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LA BEAUCE

La Beauce pourrait produire des arbres, car, du temps des Druides, elle était couverte de forêts ; mais le paysan beauceron, qui, du. reste, trouve ses plaines magnifiques , n'en plante pas parce que le blé lui rapporte plus que le bois ne lui rapporterait, et parce que l'ombra des arbres pourrait diminuer le rendement de sa récolte. Le paysan beauceron, qui pourrait l'en blâmer? est plus calculateur qu'artiste.

Dans la relation d'un voyage de Paris en Limousin en 1663

Grande rampe d'Étampes.

(Lettres à Mme de La Fontaine), La Fontaine raconte ainsi, d'après une vieille tradition, l'origine de la Beauce :

La Beauce avait jadis des monts en abondance,

Comme le reste de la France :

De quoi la ville d'Orléans, Pleine de gens heureux, délicats, fainéants,

Qui voulaient marcher à leur aise,

Se plaignit et fit la mauvaise ;

Et messieurs les Orléanois

Dirent au Sort, tout d'une voix,

Une fois, deux fois et trois fois,

Qu'il eût à leur ôter la peine De monter, de descendre et rémonter encor.

« Quoi! toujours mont et jamais plaine 1

Faites-nous avoir triple haleine,

Jambes de fer, naturel fort,

Ou nous donnez une campagne

Qui n'ait plus ni mont ni montagne.

— Oh, oh ! leur répartit le Sort, , Vous faites les mutins, et dans toutes lés Gaules Je n9 vois que vous seuls qui des monts vous plaigniez!

Puisqu'ils vous nuisent à vos pieds,

Vous les aurez sur vos épaules. »

Lors la Beauce de s'aplanir,

De s'égaler, de devenir

Un terroir uni comme glace,

Et bossus de naître en la place,

Et monts de déloger des champs.

Tout ne put tenir sur les gens :

Si bien que la troupe céleste,

Ne sachant que faire du reste, S'en allait les placer dans le terroir voisin, Lorsque Jupiter dit : « Épargnons la Touraine,

Et le Blaisois ; car ce domaine

Doit être un jour à mon cousin.

Mettons-les dans le Limousin. »

« Ceux de Blois, ajoutait La Fontaine, comme voisins et bons amis de ceux d'Orléans, les ont soulagés d'une partie de leur charge. Les uns et les autres doivent encore avoir ici une génération de bossus, et puis c'en est fait ; vous aurez pour cette tradition telle croyance qu'il vous plaira. »

La Fontaine n'est pas d'accord avec Rabelais. Dans le chapitre xvi du livre I er de Gargantua, Rabelais raconte comment l'énorme jument qui porta Gargantua à Paris défit les mouches bovines de la forêt d'Orléans : c Car soubdain quilz feurent entrez en ladicte forest et que les freslons luy eurent liuré lassault, elle desguaynasa queue, et si bien, sescarmouchant, les escarmoucha,

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