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LE GOT. — MONTPAZIER. — BIRON

apparence de mâchicoulis. Quelques restes de murs apparaissent au sud, quelques restes de fossés au levant; près de la gendarmerie, un curieux portail. Vis-à-vis de l'hôtel de France môme, la maison dite du chapitre présente une intéressante façade percée de larges arceaux d'ogives et de fenêtres accolées avec trèfles et croisillons.

L'église, ancienne collégiale, s'élève, à gauche, près d'un ancien cimetière. C'est une œuvre remarquable de la dernière période de l'art gothique (xv e -xvi e siècle). Le portail, plus récent, rappelle le style de Bachelier, de Toulouse. La porte, 'divisée en deux baies par un large meneau, est surmontée d'un tympan, dans lequel se lit encore en grandes lettres mal effacées : La République Française reconnaît l'existence de l'Être suprême et l'immortalité de ïâme. Une voussure cintrée l'enveloppe, ornée, en guise de tore, d'une moulure saillante décorée de strigiles, dont les courbes aboutissent à deux pilastres latéraux, surmontés de génies ailés et parés de la décoration familière à l'art de la Renaissance. Un cordon extérieur entoure de délicates sculptures des rinceaux enroulés et un écusson. Au-dessus, mais non dans l'alignement, s'ouvre une rose.

La nef, coupée en quatre travées, se termine par un chevet heptagonal, dont les trois pans du centre sont éclairés de baies tréflées à simple ou double meneau en style du xiV siècle. Dans le chœur, des stalles du xv siècle rappellent le chapitre disparu. Sa maison seule existe encore. La dernière travée à voûte surexhaussée retombant sur quatre grosses demi-colonnes , avec chapiteaux historiés, à g., d'anges, à dr., d'un ours et d'un griffon, sert de transsept. Deux chapelles de la môme époque que le reste de l'œuvre figurent les croisillons. Un arc doubleau, large et plat, sépare cette travée du reste de la nef, dont les trois autres portent une voûte à quatre pendentifs aigus, séparés « par des arôtes à base épaisse et à tranche mince. A chaque travée correspondent deux chapelles de style différent comme la date de leur construction (xv*-xvi e siècle) et communiquant avec la nef par des arceaux inégaux de hauteur et d'envergure. Une triple baie gothique ouvre jour de chaque côté sur les deux premières travées de la nef, et d'un seul côté seulement, à dr., sur

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la troisième. Deux colonnes avaient leurs chapiteaux ornementés d'écussons détruits.

Montpazier n'a pas perdu tout souvenir de son importance aujourd'hui déchue. Sa modeste mairie arbore encore en gros caractères le titre oVhôtel de ville; et ses foires de chevaux comptent parmi les plus célèbres du midi. Un usage moins connu témoigne de sa fidélité aux traditions et l'on y regrettera longtemps encore la fêle des cornards. Le mercredi des cendres, chaque marié de l'année était tenu et forcé par ses confrères, plus anciens auservice,*de porter à son plus proche voisin, recrue, comme lui, de fraîche date , un superbe bois de cerf, conservé comme un trésor dans les archives municipales. Au refus du mari de s'y prêter de bonne grâce, la femme devait baiser dévotement ce fatidique symbole. Voici quinze ans tout au plus qu'un maire pudibond a vendu le bois de cerf deux francs, au profit delà caisse communale.

Le chemin de Biron, le plus direct pour les piétons, franchit le Drot en barque au Moulin Brûlé, tout au-dessous de Montpazier. Le sentier, tout tracé à travers les bois, ne se détourne plus à partir de Tandon. Mais les voitures, à défaut de pont plus voisin, doivent descendre la route de Villeneuve à Sarlat, longeant le cours du Drot et les peupliers de la rive. Au-dessus de la route, à dr., on dépasse successivement la tour octogone du château de Peschalvès, Tendon , plus loin Gaugeac et son campanile à trois baies et le château de Saint-Germain, flanquant de deux tours rondes à demi découronnées une façade en partie neuve, en partie couverte de lierre. Ce château appartient à M. Lombares. Tout près de là, un peu au-dessous de l'usine de La Rouquette, un pont de pierre traverse le Drot. Le chemin, se détournant bientôt à gauche, devient un sentier qui traverse le village du Cambout. Une montée d'un kilomètre aboutit à Biron. A droite, l'église; a gaucbe, les vastes écuries en pierre de taille et le parc entouré de murs. Sept riches métairies dépendent de la terre; mais, précisément la métairie, qui borde à dr. la route, jusque sous les fenêtres seigneuriales, en est indépendante et n'appartient pas au maître du château.

Biron présente dans son ensemble un des manoirs les mieux

conservés de la Guyenne. Placé sur les confins extrêmes du Périgord et de l'Agenais, du haut de son faite isolé il domine un horizon sans fin que l'imagination étend jusqu'aux Pyrénées. Fondé au xi e siècle, pris, repris, détruit par les Anglais, toujours rebâti, il réunit des constructions de toute date et couvre de ses courtines chargées de tourelles, avec cours, fossés, escarpe et contrescarpe, un rayon immense; mais l'aspect extérieur a perdu beaucoup des rudesses de la forteresse antique ; on dirait plutôt une vaste gentilhommière du xvir 3 siècle.

Un large escalier en zigzags, attaqué de droite et de gauche, au débouché supérieur, par des fortifications, mène à la première cour, où se trouvent, à dr. la chapelle, merveille du xvi e siècle, à g. le château. Entre deux, un charmant pavillon carré à créneaux, avec croisée et mansarde ornementées par l'art le plus gracieux, se montre accosté d'une tourelle ronde, servant de cage d'escalier à double fenêti e d'une admirable élégance, avec porte rectangulaire doublement accoladée de fleurons entre-croisés. Deux promenoirs, dont un récemment reconstruit en forme de galerie crénelée, relient à ce bâtiment l'église et le château. A gauche s'ouvre une citerne récemment comblée — pour protéger les bâtiments voisins de l'humidité envahissante. On y descend encore par un long et profond escalier.

Un second escalier, à quatre retours droits, conduit sur une esplanade , disposée seulement au xvi e ou xvn* siècle, d'où un escalier ogival débouche dans la cour intérieure. Sur la droite les portes ogivales — dont une avec accolade à pinacle orné de feuillage et cantonnée de deux clochetons gothiques, avec baies à nervures, divisées en compartiments multiples — indiquent la partie ancienne (xiv e siècle) des bâtiments, occupés par les cuisines ou par les appartements du régisseur. A gauche est l'habitation moderne, des maîtres avec laquelle communique une chapelle moderne mais nue et abandonnée. Au fond, recouvrant une élégante galerie, ouverte en plein ciel, une arcade surbaissée dessine sa courbe gracieuse et forme comme une véranda au-dessus de terrasses et de jardins d'où la vue plonge à l'aise sur la garenne et sur le libre horizon. A l'angle de gauche sur la terrasse, une large tour carrée se relie au corps du logis par une petite

tourelle engagée qui contient l'escalier. Les mâchicoulis qui le couronnent ont été surchargés postérieurement d'un rang de créneaux, sur lesquels reposent les toits. C'est la partie la plus ancienne sans doute du château. A l'angle opposé de la terrasse l'édifice est tout entier moderne. La partie sud, occupée par un potager, est bordée d'un corps de logis percé de quatre fenêtres surmontées d'un cordon de mâchicoulis et d'un double rang* de greniers ou de mansardes. Dans un coin d'angle, une tour à pans coupés, dans l'autre une four ronde s'élèvent engagées dans une courtine plus ancienne ou plutôt moins profondément restaurée, portant au-dessus de mâchicoulis mutilés un groupe de lucarnes à triples feuilles de chou épanouies et de longues figures accroupies aux angles, en forme de gargouilles. Au rez-de-chaussée, près de la tour carrée et au-dessus d'une cuisine, se trouve la salle des gardes, dont les murs ont 1 mètre 42 d'épaisseur entre les fenêtres. Cette salle, qui a conservé son plafond en magnifiques solives, mesure 13 mètres 50 de large sur 21 mètres 30 de long. Jasmin, le poète agenais, y a donné une de ses poétiques séances les plus applaudies. Plusieurs autres salles montrent encore de belles cheminées de style Renaissance, à fleurons la plupart brisés. A côté d'une seconde et très-ancienne cuisine voûtée en ogive, un escalier à vis mène à la salle dite de la Justice. Les solives du plafond, la cheminée, le mur de gauche portent des traces de peintures et les restes d ! une inscription où l'on croit lire : Requiescat in eternum. Sur la cheminée même, on entrevoit très-bien la Vierge, et près d'elle, une vache, un mulet, indices suffisants de la scène représentant la Naissance du Christ. — Au-dessus les armes de Biron. Un arceau hardi, jeté sur la cour, rattachait la salle de la Justice à la prison.

Mais la merveille et Fhonneur du château seigneurial , groupe trop confus de manoirs dépareillés, c'est son admirable chapelle formant un double édifice de deux églises complètes, de destination distincte, superposées dans l'étagement naturel de la colline.

La chapelle basse, qui a son entrée hors de Penceinte, sert de paroisse au village (26 mèt. 60 de longueur sur 6 mèt. 60 de largeur). C'est comme une crypte sans communication avec l'édifice

supérieur dont elle utilise seulement le soubassement. Quatre travées — dont une à chevet triangulaire replâtré forme l'abside — voûtées en berceau sans corniche, divisent la nef doublée d'arcs pleins en ogive surbaissée, que pénètrent par leurs attaches les colonnes latérales dénuées de chapiteaux (xvi e siècle). Au-dessus de la porte ogivale est percée une double baie cintrée avec accolade que surmonte la façade de la chapelle supérieure, décorée d'une belle rose à dessins ogivaux. Tout le côté droit, qui n'altientpas au château, porte au flanc quatre contre-forts épais, hauts, larges, énormes, divisés par de simples moulures en quatre étages. Le dernier, vers le sud, forme comme une vraie tour carrée, dont la base évidée sert de sacristie. D'autres piliers semblables soutiennent le chevet à la jonction de chacun des trois pans. En haut, des gargouilles s'allongent en forme de chiens, de goules, de moines, et, par-dessus le tout, donnant à l'œuvre extérieure son véritable cachet d ? art et d'élégance, une claire-voie ogivale, restaurée il y a quelque vingt ans, court le long de la toiture, circulant tout autour du faite des contre-forts qu'elle couronne d'enroulements harmonieux.

La chapelle supérieure, réservée à la famille seigneuriale, s'ouvre de plain-pied dans la première cour intérieure du château. Deux pinacles décorés de feuillages encadrent une riche porte d'entrée, à demi cintrée en anse de panier, dont une guirlande de feuilles de chêne orne le dessus du linteau. Dans le tympan , autour des volutes ogivales d'une gracieuse claire-voie, s'enlace une vigne, ceps, feuilles, grappes pendantes avec d'élégantes moulures et les traces d'un écusson effacé, sommé autrefois d'une crosse. L'intérieur de la chapelle présente, outre l'abside, une nef de trois travées, voûtées chacune à quatre pendentifs , dont les arêtes prismatiques à tranche fine s'engagent sans chapiteaux dans un pilier entaillé comme un groupe de trois colonnettes. Le temple d'ailleurs est vide et nu. Au milieu seulement, un tombeau de pierre porte, couché sur le couvercle, un chevalier, vêtu du surcot et de la cotte de mailles. La tête et les pieds ontété brisés; le buste seul est complet (2 mèt. 22 de long sur 1 mèt. 15 de haut). Deux bas-reliefs à peu près intacts représentent à droite la Résurrection de Lazare, à gauche le Christ au jardin des Oliviers (?). Un

chapitre de chanoines, institué pour desservir l'église, veillait nuit et jour en prières devant cette tombe où gisait le fondateur du chapitre et de la chapelle, comme l'indique l'inscription de la face tournée vers l'autel : « Ci gist messire Pons de Gontault, chevalier, baron de Biron, édificateur de la présent chapelle et fondateur du collieige dHcelle , qui trespassa le premier jour de octobre m.v.xxiiii. (152<i), Prions Dieu pour son âme. » Il n'est pourtant pas un livre ni un habitant du pays qui ne l'indique au visiteur comme le tombeau du maréchal décapité.

Vis-à-vis, à droite, dans l'épaisseur du dernier contre-fort, s'ouvre une chapelle décorée d'un chef-d'œuvre, qui à lui seul, pour tout ami des belles choses, justifierait ce pèlerinage. C'est une Pietà dont le style et l'exécution dénotent la pensée et la main d'un maître consommé. La Vierge (à mi -corps, 85 cent ), le front couvert d'un voile, est assise entre Marthe et Marie. Son visage et toute son attitude témoignent de l'anéantissement d'une douleur inexpiable. On sent combien elle a souffert et pleuré pendant les heures de la divine agonie. Les deux mains croisées retombent comme dans la stupeur d'une âme et d'un corps brisés! La sainte femme de droite resplendit de même d'une beauté d'art accomplie. Sa charmante main droite soutient la Vierge. La tôte est d'une désolation inexprimable! Les yeux se plissent et s'ouvrent à peine, tant il en a coulé de larmes! Mais, dans ces déchirements sublimes, aucune difformité n'altère la transparence d'une âme pure sur ce visage transfiguré. Le personnage de gauche parait commun 'et mesquin auprès de ce groupe incomparable. Le goût d'afféterie de la Renaissance se reconnaît dans la pose de la Madeleine, qui se tient à l'écart, apportant la myrrhe. C'est de l'affliction encore, mais surtout de la coquetterie que laissent comprendre ces beaux grands yeux ouverts et cette chevelure blonde qui retombe sans désordre sur des épaules charmantes. Le corps de Jésus (l mèt. 65 de long) repose étendu et déjà roidi sur les genoux de sa mère, dans un linceul que tiennent aux deux bouts Nicodème et Joseph d'Arimathie (1 mèt. 35 de hauteur). Derrière Nicodème se reconnaît saint Jean, beau et robuste jeune homme, mais d'élégance assez vulgaire. Dans le fond supérieur, cinq anges qui planent, le collet blasonné de

l'écu des Birons, dépareraient l'œuvre, si l'on songeait à les regarder dans l'admiration de la scène entière. Suivant la pra'ique des artistes religieux, ordinaire encore au xvn e siècle, la Pietà était peinte, mais les traces de la peinture sont trop effacées pour qu'il soit facile d'apprécier ce qu'y pouvait perdre ou gagner l'effet de la conception première. La niche où s'abritent ces sculptures était fermée par une porte en bois dont l'encadrement seul existe, orné de remarquables moulures.

Bans la même chapelle à droite s'élève le tombeau d'un archevêque, avec la mitre et le pallium, et la statue couchée, presque intacte, sauf la tête plus qu'à demi brisée. Trois bas-reliefs représentent la Foi entre Y Espérance et la Charité.

Au chevet de la nef, sur l'autel, éclairé par des vitraux modernes (1848) de Nozan, de Toulouse, se trouve une seconde Pietà, en pierre calcaire, qui souffre surtout de la comparaison avec l'œuvre plus accomplie de la chapelle voisine. La tête de la Vierge offre le même type, le même caractère et comme le cachet commun du même maître; mais c'est la douleur vive et cuisante qu'elle exprime et non plus l'affaissement d'un cœur navré. Les bras sont croisés sur la poitrine dans la désespérance suprême. Le visage du Christ mort est calme et sans convulsion. A gauche, un abbé à genoux soutient la tête du crucifié. A droite prie un chevalier à genoux.

Tout à côté, dans un angle du mur, une niche carrée porte gravés dans la pierre ces mots : Ecce lignum crucis, rappelant les reliques disparues de la vraie croix quelle renfermait.

Un escalier de quarante-trois marches conduit au faite de l'édifice couronné d'une balustrade de pierre blanche , qui permet d'en faire le tour et d'explorer à l'aise la plaine nue jusqu'au plus extrême horizon, où apparaissent clochers et villages, la Sauvetat de Blanquefort à gauche, au plus loin la Roque-Timbaut, Montflanquin sur un pic escarpé, Pauliac, Gastillonnet, la butte et les moulins^de Montbahus (Lot-et-Garonne).

Tout au bas du village et un peu au dehors de l'ancienne enceinte, dont il reste vers l'est quelques pans de murs et une porte ogivale, se cache Y église, autrefois paroissiale et où la messe ne se célèbre guère plus qu'une fois l'an, le 15 août. Ce

n'est d'ailleurs qu'une simple nef d'une seule travée, avec une abside ronde et un portail plaqué du xvi e siècle, que surcharge un campanile évidé de trois baies.

Les fêtes sont passées pour Biron; mais, si le temps n'est plus de ces magnificences qui remplissaient d'éclat et de foule la demeure princière, la mémoire vit encore populaire dans tout le Périgord, le Querci, le Limousin, l'Auvergne, de cette antique et glorieuse famille des Gontaut, dont le nom, depuis trois siècles, est associé aux diverses fortunes de la France. Armand de Gontaut, baron, puis duc de Biron (1524-1592), figurait aux journées de Dreux, de Saint-Denis, de Monconlour, et, dans la nuit de la Saint-Barthélemy , commandait l'arsenal, d'où il repoussait les assassins. Maréchal de France depuis 1577, il décida peut-être des destinées incertaines d'Henri IV en retenant dès les premiers jours les régiments suisses à son service. Après Arques et Ivry, un coup . de canon lui emporta la tête au siège d'Épernay. Deux maréchaux de France, un lieutenant général, sans compter le brave duc de Lauzun-Biron,mort sur l'échafaud révolutionnaire au sortir de ses victoires républicaines, continuent et répandent l'illustration de sa race, popularisée surtout par le courage, les prodigalités et la fin tragique de Charles de Gontaut, maréchal de Biron. Ami intime et chéri du roi Henri, comblé par lui d'honneurs et de bienfaits, prodigue magnifique, d'une activité infatigable, mais d'un esprit sans cesse inquiet, désordonné, en quête d'argent et d'intrigues, par deux fois il s'engage, à bout d'ambition, dans de folles menées contre la France, que le roi découvre et pardonne, mais qu'une troisième fois il punit en donnant l'ordre d'arrêter le traître. Biron, saisi au milieu de la nuit, est enfermé à la Bastille, jugé, condamné et décapité sans rémission. Cette mort terrible et inouïe avant les sanglantes exécutions de Richelieu répandit dans toute la France une émotion indicible, qu'attestent encore aujourd'hui les chants répétés à la veillée de chaumière en chaumière. Il est temps au moins de les recueillir, si Ton ne veut les laisser se perdre lentement dans l'éclat des traditions de la France nouvelle. Voici une de ces chansons, inconnue des savants, que nous avions déjà entendu chanter dans les montagnes de la Corrèze, et qui nous a été redite, à' notre

grande joie, dans une chambre de Yhôtel des Visiteurs, à Biron môme. Nous traduisons le patois.

Qui veut ouïr une chanson, — Chansonnette jolie, — Du duc de Biron,

— Qui veut tuer le roi, la reine, — Le prince et le Dauphin.

Le roi fut averti, — Par un de ses gendarmes : — « Sire, prenez donc garde, — De vos gens de la cour, — Qui ont fait l'entreprise, — De vous mettre à la mort.

Dites-moi donc l'enfant — Quia fait l'entreprise? —C'est un prince d'Auvergne, — Le duc de Bouillon, — Qui a fait l'entreprise — De vous mettre à la mort !

Tout disant ces propos, — Voilà Biron qui entre ; — Son chapeau à la main, — Faisant grand révérence, — Et disant : bonjour sire ! — Bonjour vous soit donné! —'Cinq cents doubles d'Espagne, — Voulez-vous me jouer.

Biron, si tu les as, — Va- t'en trouver la reine ! — Va-t'en trouver la reine, — Et tu les lui joueras; — Mais la vie de ce monde, — Ne te durera pas....

N'a pas joué trois coups, — Biron se trouble en carte. — La reine lui demande. — Dis-moi, Biron, qu'as-tu? — Me semble que tu trembles,

— Avant d'avoir perdu.

N'a pas joué trois coups, — Quand le grand Prévôt entre, — En disant bonjour, prince, — - Ne soyez point surpris! — Mais dedans la Bastille,

— Vous faut aller dormir.

Biron a répondu , — D'une voix effrayante : — Dans la Bastille — Pour moi n'y a pas de lit. — Pour coucher sur la paille, — Le roi ne l'a pas dit 1

Si j'avais mon poignard, — Et mon épée dorée, — Mon épée dorée — Et mon cheval grison, — Tous les prévost de France — Ne prendraient pas Biron !

— Adieu donc , mon cheval ! — Tu vas à l'aventure, — A quelque lourd meunier — Pour servir de monture I — Et adieu mon épée, — Qui étais la plus brave — De tout le ras pays.

La reine a répondu : — Si Biron ne meurt pas, — Je ne reste plus en France ; — Je retourne en Provence , — Dans mon joli pays l

Ten souviens pas, 6 Roi , — De ces escarmouchades, — Lors qu'étant en Piémont, — Te servais de parade — De ces escarmouchades, — Qu'ai reçues sur mon corps, — Ores pour récompense, — Faut-il souffrir la mort!

Le Roi : Pardonne-moi, Biron! — Car moi je te pardonne. — Biron : Où n'y a pas d'offense, — N'y a pas de pardon!...

Dans ce même hôtel des Visiteurs, où cette cantilène nous était

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récitée par une brave femme, la seule du village qui, nous assure- t-on, s'en souvienne encore, l'hôtesse montre sur une muraille de singuliers croquis qu'on ne viendrait pas chercher à Biron — trois têtes grotesques : un paysan muni d'un nez en forme de trompe, une vieille femme, un vautour décoré de la croix de la Légion d'honneur et d'un énorme faux col. La tradition de la maison qui s'en pare depuis une quinzaine d'années les attribue, sans vergogne, à Cham, le caricaturiste populaire et qui est presque du pays.

Au delà de Got, la voie ferrée descend avec une pente presque continue de 10 millimètres par mètre. Elle court le long de la route de Cahors à droite et de coteaux chargés de cultures ou de bois, rase le village de Lafage, traverse le ravin de la fontaine du But, puis le chemin du château de Sineuil. A droite Mazeyrolles (591 hab.) montre son église à campanile pointu. On ne voit que de vastes fermes isolées et d'étroits vallons arrosés de maigres rigoles, tfntre le pied de la côte et la voie, s'engage la route de Bergerac à Villefranche par Montpazier. On franchit quatre fois le fort et sinueux ruisseau de Ménaurie, la dernière fois près de Saint- Cernin-en-lHerm, gros village noir et boueux, de 717 habitants, dont on aperçoit sur la dr. l'église insignifiante ; à g., vis-à-vis, la vieille ferme des Mathieux. A ce point, les côtes s'élargissent et s'eihaussent. Le sillon de la voie s'enfonce dans des terres chargées de fer et rouges comme de l'ocre. A l'approche de la station, l'escarpement de gauche s'arrête brusquement et se détourne vers l'est, laissant passage à la route départementale de Brives à Agen , qui , croisant la voie , remonte lâ vallée creusée par la Lemance. Cette jolie et pittoresque rivière, née à 10 kilomètres à peine de là, au village de Lagaillou, dans les hauts plateaux, passe un peu au-dessous de Villefranche et pénètre dans le Lot-et-Garonne, près deLavaur. Elle arrose le long d'une vallée charmante Sauveterre, Saint-Frent, Cuzorn,Monsempron et tombe dans le Lot, au-dessous de Fumel, tout auprès du village de Libos. On la traverse un peu au-dessus du confluent du ruisseau de Ménaurie, sur une arche de 5 mètres, en abordant à la

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