STATION. - PÉRIGUEUX
9 kil. de Chàteau-Lévêque. — 99 kil. de Limoges. — 52 kil. d'Agen.
499 kil. de Paris.
Renseignements généraux.
Hôtels : — de France; — du Périgord; — des Messageries; — des Postes; — Saint-Pierre; — Védrenne et de l'Univers-; — de Toulouse, — de Bordeaux.
Omnibus du chemin de fer, 30 cent, par voyageur; 20 cent, par colis.
Postc aux chevaux : rue Saint-Martin, près le boulevard. — Location de chevaux et voitures à volonté, calèches, chars-à-bancs, coupés, omnibus à 6, 8, 10 et 20 places. — 5 fr. pour toute course en ville, de moins d'une heure ; 2 fr. la seconde heure.
Poste aux lettres : — place Francheville.
Télégraphe électrique : — à la Préfecture.
Imprimeurs : — Paul Dupont et Cie ; ~ Boucharie; — Bounet; — Rastouil.
Libraires : — Bounet ; — Paul Dupont; — Mlle Faure; — Lepeyrière aîné; — Mlle Tarrade.
Situation. — Aspect général.
Périgueux, chef-lieu du département de la Dordogne, ville de 19140 habitants, s'étend de Test à l'ouest sur la rive droite de Pille, au penchant d'un coteau dominé de toutes parts et d'où la vue l'embrasse. A la voir seulement d'en bas, de l'autre rive de Tille , bordée d'une chaîne de hautes cimes arrondies qui courent et s'abaissent en mamelons continus, semés de curieuses villas, la ville du moyen âge apparaît tout entière , les pieds dans l'eau et tout assombrie de rues tortueuses, étroites, fangeuses, au-dessus desquelles ressortent quelques hautes cheminées de fabriques et l'œuvre immense de saint Front; — plus haut la ville moderne, aux blanches maisons", aux toits espacés par de larges promenades et les cimes d'arbres entremêlées;
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plus loin à gauche, la cité romaine, à l'écart comme un faubourg, aux maisonnettes neuves et basses, dont les murs reposent ou s'appuient sur d'incomparables ruines. Tout du long descend l'ille , aux berges basses et plates , entre de magnifiques allées de peupliers et comme, enclavée dans un vallon sans issue.
Ponts. — Places. — Promenades, statues et fontaines.
Trois ponts en pierre relient les deux rives. Le pont Neuf, à trois arches munies d'éperons, date d'un siècle (1756-1767). Le pont Vieux est de reconstruction récente (1860). On trouva pendant les travaux, dans une auge en pierre, sur des consoles en dehors du parement de l'ancien mur, un squelette d'homme adulte, sans tête. Une entaille de la pierre contenait à la place une petite fiole en verre, sans qu'aucun indice ait pu être recueilli sur l'origine de cette sépulture. Entre les deux ponts , un joli quai, dont les berges et les talus sont plantés d'arbres, est bordé, du côté des maisons, d'une grille en fonte, d'où l'on plonge dans les vieilles rues, de l'autre, d'une simple claie d'attente. A l'entrée, vers la descente de la ville , s'étend une ligne de remarquables logis, qu'ont malheureusement à demi enfouis les travaux d'assainissement des bas quartiers. Le premier, formant l'angle, est un hôtel du xvi e siècle. Daus son large toit en tuiles sont percées deux élégantes fenêtres à doubles meneaux surmontés de fleuronnements en partie brisés ; au-dessous règne une terrasse toute bordée de mâchicoulis. Des fenêtres modernes forment deux étages dans la façade extérieure, mais la base s'en perd dans les constructions du quai. La maison voisine offre une double terrasse superposée, que portent des colonnes de pierre, ornementées de feuillage et couronnées d'un chapiteau. Les lucarnes même sont fouillées d'élégantes sculptures. A côté s'ouvre un grenier dont la fenêtre porte un écusson.
Un canal, creusé depuis peu, descend du pont Vieux au port, construit en 1837 pour faciliter la navigation de l'ille (27470 mètres carrés). Au point même où il se termine, à l'autre extrémité de la ville, passe la route de Bordeaux sur le pont de la Cité, à trois arches de pierre, construit en 1832. On y parvient de la ville par une admirable avenue de peupliers de la Caro-
DE LIMOGES A PÉRIGUÉUX
line formant une immense et haute voûte bordée de longs préaux de verdure.
La rue Neuve, qui du pont Vieux remonte en ville, débouche sur la place Francheville, belle esplanade carrée, que borde une allée de jeunes arbres, où se réunissent à certaines heures les voitures et les brocanteurs; en face se sont bâtis de beaux et riches hôtels ; à droite, à l'angle môme de la montée s'élève la vieille tour Afataguerre, ainsi nommée en souvenir, croit-on, d'un lieutenant d'Auberoche, qui y fut longtemps enfermé. Reconstruite en 1477, elle faisait primitivement partie des fortifications du Puy Saint-^Front, élevées sous Philippe Auguste et dont il ne se voit plus qu'une autre tour sur la rivière, dans le jardin de la maison Foucault.
Une simple ligne de maisons, formée de cafés, de riches magasins et d'hôtels élégants, entre autres Yhôtel de France, sépare la place Francheville de la place du Triangle, qui doit son nom à sa forme géométrique. C'est le centre de la vie remuante et des arrivages de voitures , autrefois aussi des promeneurs et de la mode élégante, qui l'ont peu à peu délaissée. Un rang de maigres arbustes suffit à peine à donner quelque ombre aux bancs de pierre. Au centre, sur un piédestal de granit, s'élève la statue en bronze du maréchal Bugeaud, enfant de Limoges, et par adoption du Périgord, qui s'est honoré de ce souvenir. Une des faces du socle porte les jeunes armes du duc d'Isly avec sa glorieuse devise: Ense etaratro; une autre, les états de service du vieux soldat, caporal à Austerlitz, mort en 1849 maréchal de France. La pose du maréchal est simple et familière , la figure d'expression grave et paternelle, et le caban arabe qui retombe des épaules, fournit assez heureusement au sculpteur les lignes onduleuses, propices à sa fantaisie. L'artiste est M. Dumont, de l'Institut.
La place Michel-Montaigne, qui fait suite presque immédiatement, est réservée aux ébattements des charlatans, des cirques et des saltimbanques. C'est un quadrilatère allongé, bordé d'une allée de tilleuls taillés et émondés au ras 4es branches, qui forme à chaque extrémité un promenoir transversal de six ou sept rangées de hauts arbres. A l'entrée se tient le marché aux
PÉRIGQEUX. — HISTOIRE.
fleurs. La "statue du philosophe par le sculpteur Lanno (1838) le représente rêvant, le carnet et le crayon en main. Sur une des faces est inscrite la gracieuse parole qui lui a sans doute valu cet honneur : APaimerois à Vadventure mieulx deuxiesme outroisiesme à Périgueux que premier à Paris.
Les allées de Tourny continuent et forment angle d'équerre avec le cours Montaigne. Une quadruple avenue de grands et vieux arbres orne une magnifique esplanade, dont l'extrémité, bordée d'un revêtement en pierre avec sièges adossés, domine le cours de Mie, les coteaux et les prairies clairsemées de toits rouges. L'hôtel neuf de la Préfecture la termine à gauche ; à droite en contre-bas, descendent des bains; plus haut, sur la droite encore, une large avenue donne vue et chemin libres sur Saint-Front. A l'entrée du cours une statue en bronze de Fénelon (1840) par le sculpteur Lanno, tournée vers la ville, porte sur le piédestal ces mots en lettres d'or : II vaut mieux que le feu 0 ait pris à ma maison qu'à la chaumière d'un pauvre laboureurs,.. simples et admirables paroles que lui seul peut-être et Vauban pouvaient dire dans ce siècle d'opulente misère où le pauvre peuple n'était rien.
Une fontaine monumentale à triples vasques de bronze superposées décore, depuis le 15 août 1836, la place de la Clautre, Elle s'alimente au Pouradier, sur la route de Paris, dans un bassin où un aqueduc conduit les eaux de la source du Toulon, qui s'épanche à flots* du coteau calcaire , à trois kilomètres de la ville. — Quatre autres fontaines jaillissent aux angles d'un nouveau marché couvert , construit en 1832 sur l'emplacement de l'ancienne mairie.
Histoire.
Au sud et à peu de distance du Périgueux moderne, au faite du coteau escarpé de Cornebeuf, s'élevait sur la rive gauche de l'Ille , Vêsone, la capitale des Pétrocoriens. Rien absolument n'en subsisle plus; mais le sol y est partout pétri de débris d'armes et d'ustensiles de tout genre, haches de pierre, dards, traits, pierres de fronde, anneaux, vases en terre cuite, ornements de verre bleu, bracelets, colliers, ciseaux de bronze, seuls témoins
de cette métropole disparue. — Après le désastre d'Alésia, oii 5000 Pétrocoriens avaient combattu, les Romains prirent posses sion du pays qu'ils sillonnèrent au plus vite de routes militaires, chemins de servitude et de civilisation. Peu à peu une nouvelle ville, pour se développer mieux à Taise, s'installait sur la rive droite, au milieu de la plaine. C'est aujourd'hui l'emplacement de la cité y jonché encore des ruines d'édifices dont la splendeur avait effacé jusqu'au souvenir de la première Vésone. Elle se trouva bientôt en communication directe avec Limoges, Agen, Bordeaux, Saintes et la Bretagne. En même temps, un camp à demeure, garantie contre toute rébellion, s'établissait sur le plateau de la Boissière, où l'on peut encore en suivre les contours. Ce fut sans doute quand le pays fut rentré dans le calme et que Yésone jouit des bénéfices du décret de Caracalla, qui l'érigeait en cité romaine, que s'élevèrent les temples, les arènes, l'aqueduc construit aux frais d'un des duumvirs, ces monuments de toute sorte, dont les entablements, les corniches, les frises, les chapiteaux, les colonnes, les moulures intactes ou brisées se retrouvent à chaque pas perdus dans les constructions nouvelles ou dans le sol tourmenté.
Vers le v e ou le vi e siècle, le passage des barbares réduisit toute cette civilisation et cette opulence en solitude. Aucun document certain ne parle de cette histoire. C'est à peine si à travers les légendes confuses et naïvement populaires on entrevoit les premières prédications de saint Front et, au vi c siècle, l'érection, auprès de son tombeau, d'un oratoire par Tévêque Chronope, puis, vers la fin du x e siècle, d'une abbaye par TévêqueFrotaire de Gourdon, autour de laquelle, vinrent se grouper comme partout, les cabanes des colons qui allaient hériter des ruines de Vésone et de ses franchises municipales. Ce fut le bourg du Puy Saint-Front, rival et bientôt l'égal en importance de la cité plus antique, où siégeait l'évèque mais que dominait l'abbaye et qui devint plus tard une commune, privilège dont ne jouit jamais la cité. Le Périgord était alors, et depuis Charlemagne, gouverné par des comtes qui, établis fonctionnaires amovibles, n'avaient pas tardé à se rendre indépendants et héréditaires. C'est un de ces puissants seigneurs, Adalbert 1«, qui à la sommation de