LE CHÂTEAU DE MONTLHÉRY
forteresse de Montlhéry, et va dans un monastère cacher sous une robe de moine sa honte et ses remords.
Devenus définitivement maîtres de cette importante seigneurie, les rois de France s'occupèrent d'ajouter de nouvelles fortifica-
L'ancien château de Montlhéry.
tions au château et de fonder dans la ville des établissements utiles ou religieux. Saint Louis et sa mère, fuyant devant une insurrection des principaux seigneurs du royaume, se réfugièrent dans le château et s'y tinrent renfermés jusqu'à leur délivrance par le comte Thibaut de Champagne, qui avait été d'abord au
nombre des révoltés. En 1360, le roi d'Angleterre s'y établit pendant que ses troupes tenaient la campagne presque jusqu'aux portes de Paris. Sous Charles VI, il fut occupé tantôt par les Armagnacs, tantôt par les troupes du Dauphin, qui pillèrent ou rançonnèrent également les malheureux habitants du bourg. Enfin, dans les premières années du règne de Louis XI, il donna son nom à l'une des plus étranges batailles dont Phistoire ait gardé le souvenir.
La noblesse féodale venait de s'insurger contre la royauté qui s'apprêtait à la détruire ou du moins à diminuer son pouvoir. Les principaux seigneurs du royaume, ayant formé la ligue du bien public, marchaient sur Paris. Louis XI dévoila publiquement leurs véritables projets. « Si j'avais voulu, dit-il, augmenter leurs pensions et leur permettre de fouler leurs vassaux comme par le passé, ils n'auraient jamais pensé au bien public ; • puis il prit avec autant d'activité que de sagesse toutes les mesures nécessaires pour les empêcher de réussir. Heureusement pour lui il y eut peu d'ensemble dans l'attaque des confédérés. Les princes de Bourbon et d'Armagnac furent forcés de conclure une trêve ; le comte de Charolais, — ce fils du duc de Bourgogne qui devint plus tard si célèbre sous le nom de Charles le Téméraire, — ne put s'emparer de Paris ni par ruse, ni par trahison, ni par force. Le roi s'était d'abord avancé dans le Berry contre le duc de Bourbon ; il revint à marches forcées au secours de sa bonne ville qui se trouvait menacée. Le comte de Charolais marcha de son côté à sa rencontre, espérant d'ailleurs se joindre au duc de Bretagne qui se faisait attendre. Les deux armées se rencontrèrent près de Montlhéry. Ni le roi ni le comte ne voulaient risquer une bataille ; mais le sénéchal de Brézé, qui commandait l'avant-garde de l'armée royale, et qui se vantait d'avoir donné sa parole aux seigneurs et son corps au roi, dit : « Je les mettrai aujourd'hui si près l'un de l'autre, qu'il sera bien habile qui pourra les démêler. » En efFet, il engagea le combat malgré l'ordre formel du roi, et il fut tué un des premiers sans qu'on sût pour qui il se battait. Le mouvement donné, il fallut suivre; le roi et le comte de Charolais chargèrent ; mais ils restèrent bientôt presque seuls sur le champ de bataille. Les deux armées s'en-