérites de pierre.
Dans le premier chemin, à gauche, qui mène à l'abreuvoir public , une grande et haute maison, récemment acquise par le propriétaire du château, montre ses larges assises de pierres à peine équarries et de hautes baies, les unes gothiques, les autres romanes pour la plupart emmurées.
Devant l'église môme, une rue neuve a éventré l'antique château de Pianeau , dont les murs arrachés laissent pendre encore sur la voie les étais d'une élégante cheminée (xvi e s.), et de larges fenêtres qui n'éclairent plus que le vide.
Partout le long des rues latérales se rencontrent les vieux logis à tourelle, les ouvroirs à devanture gothique, les restes mal cachés de baies romanes sous le plâtre ou le moellon. La position môme de Thiviers sur un des points culminants des Marches du Périgord en fit dès les temps, antiques une place forte, exposée par suite à toutes les ruines. Elle fut prise d'assaut en 1211 par Gui V, comte de Limoges, et de nouveau, mais plus désastreusement encore, par les protestants en 1575, sous le commandement du vicomte de Turenne, qui la saccagea. L'industrie et le commerce aident autrement à la transformer. Elle doit au voisinage des excellents gîtes de manganèse de Saint-Martin de Fressengeas (1059 hab.) la réputation de ses fabriques de poteries et de faïence émaillée. Non moins recherchés
THIVIERS. — NÉGRONDES. 281
*ont les truffes et les vins du pays, les fromages surtout de lait de chèvre et de brebis, dont elle fournit tous les alentours à 50 lieues à la ronde, pour une valeur annuelle de plus de 400 000 fr. Dix foires, sans compter les marchés de chaque semaine, y concentrent le commerce des bestiaux des hautes vallées. L'emplacement où elles se tiennent se reconnaît de la gare, à ses belles allées d'ormeaux *, il est dominé et bordé vers l'orient par une jolie promenade, d'où la vue, qui s'étend jusqu'à Saint- Martin de Fressengeas , embrasse à droite le château de Filolie, à M. de Saint -Aulaire, plus loin, entre les arbres, celui de Rozac à M. Dupeyrac.
Sur cette terrasse riante se cache la mairie, pauvre masure délabrée, à laquelle se relient par derrière les bâtiments de l'ancien Minage, aujourd'hui transformés en collège communal.
On passe au-dessous du collège et le long du champ de foire, qu'on rase à gauche au sortir de Thivier», pour pénétrer dans un tunnel de 390 mètres 50 de long, offrant une courbe de 800 mètres de rayon, sur 1 centimètre de pente, à travers des calcaires jurassiques et des gîtes de manganèse, au milieu desquels il débouche par de profondes tranchées. A gauche s'enfoncent les carrières et les fours à chaux des Maignaux où s'approvisionnent les propriétaires intelligents du pays pour fertiliser leurs maigres domaines; à gauche encore et plus loin, sur la commune de Corgnac (1342 hab.), et au-dessus même du bourg que borde la rivière d'Ille, se dressent les tours élancées du château de Laxion, érigé en marquisat sous Louis X Ven faveur d'un Ghapt de Rastignac, dont ont hérité les La Rochefoucauld-Liancourt. Il appartenait en dernier lieu à M. de Bellussières qui Ta vendu à M. Gurial. La vue reste partout insignifiante et bornée, le long de la route impériale de Limoges, bordée d'en haut par le chevet de grosses fermes, couvertes en tuiles rougeàtres, mornes et closes et tournées vers l'autre versant. Mais, par un changement nouveau, la vigne et le maïs reparaissent, et le pays s'égaye au sortir de cette région • monotone qui précède Thiviers. A 3 kilomètres à droite, en approchant de Négrondes, on dépasse le bourg de Vaunac (658 hab.)> dont la fontaine est célèbre pour l'abondance intarissable de ses eaux.
59* STATION. — NÉGRONDES.
10 kU. de Thiviers. — 72 kil. de Limoges. — 27 kil. de Périgoeux.
Négrondes (927 hab.) s'aperçoit à gauche de la voie, un peu en deçà de la station établie au devant du bourg. Tout près apparaît le lourd clocher carré, soutenu à chaque angle d'un haut contre-fort.
C'est aussi à une belle fontaine, que doit même son nom, diton, le village de Négrondes (onde noire), quoique aujourd'hui sa réputation tienne surtout aux vins estimés du pays. Entre tous on goûte particulièrement ceux des vignobles de Sorges (1830 hab.), que la station est appelée à desservir.
Une singularité d'un autre genre peut mériter à Sorges la visite des géologues. Tout auprès du bourg, une énorme brèche de calcaire, formant plateau et portant moulin, contient une masse de débris fossiles et comme empâtés pôle-môle d'ossements de grands bœufs, de chevaux, d'hyènes, de loups, dont l'assemblage rappelle les dépôts des grottes d'Antibes et de Montpellier.
En avant du village, au Nord, un vieux château occupe l'emplacement d'un plus ancien encore, qui avait nom La Jaubertie.
La voie ferrée court entre les jeunes vignes et des carrés de mais, des semis de bois, une sapinière. On laisse à gauche le village de Pouyet et une forte agglomération dont on n'aperçoit que les toits, plus loin un joli château moderne tout éclatant de briques rouges ; à droite, un gros et beau domaine entouré de bois et de peupliers, puis, tout près de la voie, les ruines du vieux caste! de la Roche-Morin, conservant un pan de courtine entre deux tours rondes, presque détruites au ras de terre, dont une pourtant montre encore des restes de mâchicoulis. On s'est rapproché, sans la voir, de la Beauronne, que le chemin longe jusqu'au delà de Château-Lé vôque.
60* STATION. — AQONAC.
Il kil. de Négrondes. — 83 kil. de Limoges. — 16 kil. de Périgueux.
On dépasse au moins de 200 mètres le village d'Agonac (1615 hab.) qui reste à droite de la voie, sur les bords de la Beauronne. C'est une localité dont l'existence est attestée dès l'épo-
AGONÀC. — CHAtEÀU-L'ÉVÊQUE. 283
que gallo-romaine. De son château, bâti vers la fin du x e siècle par Pévêque Frotaire de Gourdon pour faire face aux invasions normandes, et depuis rebâti à diverses époques, il n'est rien resté qu'une haute tour gothique à contre-forts massifs et une porte ornée de colonnes du rsn e siècle. En 1524, le Présidial, chassé de Périgueux par la peste, y installa temporairement sa juridiction. Le site, frais et charmant, présente de jolis points de vue sur la vallée.
D'Agonac à Château-l'Ëvêque on côtoie la rive gauche de la Beauronne, d'assez près et sur un terrain uni et découvert, où ne se rencontrent ni travaux d'art ni terrassements considérables; partout des champs et des prés coupés d'arbres ou de petits bois et sur la droite le long de l'eau, des peupliers. Sur l'autre rive la côte se dresse blanche et crayeuse, chargée d'une maigre verdure et d'arbres étiolés; A gauche, au contraire, la végétation est d'une opulente monotonie. On traverse le bourg de Preissac, dont le haut clocher carré, percé do triples baies en berceau, reste à droite de la voie. Les cultures de gauche s'étagent sur le coteau rapide dont la ligne de fer coupe le pied et qui s'aplanit de nouveau en deçà de Château-l'Évêque.