SAINT-MICHEL. — TOUR DE MONTLHÉRY
on peut aller visiter la tour de Montlhéry, dont les murs, qui ne se dérobent pas à la vue, quoi qu'en ait dit Boileau :
Sur la cime d'un mont s'allongent dans la nue,
Et, présentant de loin leur objet ennuyeux,
Du passant qui les fuit semblent suivre les yeux.
Après avoir franchi l'Orge au moulin de Groteau, on monte en 30 minutes environ à Montlhéry, en laissant à droite le beau
Tour de Montlhéry.
château de Lorrhoy, dont les grands arbres excitent l'admiration des promeneurs.
Montlhéry est une petite ville de 1902 habitants environ avec Linas, située sur la route de terre de Paris à Orléans, entre Longjumeau et Arpajon, et sur les pentes de la colline que couronne le vieux château auquel elle doit sa célébrité. « Est-ce Montlhéry qu'il faut dire ou Mont-le-Héry? se demandait la Fontaine en 1663. C'est Montlhéry quand le vers est trop long, et Mont-le-Héry quand il est trop court. » Quelle qu'ait été son origine, la seigneurie de Montlhéry fut donnée, en 991, par Hugues Capet, à Théobald ou Thibaud, surnommé File-Étoupe, qui bâtit
sur cette colline une forteresse redoutable. Cette forteresse n'avait pas moins de cinq enceintes et de trois terrasses élevées l'une au-dessus de Vautre. On n'y arrivait qu'après avoir ouvert cinq portes. Aussi, sous un successeur de File-Étoupe, devint-elle un vrai repaire de brigands. Le plus fameux de ces bandits, Guy de Trousselle, s'était même rendu si redoutable que, pour tirer Montlhéry de ses mains et en faire une propriété royale, le roi de France, Philippe I er , n'hésita point à contracter une alliance avec lui, en lui donnant pour gendre son fils naturel Philippe. Ce fut alors que, confiant à Louis, son fils légitime, la garde d'un château si chèrement payé, Philippe I er prononça ces paroles rapportées par Suger :
« Mon fils, garde bien cette tour qui m'a causé tant de peines et de tourments ; car, par la perfidie et la méchanceté de son seigneur, j'ai passé ma vie entière à me défendre contre lui, et je suis arrivé à un état de vieillesse sans avoir pu obtenir de lui ni paix ni repos. »
Ce sacrifice devait être inutile : Philippe de Mantes, le bâtard de Philippe I« r , disputa la possession de Montlhéry à son frère légitime Louis le Gros. Une guerre éclata, et le roi finit par se dessaisir de Montlhéry en faveur de Milon de Braie, vicomte de Troyes. Celui-ci avait pour cousin Hugues de Crécy, qui affichait aussi des prétentions sur cette seigneurie et les soutenait les armes à la main. Hugues surprend Milon dans une embuscade, le saisit, le fait garrotter, le conduit prisonnier de château en château jusqu'à Montlhéry, dont il s'empare ; et là, pendant une. nuit, il le précipite par une fenêtre, après l'avoir étranglé de ses propres mains.
Le bruit de ce forfait se répand et soulève partout la plus vive indignation. Hugues est cité devant la cour de son suzerain, Amaury de Montfort, pour répondre de sa conduite et se purger par le combat de Dieu de l'accusation portée contre lui. Il se présente au jour dit : le roi de France, le roi d'Angleterre, une foule de barons et de chevaliers siègent autour du champ clos. Hugues s'est avancé d'abord avec assurance ; mais tout à coup il se trouble, pâlit, déclare qu'il ne peut accepter le combat ; puis il fait l'aveu de son crime, abandonne au roi de France la