‹ De Paris a AgenChapitre 149 sur 154 · STATION. — AGEN · texte numérisé non relu

STATION. — AGEN

9 kil. dePont-du-Casse. — 152kil.de Périgueux.— 651 kil. de Paris. — 136kil.de Bordeaux. —70 kil. d'Auch. — 121 kil. de Toulouse. — 341 kil. de Cette.

Renseignements généraux.

Buffet à la gare.

Omnibus : pour tous les trains, 25 centimes par personne, 25 centimes par colis, de la gare au bureau central, place de la Halle; 30 centimes par personne et par colis, de la gare à domicile.

Service de diligences pour Nérac, Cahors % Mont-de-Marsan, Casteljaloux, Praissas, Sainte-Livrade.

Bateaux a vapeur pour Bordeaux (4 fr. 50 et 3 fr.).

Hôtels : — du Petit-Saint- Jean; — de France, sur le Gravier.

Libraires : — Chairou, Bertrand, Allègre, Michel.

Situation — Aspect général.

Agen, chef-lieu du département de Lot-et-Garonne, est une ville de 17 263 habitants, agréablement située, sur la rive droite de la Garonne, dans une vaste plaine que borde au nord une colline couverte de vignes, d'arbres fruitiers et de villas, l'ancien Mont de Pompéjac, aujourd'hui le coteau de l'Ermitage. A gauche, en entrant dans la ville, la Masse forme une double cascade sous les Moulins de Saint-Caprais, un peu en amont d'un vieux pont à double arche gothique.

Bien qu'elle ait perdu à la Révolution le titre de capitale de PAgenais, Agen a conservé son évèché, fondé vers le milieu du iv« siècle, et elle est devenue le siège d'une cour d'appel, à laquelle rassortissent les départements du Lot-et-Garonne, du Lot et du Gers, de tribunaux de commerce et de première instance, d'une chambre consultative des arts et manufactures, le point d'intersection des lignes d'Orléans et du Midi.

Agen, cette ville fameuse, De tant de belles le séjour,

n'offre d'ailleurs par elle-même rien de remarquable. Les rues étroites, tortueuses, bordées de maisons mesquines, gardent à

peine quelques anciens hôtels du xvm e siècle, que ne recommandent ni leur architecture ni leur antiquité. La place centrale a conservé ses quatre côtés de cornières, larges galeries de pierre, voûtées autrefois en arcs d'ogive, la plupart refaites en plein cintre, sous lesquelles étalent les détaillants en demi-gros, dont la clientèle rayonne à 8 ou 10 lieues à la ronde. Le pavé de la ville est hérissé partout d'un cailloutis inégal et pénible à la marche, auquel s'habitue mal le pied de l'étranger, moins sans doute encore celui des gentilles Agenaises, chantées depuis si longtemps par Chapelle et Bachaumont, ces [deux gourmets de bonne chère et d'amour. « Il est impossible de les voir et de conserver sa liberté, et c'est la destinée de tous ceux qui passent en ce lieu là, s'ils ont la permission d'en sortir, d'y laisser au moins leur cœur pour otage d'un prompt retour. » Qui en veut admirer l'assemblée complète et charmante, grisettes, ouvrières et bourgeoises, dans leurs atours de coquetterie, doit s'arrêter à Agen le dimanche et passer une heure sur le Gravier, au printemps surtout, par une après-dinée rayonnante.

La promenade du Gravier a été conquise sur la Garonne, qui de temps à autre y reprend ses droits. On peut voir sur les maisons riveraines les limites atteintes par l'inondation du k juin 1855. C'est une longue et large avenue coupée en deux parties inégales par la route de Tarbes et plantée d'ormes fort âgés, qu'on laisse malheureusement dépérir et qu'il faut successivement arracher au grand détriment de traditions séculaires. De ses allées, qui contournent la ville au sud et à l'ouest et ou se tiennent les grandes foires, on aperçoit la Garonne et ses trois ponts : le pont de la route de terre (11 arches de 23 mètres chacune d'ouverture) — une élégante et gracieuse passerelle suspend ue de 170 mètres de portée — et le pont-aqueduc du Canal Latéral, le plus grand et le plus parfait ouvrage de ce genre qui existe en Europe. Il comprend, en effet, sur un développement total de 579 mètres 50 et une largeur de 13 mètres 88, mesurée entre la saillie des corniches, 23 arches à anse de panier (20 mètres d'où* verture), décorées de claveaux dont l'ensemble forme archivolte. Le plafond est à 13 mètres 25 au-dessus de l'étiage ; sept seulement des piles (3 mètres 60 d'épaisseur) plongent dans le fleuve;

les autres sontfondées sur la prairie, ouverte aux inondations. Le prix de revient de l'œuvre entière, poursuivie sous la direction de M. Job, ingénieur en chef, a atteint 5 millions. Le duc d'Orléans en avait posé la première pierre, le 25 août 1839.

Histoire.

Agen (Agedinum, Agennum, Aginnum), lors de la première apparition des Romains dans la Gaule, se trouvait le centre et la principale ville des Nitiobriges, membre de la confédération puissante commandée par les Arvernes et qui soutint une lutte meurtrière contre les consuls Fabrius et Domitius (120 ans avant J. G.). A l'époque où César obtint le proconsulat des deux provinces gauloises, les Nitiobriges étaient entrés déjà dans l'alliance de Rome, et leur chef Ollovicon avait reçu du Sénat le titre d'Ami. Son fils, Teutomarus, n'en prit pas moins les armes pour la défense de la patrie commune et amena au secours à'Alesia son contingent de 5000 hommes. Il n'est plus question de ce peuple ni de la ville, qui seule avait conservé son nom, jusqu'aux prédications chrétiennes. De vieux pans de murailles, des médailles, des tronçons de colonnes, des fragments d'autels, des inscriptions en attestent seuls la réelle importance. C'est saint Martial, diton, qui apporta à Agen, comme à Limoges, les premières lueurs de la foi longtemps bien incertaines et confondues jusqu'au vi e siècle, malgré les prédications de saint Firmin et l'héroïsme de nombreux martyrs, aux derniers rayonnements du culte des idoles.

En 417, les Wisigoths s'emparèrent d'Agen, d'où Clovis les vint chasser après la bataille de Voulon (507). Le midi, un instant indépendant, retombe sous la rude tutelle des rois franks, et à Agen môme le premier roi carolingien, Pépin, reçoit la soumission des grands de l'Aquitaine et de la Gascogne. En 848, les Normands détruisent de fond en comble la ville, qui reste près d'un siècle dans sa ruine. Vers cette époque, peu connue, l'Agenais parait avoir appartenu aux comtes de Périgord. Après le mariage d'Éléonore avec le fils de Louis le Gros, Agen se trouva placée un moment sous l'autorité du roi de France. Le second mariage d'Éléonore rapporta à Henri II, roi d'Angleterre,

dont la petite-fille, Jeanne, en épousant Raymond VI de Toulouse, reçut pour dot l'Agenais (1096). Raymond, comme don de bienvenue, confirma et étendit les privilèges de la commune d'Agen, que Ton voit dès lors constituée sous l'administration de deux consuls électifs et d'un conseil de prud'hommes. Dès le xm e siècle, elle devient un véritable pouvoir, qui adhère aux traités passés par le comte et tient tôte à l'évêque, au pape, saisissant au besoin les revenus du clergé et poussant l'audace jusqu'à faire brûler d'autorité en lkbk deux clercs dans leurs habits ecclésiastiques.

La croisade albigeoise valut deux fois à Agen la visite de l'odieux Simon de Montfort, qu'y fêtait l'évêque Arnaud de Rovignan. En 1249, une sentence de l'Inquisition y fit brûler quatre-vingts Albigeois.

Philippe le Hardi hérita l'Agenais du comte Alphonse de Poitiers, gendre de Raymond VII; mais les lois féodales ou les vicissitudes des guerres en laissèrent longtemps la possession incertaine contre les prétentions de l'Angleterre. Les traités de Londres et de Brétigny (1360) firent abandon des droits de la France; mais dans une reprise de guerre, en 1370, du Guesclin s'empara d'Agen et y mit garnison française. La victoire seule de Gastillon en 1453 en devait assurer la possession définitive à la couronne.

A l'heure des guerres religieuses du xvi e siècle, qui allaient une seconde fois saccager le Midi, Agen devint comme un des premiers foyers de la libre pensée. A ses portes la cour de Nérac, où régnaient Marguerite d'Angoulôme et Jeanne d'Albret, ouvrait ses franchises éclatantes à Calvin, à Roussel, à Mélanchthon, à Théodore de Bèze. Avant même les prédications ardentes et publiques, Agen avait des maîtres de la nouvelle science, qui en devaient témoigner jusqu'au martyre, Charles Sarrasin, Belleforest, le dominicain Vindocin et Jules Scaliger, lui-même, l'ami, le commensal de l'évêque de la Rovère. Une sentence de l'Officialité condamna au feu Jérôme Vindocin, qui fut brûlé vif sur le Gravier (1539). Un pauvre serrurier et bientôt trois cents Agenais, au rapport de Joseph Scaliger, témoin oculaire, inaugurèrent par leur supplice l'ère des persécutions catholiques. Mais

ces atrocités n'arrêtèrent pas la propagande, bien qu'à Agen même les protestants dussent toujours demeurer en minorité. Le 13 avril 1562, un capitaine huguenot nommé Truelle s'empara pourtant de la ville à la faveur de la nuit. Le féroce Monluc, un des enfants du pays, essaya en vain d'y rentrer. Il y revint en force un peu plus tard, pendant et massacrant tout sur son passage. La garnison huguenote renonça à défendre la ville, et le terrible chef catholique, entrant sans résistance, n'y trouva aucun ennemi à égorger. Il s'y établit dès lors (1569) comme à demeure, et sa présence au moins préserva la ville du fléau des massacres civils. En 1572, l'Agenais avec le Quercy fut donné en apanage par Charles IX à sa sœur Marguerite de Valois, qui épousait Henri de Navarre. Mais celui-ci , retenu prisonnier à la suite de la Saint-Barthélemy, n'en put prendre possession que quatre ans plus tard et par la force. C'est à cette époque qu'on place son aventure scandaleuse avec Mlle de Cambefort. Rebuté dans sa passion , au milieu d'un bal à Pévêché, où il fêtait les dames, il fait éteindre, dit-on, toutes les lumières, et la jeune fille ne lui échappe qu'en sautant par la fenêtre. Elle tombe sur le pavé et se casse la jambe. La fille d'un médecin, Fleurette, moins heureuse, se laisse mourir de faim du désespoir d'avoir été trompée. Toutes ces traditions, plus amusantes que véridiques, indiquent au moins avec quel maître les Agenais durent compter, et ils en étaient assez las dès 1578 pour ouvrir à la première occasion leurs portes au maréchal de Biron, et prendre parti bientôt hautement pour la Ligue. En 1591, les royalistes (Henri de Navarre était devenu Henri IV), qui s'étaient introduits dans la ville par surprise , en furent expulsés après un combat furieux livré dans les rues. Agen ne se soumit à la couronne qu'en 1594, après l'entrée d'Henri IV à Paris. En 1635, une terrible émeute populaire éclata à l'occasion de la nouvelle gabelle. Le 17 juin, la ville entière se souleva aux cris de : Vive le Roi sans gabelous. Pendant deux jours, les barricades furent maitresses du pavé, dix maisons en feu, une vingtaine d'Agenais assassinés par la populace. La fureur des révoltés ne céda qu'aux supplications de Termite de Saint- Vincent et des Pères capucins, vénérés en ville depuis leur dévouement aux pauvres dans la

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