PÉRIGUEUX. — HISTOIRE
Hugues Capet : « Qui t'a fait comte ? » avait répondu ces mots célèbres : c Qui t'a fait roi? »
Détruit eu 1 1 20 par un incendie, le monastère fut aussitôt relevé de ses ruines, muni d'une solide enceiute, derrière laquelle venaient de jour en jour chercher asile les habitants d'en bas, au milieu des Iutte3 violentes et souvent ensanglantées que provoquait cette émigration même. En 1269 seulement ville et cité s'unirent par un traité solennel. Un premier arrêt du Parlement (1290) fixa les droits respectifs du consulat et du chapitre de Saint-Front, tandis qu'un autre daté de 1309 mettait fin rudement aux empiétements de quelques familles bourgeoises qui prétendaient à se perpétuer dans leurs fonctions électives.
Pendant la guerre de Cent ans, Périgueux, ainsi uni et apaisé, repoussa seul, sans aide, et par trois fois, les Anglais qui ne parvinrent qu'en 1356 à s'établir dans la cité dont le traité de Brétigny leur consacra pour un temps la possession. A partir de Charles V, la ville entière fit retour et resta définitivement acquise au domaine royal. Le comté, confisqué en 1399 sur le comte ArchambauldV, vendu en 1437 à Jean de Bretagne, comte de Penthièvre et vicomte de Limoges, revint en dot à Antoine de Bourbon, et, par son fils Henri IV, à la couronne de France.
En 1575, les Calvinistes occupèrent Périgueux qu'ils gardèrent comme ville de sûreté, jusqu'en 1581, en vertu de l'Édit de 1576. La Fronde livra la ville a Condé ; mais le marquis de Chanlost, qui y gouvernait au nom du prince, eut l'art par ses procédés violents de soulever les habitants. Averti à temps, il se présenta, la veille même du jour où devait éclater l'explosion, au domicile de Joseph Bodin, signalé comme chef principal du complot; et, trouvant porte close, il se disposait à tourner la maison par les jardins, quand le battant s'ouvrit de lui-même. Chanlost s'élance suivi de 30 hommes et tombe frappé à mort. Bodin sort alors avec ses amis et appelle la ville aux cris de : c Vive le roi ! le tyran est mort ! » En quelques instants tout est debout, et l'armée royale, qui accourt des environs pour prêter secours, est consignée aux portes et forcée d'attendre l'arrivée du nouveau gouverneur (16 septembre 1653).
C'est à peu près le dernier fait saillant de l'histoire de Péri-
gueux , où la Révolution même se passa sans grands mouvements, grâce à l'esprit de modération des représentants Rom me et Lakanal. Quant aux illustrations locales, il est peu de grandes villes qui aient inscrit moins de noms au livre d'or de la France. Bien inspirée pourtant, Périgueux a su s'approprier par la reconnaissance les grandes gloires du Périgord, Montaigne, Fénelon, môme le Limousin Bugeaud, dont les statues parent et honorent ses promenades. On regrette seulement de ne pas rencontrer quelque part un souvenir pieux du brave Daumesnil, enfant de Périgueux, celui-là, la jambe de bois, comme l'appelaient les Parisiens, qui loi tiennent compte encore de sa double défense de Vincennes contre les envahisseurs de 1814 et de 1815.
Antiquités. — Musées. — Maisons anciennes.
L'originalité propre de Périgueux, ce qui la distingue de cités plus importantes et peut-être aussi anciennes, c'est l'abondance et l'intérêt des antiquités qu'elle a conservées.
Si les indices de l oppidum Gaulois de Cornebeuf qui fait face à la cité sont à peine reconnaissables sur le sol, on peut suivre à l'aise, le long du plateau de la Boissière, l'ancienne levée du camp romain (600 mèt. de longueur sur 300 de largeur), dont le relief varie de 5 à 6 mètres, sur 5 mètres environ d'épaisseur. Des débris d'urnes, des fragments d'armes, des amas de cendres abondent à l'intérieur.
Sur la rive droite de i'IUe, à l'endroit appelé château de Godoffre, les fouilles du canal de navigation ont fait reconnaître en 1858 des Thermes du i er ou plutôt du II e siècle qu'alimentait la fontaine de Grandfont (commune de Saint-Laurent sur Manoir) et dont l'aqueduc, en ciment, recouvert- de larges dalles de pierre, longeant les revers des coteaux, à 7 kilomètres de Périgueux, passait au Petit-Change et traversait la rivière au moulin de Cachepouil. Une inscription, aujourd'hui conservée dans la grotte du château de Barrière, atteste que ces thermes, construits par Marcillius, avaient été restaurés par Marc Pompée, prêtre de l'autel d'Apollon Cobledulitavus. Ils présentaient 60 mètres de façade, avec trois égouts voûtés sur un sol pavé d'une mosaïque grossière.