STATION. - SALBRIS
12 kil. de Nouan. — 177 kil. de Paris.— 223 kil. de Limoges.
Tout près de la gare, s'élève l'hôtel de la Promenade, où l'on trouve des voitures à volonté.
Salbris. (1703 hab.) forme une assez forte agglomération située tout entière à gauche de la voie, au-dessous d'un étang, que traverse le ruisseau du Coussin, et au débouché d'un pont de pierre de 3 arches sur lequel la Toute de Limoges franchit la grande Sauldre. Cette rivière, qui a pris sa source dans le Cher, près de Humbligny, entre, grossie de l'Yonne, de l'Oisonnette et de la Nère, dans le Loir-et-Cher, au-dessous de Brinon, croise à Salhris la route impériale et le chemin de fer, reçoit le Naon, le Méan, la Rère, la Beauve, arrose Romorantin et se jette dans le Cher entre Celles et Châtillon. La vallée, très-resserrée au nord par de hautes. collines, à l'est, par les montagnes du Sancerrois, s'élargit en descendant vers le sud et coupe par quelque verdure vive la monotonie de ces régions désolées. Le canton de
D'ORLÉANS A LIMOGES
Salbris, qui comprend neuf communes de l'arrondissement de Romorantin et 9603 habitants, est un des plus pauvres de la Sologne ; les villages y sont rares; snr ses plaines arides, on ne voit guères que des bruyères parsemées d'habitations pétries de terre glaise et de foin, dans lesquelles vit de seigle et de sarrasin une population chétive ; partout une terre sans valeur, sauf le long de la Sauldre où iles prairies valent douze fois la terre des landes ou celle des champs.
Il se fait pourtant dans le bourg un certain commerce de grains, de fourrages, de bois et des laines fines et estimées du pays; et il y a quelques années, un peu au-dessous du chemin de fer, vers le sud, existait, sur une chute d'eau, une forge assez importante, qui a dû interrompre son travail. D'ailleurs, la position de Salbris sur le bord d'un cours d'eau considérable, où se déversent de nombreux ruisseaux, lui a valu de tout temps une réelle importance. C'était un des principaux points de l'occupation romaine en Sologne, sur la route à'Avaricum à Gena- 6um, qui y franchissait la Sauldre, comme le nom môme l'atteste encore (Saldobrivx, pont sur Sauldre, Salbris). Son histoire se borne pourtant aux vicissitudes ordinaires de la vie féodale, qu'elle partagea avec Nouan et Vierzon. Le château, placé au faite d'une vallée, à peu de distance du bourg, a été acquis en 1857 par M. de Gomigny, riche propriétaire des environs de Maubeuge , qui trouve là, sur une terre de 1500 hectares, à occuper ses loisirs intelligents et sa passion pour la silviculture.
L'espace qui sépare le bourg de la station est occupé en partie par le champ de foire. Dès l'entrée, vers l'angle de droite, une très-gracieuse et coquette ndaison, construite, comme le sont les plus riches et les plus pauvres du pays, en briques rouges, porte à son fronton : Asile de Coince. On l'aperçoit de la gare. C'est une fondation faite par la commune avec une somme de 100 000 francs donnée par le vieillard dont elle porte le nom.
Véglise, entourée d'arbres, n'a qu'une nef voûtée en arcs d'ogive à peine indiqués. Un transsept la sépare du chœur, dont la voûte est particulièrement remarquable par son exhaussement, de beaucoup supérieur à celui du reste de l'église, et forme quatre compartiments dont un seulement de chaque côté est percé dans
THEILLÀY-LE-PAILLEUX. 1 0 1
toute sa hauteur d'une baie ogivale. L'autel, qui occupe le fond du chœur, est orné de statues et de colonnes d'ordre dorique. Une inscription de la corniche atteste que cette décoration a été exécutée en 168d. Son principal ornement est une Pieta en marbre blanc, provenant de l'église des Bénédictins de Bourges, œuvre distinguée mais entachée de mauvais goût. Le groupe saint repose sous un ciel de lit à franges d'or que soulèvent deux angelots bouffis; au-dessus plane, dans une sorte d'oeil de bœuf, le Père éternel. Des deux côtés du chœur s'ouvre une galerie basse terminée par un autel. Mais on ne trouve nulle trace, dans l'église, des verrières antiques qu'y signalent tous les livres.
Au sud du village, sur un préau un peu écarté, s'élève un vieil édifice, reste sans doute d'un ancien prieuré, qui n'a d'autre nom dans le pays que la Chapelle, Un petit clocher, étroit et noir, qui s'enfonce dans un large toit en dos d'âne, lui donne à l'extérieur un aspect singulier. Quelques fenêtres ogivales à meneaux brisés et des écussons effacés, qui surmontent les portes, aident à peine à le distinguer des granges voisines. L'intérieur est nu et absolument abandonné, sauf l'autel, où, une fois Tan, se dit la messe. Il est décoré d'une vieille toile sans valeur, donnée en 1827 par le curé Bézard, dont la tombe est au pied et forme un des degrés.
On voit très-distinctement cette chapelle sur la gauche de la voie, au sortir de Salbris; puis à quelques pas de là on traverse le Coussin, plus loin, à 2 kilomètres, le Naon, la source des Lacs Plats, et enfin, sur une arche de 16 mètres d'ouverture, la Rère, affluent, comme tous les ruisseaux voisins, de la Grande-Sauldre, sans autre aspect que des landes et des étangs. Un moment pourtant la vue s'agrandit et découvre un lointain horizon de coteaux bleuâtres ; mais la route reprend à travers le sol blanc et crayeux, que recouvrent de loin en loin des gîtes de boue.
29 e STATION. — THEILLAY - LE - PAILLEUX
13 kil de Salbris. — 190 kil. de Paris. — 210 kil. de Limoges.
Theillay-le-Pailleux (1362 hab.) est un chétif petit village aux maisons en bois ou en pierre blanche, couvertes de tuiles rouges
ou noires, toutes parsemées à droite de la voie et sur les bords d'un petit ruisseau qui va tout près de là se perdre dans la Rère. Cette station sert surtout d'entrepôt de marnes pour les cultivateurs du pays. L 1 église possède une verrière où, parmi les personnages, se remarque un seigneur de Rère avec ses armoiries.
• A 2 kilomètres à peine de Theillay le chemin de fer gravit, par une longue tranchée, une rampe de 5 millimètres de pente. Le sommet atteint, on sort du département du Loir-et-Cher, pour entrer dans le département du Cher. Tout aussitôt, la voie descend, sur une pente de 6 millimètres, dans le tunnel de V Alouette , œuvre remarquable de l'ingénieur Richomme. La tranchée se continuait primitivement à ciel ouvert; mais la rencontre d'un banc d'argile, que les pluies détrempaient sans cesse, nécessita, à la suite d'éboulements nombreux, la construction d'arcs-boutants solides, puis d'une voûte, qu'on eut môme grand'peine encore à construire au prix de nombreux sacrifices pécuniaires. Après 1234 mètres de parcours souterrain, qu'éclairent de distance en distance d'une lumière fantastique 21 puits d'aération , on sort au milieu de la forêt de Vierzon , qui couvre plus de 5000 hectares. Mais la tranchée, qui se continue, en cache encore quelque temps l'aspect. Aussitôt que la vue devient libre, on aperçoit sur le bord de la voie, à gauche, le château de Faye t ancienne gentilhommière à tour carrée, qu'ombrage un groupe de sapins. A ce moment on plane, du faîte d'un remblai de sable haut de 16 mètres, sur toute la vallée, dont la verdure et la richesse causent une impression d'autant plus vive qu'elle est plus inattendue.