‹ De Paris a AgenChapitre 142 sur 154 · FUMEL. — BONAGUIL · texte numérisé non relu

FUMEL. — BONAGUIL

Monluc, chargé de tirer réparation du crime , après force pendaisons, fit démanteler la ville, abattre le clocher, décapiter toutes les maisons, raser de fond en comble toutes celles à portée d'arquebuse du château. Un mausolée fut érigé dans l'église et on y célébrait annuellement, le 2k novembre, un service, où devait assister, torche en main, tout habitant âgé d'au moins quatorze ans. Fumel ne s'en est pas relevé ; mais le développement de l'agriculture et du commerce, que doit favoriser encore la voie ferrée en construction de Libos à Gahors, ont maintenu l'importance de ses marchés, renommés surtout pour la vente des châtaignes, des truffes et du gibier. Toutes les collines voisines abondent en minerai de fer, qu'exploitent de nombreuses forges; mais le bois manque et la houille est trop loin.

La principale rue, qui gravit la côte et coupe en deux la petite ville, est toute moderne ainsi que les rues latérales qui s'y relient sur la gauche. Celles de droite, au contraire, descendant jusqu'au Lot, étroites et sombres, s'alignent péniblement entre d'antiques logis où il n'est porte ou fenêtre qui ne garde quelque trace du temps passé. Dans une de ces ruelles, à droite, vers l'entrée de la ville, et au-dessus de quelques restes des anciens remparts, se cache l'Oise, pauvre et basse nef, voûtée en berceau replâtré, sans trace aucune d'ornementation. Le mur s'ouvre au transsept, de chaque côté, par un arc surbaissé qui donne accès à deux' chapelles ; celle de droite seule a un autel, que surmonte un tableau provenant de l'église voisine de Mon tbault. C'est une toile remarquable, représentant la Vierge donnant le scapulaire à Simon Stock, tandis que l'enfant Jésus tend un chapelet «H un autre moine agenouillé. La Vierge a une expression mignarde, et l'enfant Jésus plus encore; mais la délicatesse delà touche et le charme du coloris attestent un talent supérieur. Le maltre-autel, qui provient aussi de Montbault, porte un Christ en croix, daté de 1818, entre deux belles toiles ovales qui passent pour les portraits à'Ève et d'Adam, au dire du sacristain. L'un est Dieu le père, l'autre un buste de femme du xvn e siècle, une sainte peutêtre, plus probablement quelque portrait de grande dame, égaré là et utilisé en toute conscience. Au mur de gauche, est appendue une tête de Vierge en extase , d'une expression peu comranue.

DE PÉRTGUEUX A AGEN

Aucun de ces tableaux ne risque de déparer la nouvelle église, que construit, à quelques pas de l'ancienne, M. Verdier, architecte d'Agen. Au faite de la côte, et au point où la route s'abaisse sur l'autre pente , une esplanade à droite, bordée de bornes à facettes, conduit au château qui couvre tout le flanc opposé. C'est un immense édifice semblable à un couvent ou à une caserne, n'offrant d'ailleurs de remarquable que sa situation et d'anciens souterrains dépendant du château détruit. Il appartient aujourd'hui à M. de Langsdorff. Une vaste terrasse, plantée d'arbres et couronnée d'une balustrade en pierre , découvre un horizon étendu. En contre-bas, une sorte de boulevard public plonge à pic sur le Lot qui rase le pied de la colline et sur la vallée encadrée au nord et à l'orient, entre des montagnes. Tout près, sur la route de Cahors, à gauche, se dessine la ligne des petites maisons rouges de CondaU qui s'enfonce et se perd dans un pli des deux collines. C'est comme le faubourg de Fumel, assis à l'embouchure de la Thèse, qui, issue à 3000 mètres de là des montagnes de Bonaguil, court en alimentant des papeteries, parallèlement à la Lemance, dans une étroite vallée, bordée de tertres escarpés, sur un lit de terre rouge et grise mélangée de minerai de fer. Au flanc d'un petit vallon voisin, se dressent les curieuses ruines du château de Bonaguil, antique demeure des seigneurs du pays, forte encore de son donjon carré assis entre deux tours rondes, et que vient d'acquérir le département de Lot-et-Garonne pour en assurer la conservation. M. Viollet-le-Duc signale ce monument comme un des plus anciens et des plus remarquables pour l'étude des modifications imposées aux constructions militaires par l'emploi nouveau de l'artillerie.

La voie ferrée suit, reprend, quitte les bords du Lot, comme précédemment ceux de la Lemance, entre d'innombrables villages, en vue d'une admirable vallée. La rivière coule à gauche, le long de rives basses, inégalement bordées de peupliers, dont les lignes coupent et varient la perspective mouvante. A 1 kilomètre de la station, un, pont de 9 mètres traverse le ruisseau du Rech; à 2 kilomètres, un second viaduc de

TRENTELS-LADIGNAC. — PORT-DE-PENNE. 373

4 arches franchit le ruisseau de Los Cabalès, qui, passant sous la route impériale de Milhau, va se jeter tout à côté dans le Lot , vis-à-vis d'une lie, un peu au-dessus du château de Lapojado, situé de l'autre bord, sur la rive gauche. La rivière, la route, la voie de fer marchent pendant 2 kilomètres parallèlement, et de si près, qu'elles paraissent se confondre. Le chemin que Ton croise à droite mène directement à (3 kil.) Monségur (460 hab.), dont le château, encore muni d'une haute tour carrée, couvrait toute une haute colline. Un escalier creusé dans l'épaisseur d'un mur menait à une salle secrète, où se rassemblaient, dit-on, les Albigeois. Boudon de Saint-Amans raconte, pour avoir assisté à ces scènes curieuses, que le dernier seigneur du pays se faisait un devoir, chaque dimanche, assisté d'un greffier, de réunir ses paysans au sortir de la messe et d'arranger leurs querelles, comme un sévère et paternel juge de paix. A 4 kilomètres de Monsempron, un viaduc de 5 arches, chacune de 10 mètres, franchit le ruisseau de Fontgondal , à quelques mètres de son confluent dans le Lot, au-dessous du château des Ondes. Un barrage écumeux anime plusieurs usines au point môme où une petite tranchée intercepte la vue de la rivière. Puis la voie traverse le petit ruisseau du Touron, et presque en môme temps la route impériale, qu'elle longeait depuis 4 kil. et qui la séparait seulement du Lot, passe devant Ladignac (137 hab.) et sa petite église, et à quelques mètres de là, atteint la station. On n'a pas perdu de vue depuis Monsempron, au faite de la vallée, le haut château de Péricard, ni le Pé de Lestelle, dont les sommets s'infléchissent à chaque détour du chemin.

77* STATION* — TRENTELS-LADIGNAC.

6 kil. de Monsempron. — U5 kil. de Périgueux. — 37 kil. d'Agen.

C'est au-dessous de Ladignac (137 hab.) que la station a été établie, dans l'angle formé par Pécartement du Lot et de la route impériale. Trentels, qui donne son nom à la commune (1234 hab.), est situé à 2 kil. plus loin à droite, sur les deux bords de la route qui se rapproche du ^ot. Véglise de Trentels, modeste chapelle du xiii 6 siècle, s'élève à l'écart sur un petit chemin.

Au départ de Ladignac, la voie traverse le ruisseau de la

DE PÊRIGUEUX A AGEN

Tourte sur uu pont de 8 mètres, un peu au-dessus du château de Guillem. On rencontre de nouveau la route impériale; puis une forte rampe, longue d'un kil., aboutit au Lot, que Ton franchit visà-vis de Trentels, sur un pont de 4 arches. On va suivre le Lot pendant 7 kil., mais cette fois sur la rive gauche. A quelques

..mètres après le passage, sur une éminence, apparaît l'église de Mondoulens, bam. de 22 hab., à fronton aigu briqueté de lignes rouges. La voie franchit successivement le ruisseau de Mondoulens, celui du Roc-de-Vigué (pont de 10 mètres), enfin, celui de

' Caillau qui sépare les communes de Penne et de Trémons. La vue, souvent interrompue, embrasse à droite, sur l'autre bord du Lot, la plaine étroite et le coteau parsemé de maisons blanches et de petits villages; à g., domine à quelque distance un haut plateau à demi boisé, droit et conique comme un tumulus taillé de main d'homme. Si haut et si près de la voie, qu'on ne l'entrevoit qu'un instant, se dresse le château de Penne, juste au point où l'on s'engage dans un petit souterrain (40 mètres), suivi d'un tunnel de 255 mètres. On en sort presque au ras des maisons de Port-de-Penne, sur un pont de 8 mètres qui traverse la route départementale de Tournon à Villeneuve et précède de quelques mètres un second pont d'égale dimension sur le Boudouissou. Ce dernier cours d'eau est une petite rivière qui prend sa source à Sept-Fons dans le Tarn-et-Garonne, arrose Tournon (4569 hab.), et, grossie de nombreuses sources recueillies le long des coteaux d'Hautefage, de Monbalen et de Laroque, réunit sa belle et riche vallée à la vallée du Lot, au pied de la montagne qui porte Penne.

Page 1