AGEN. — ÉDIFICES CIVILS
ration raisonnée, cette merveille de l'art agenais, fait remarquer, par exemple, la malencontreuse idée de* l'artiste qui sculpte en relief, sur le bord de la cuve, des dauphins nageant hors de l'eau. Un pareil luxe est déplacé dans l'asile des pauvres, car il fait un boudoir mondain du sanctuaire de la charité. Tout y reluit, du sol au faite, et c'est à la lettre, qu'il faut en entrant ôler sa chaussure ou accepter de petits tapis mobiles pour s'en aller glissant sur la glace. du parquet immaculé!
Les édifices civils d'Agen offrent peu d'intérêt, La préfecture, dont M. Paillard, un des derniers préfets du Lot-et-Garonne, a publié une monographie, est l'ancien palais épiscopal, construit en 1775, sur les plans de Leroy, un des meilleurs élèves de Soufflot, transformé depuis en école centrale, puis en palais de la xi e cohorte de la Légion d'honneur, enfin en préfecture par un décret du 30 juillet 1808, signé, dans le palais môme, par Napoléon, qui s'arrêta ce jour-là à Agen avec Joséphine. L'hôtel, situé presque en dehors de la ville, est entouré d'un parc, où ont été découverts de nombreux débris romains, et précédé d'une vaste cour, où donne entrée une porte en arc de triomphe. C'est du côté du jardin surtout que le palais se révèle, dans sa régularité harmonieuse, comme une des œuvres achevées de l'architecture noble et facile du règne de Louis XVI. Au centre, une demi-rotonde à pans coupés se détache vigoureusement sur la large terrasse à laquelle se relient un vaste perron, à droite et à gauche, un double corps décoré comme la principale façade du nord, enfin les deux ailes. On admire surtout à l'intérieur la salle des Aigles, ancienne salle à manger de la demeure épiscopale, consacrée aux séances du Conseil général et aux grandes fêtes (19 mèt. de longueur sur 10 mèt. de largeur). La glace sans tain qui décore la cheminée se dévoile sur le jeu d'un simple ressort et ouvre une large échappée sur la vallée à perte de vue. On y conserve les portraits des enfants du duc d'Aiguillon, par Nattier, d'Hortense de Mancini, de la marquise de Nesle, et de plusieurs grandes dames du xviii* siècle ; deux natures mortes d'Oudry et quelques charmants pastels de Voltaire, le tout provenant du château d'Aiguillon. — Sur la plate-forme voisine, belle allée bordée de constructions nouvelles et devenue le rendez-vous des élégances agenaises,
s'élève le palais de justice, construit sous la direction de M. Lisch, et derrière, à gauche, y attenant, une immense prison départementale, sur les plans de M. Bourrière; palais, prison et préfecture disposés malheureusement sur des alignements confus et sans symétrie. — Le beffroi et la maison de Monluc avaient été classés parmi les monuments historiques. Mais le beffroi, qui dépendait de l'ancien hôtel de ville, a été démoli il y a une vingtaine d'années. De la maison de Monluc , occupée en partie par la mairie actuelle, en partie par la prison provisoire, c'est à peine s'il reste un pignon voisin de la porte principale, un angle de la façade intérieure de la prison et l'escalier. Dans la cour, au-dessus de la fontaine, figure une nymphe, entourée d'inscriptions grecques et d'hiéroglyphes, dont l'histoire est singulière et se rattache à celle de Nérac. En 1832, des fouilles poursuivies dans le parc de la Garenne, sous la direction d'un peintre décorateur nommé Ghrétin, y donnèrent lieu à des découvertes inouïes, acceptées, sans conteste, par des savants jusque-là autorisés, mais contre lesquelles l'Académie des inscriptions protesta. Des ventes multipliées d'objets antiques, entre autres d'un médaillon en marbre blanc, portant les têtes couronnées des deux Tétricus, d'un autre représentant l'entrée triomphale de l'Empereur à Bordeaux, objets uniques et d'un intérêt étrange, firent soupçonner des détournements frauduleux, dont le sieur Chrétin, mandataire de la ville de Nérac, fut mis en demeure de se défendre. Poursuivi devant le tribunal correctionnel de Nérac comme voleur, il se proclama faussaire et auteur des œuvres vendues par lui et, en présence de ses juges, ébaucha en quelques heures, sur le marbre, une téte antique, d'une beauté remarquable. Acquitté et traduit à Agen devant la Gour d'appel, il accepta la même épreuve et, au grand étonnement de la Gour et du public, modela, avec accompagnement d'hiéroglyphes déplacés, la nymphe qui protège aujourd'hui la fontaine municipale.
La bibliothèque, dont l'entrée est dans la cour, à gauche, comprend une salle longitudinale , divisée en deux travées par un double pilier, et se compose d'environ 18 000 volumes, provenant en partie du château d'Aiguillon et parmi lesquels on compte un