PORT-DE-PENNE. — PENNE. — S.-SILVESTRE
abside circulaire voûtée en cul de four et une porte cintrée à double voussure , contre laquelle a été appliquée une odieuse cage carrée en manière de clocher. La voûte de la nef, divisée en cinq petites travées, est moderne et insignifiante. Bâtie dans une situation charmante, elle domine le Lot presque aussi large sur ce point que la Garonne, et qui s'y précipite en tourbillons d'écume, le long d'une chaussée bordée d'importantes minoteries. Çà et là, des rochers d'un seul bloc émergent au-dessus de l'eau bouillonnante, à peine égayés par quelque maigre arbuste. Une vieille maison en briques, peut-être du xiv° siècle, termine le village du côté du pont suspendu qui s'élance d'un seul jet jusqu'à l'autre rive.
Tout vis-à-vis, Y église de Saint-Silvestre, construite en ces dernières années par M. Vigier, architecte de Villeneuve, élève son élégant clocher à trois étages, percés de baies cintrées. La base forme le porche de l'église, dont le plan affecte le dessin d'une croix latine à croisillons peu saillants. La nef est divisée en cinq travées, et voûtée eu berceau de briques, l'abside en cul de four. L'œuvre entière est un joli pastiche roman conçu dans les règles de l'archéologie la plus scrupuleuse. Des fresques sans personnages et d'une ornementation très-simple, comme il convient à une église de village, décorent les chapelles des croisillons. Le chapiteaux sont ornés de sculptures dont l'importance s'accroît, comme le veut le style roman, aux approches du sanctuaire. Aux supports de l'arc doubleau, qui précède l'abside, l'artiste a représenté le massacre des Innocents et la fuite en Égypte, mais un parti pris d'imitation l'a trop fait tomber dans le grotesque, qui n'est pas la naïveté du moyen âge. L'œuvre entière, de loin, a un air trop apparent de coquetterie, qu'exagère encore la blancheur éclatante des pierres de Gondat près de Fumel, dont est paré son revêtement.
Penne, ou Penne d'Agenais (Penna castrum) (3008 hab.), hôtel Rondalou), est un bourg célèbre au moyen âge par son château fort dit le château du Roi, boulevard de tout le pays qn'il couvrait du haut de sa triple enceinte. Un large fossé, formant brèche dans toute l'épaisseur de la montagne, défendait l'accès des cours dont l'entrée débouchait sur le plateau. Du côté de la
ville, on n'y pénétrait que par un escalier de pierre, coupé de murailles, de portes, de herses, et flanqué de trois fortes tours inabordables. On en attribue les premiers ouvrages à Richard Cœur de Lion. En 1212, à l'approche de Simon de Montfort, le gouverneur mit le feu au bourg du Port-de-Penne et se retira avec 400 routiers dans la forteresse réputée à l'abri de tout danger. La ville basse occupée ainsi sans difficulté, le 3 juin, Montfort somma la garnison du château de se rendre et donna l'assaut qui fut rudement repoussé. Au bout de cinq mois seulement, la brèche étant frayée et accessible, les assiégés acceptèrent une capitulation qui leur accordait libre sortie avec armes et bagages; mais le vainqueur trouva moyen de mettre la main sur 74 sectaires albigeois qui furent livrés au feu et à la bénédiction du vice-légat du pape. Montfort s'installa à Penne et en fit sa résidence. Le traité conclu entre Louis IX et le comte de Toulouse remit le château aux mains du roi pendant dix ans, comme place de sûreté (1228). Pendant les guerres du xiv e siècle, cette forteresse fut à trois ou quatre reprises occupée et perdue par les Anglais. Les protestants s'en emparèrent en 1561. Mais l'année suivante, Monluc reprit la ville, puis s'attaqua au château, refuge ordinaire des habitants. « Nous assiégeâmes, dit Monluc, le château par la tête, car par autre lieu, nous ne le pouvions battre; car c'est une place forte et d'assiette et de structure, et y tirâmes plus de 300 coups de canon. Il y avait un grand terre plain par derrière; ils avoient fait une tranchée dans le terre plain où leurs soldats se tenoyent pour deffendre la bresche qui estoit difficile, car il falloit monter par des eschelles sur le terre plain. » En perçant les murs des maisons, Monluc s'approcha de la brèche et parvint à installer un canon dans un relai de pierre, d où en quatre coups il perça le second mur et ouvrit la tranchée, qui fut franchie d'assaut. La garnison se retira dans une troisième enceinte, et s'y défendit • plus de trois grosses heures », se réfugiant enfin dans la grande tour et au dernier quartier, qu'en séparait une basse-cour, remplie de femmes, de filles et d'enfants, qu'on se prit à fusilier. Le quartier de gauche fut emporté d'assaut et tous ses défenseurs passés au fil de l'épée. Ceux de la grande tour, surpris sans vivres, se rendirent à la nuit contre vie sauve ; mais leur garde