ARGENTON
la ville tout entière et une partie de la vallée de la Creuse, une modeste chapelle de Notre-Dame appartient à la famille Roilineau. Une des fenêtres extérieures porte un écusson qui semble fascé de dents de scie ou de losanges. L'intérieur n'est qu'une salle vide et dépouillée, sauf l'autel, assez bien entretenu. Aux deux côtés deux tableaux représentent, l'un, la Vision de saint Simon recevant le scapulaire, l'autre, une Adoration de V enfant Jésus.
Deux ponts relient les deux rives de la Creuse : — le Pont-Neuf, de trois arches surbaissées, en face de la route de Limoges et en contrebas du château; — l'ancien pont, en amont, au cœur de la vieille ville, mais à peu près détruit et n'ayant conservé que d'énormes piles à demi rondes, aiguisées en angle seulement en amont. Les anciennes arches, trop basses, s'opposaient au débit des eaux et ont été remplacées par des tabliers en bois. Sur les deux rives, les maisons s'y rattachent baignant leur pied dans la rivière et toutes étagées de galeries en bois noirci par le temps. Tout près, à droite, se dresse, au-dessus des toits voisins, la vieille église de Saint-Benoît, transformée en halle, et dont l'abside . étale béante sa fenêtre ogivale démantelée. Une jolie porte latérale conserve encore son couronnement à festons fleuris contournés de deux clochetons, avec un écu inscrit sur l'imposte dans un hexagone portant au centre une croix. La nef, envahie par la paille ou les sacs de blé, formait deux travées, dont une un peu plus profonde, comme pour indiquer le transsept, encadrées de colonnes sans chapiteaux, à nervures cannelées, qui supportent la voûte coupée, de compartiments multiples d'ogives. La clef de voûte de l'abside montre encore les armes fleurdelisées de Louis de Bourbon, prince de la Roche-sur- Yon.
Près de là, dans la ville haute, une porte ogivale de l'ancien auditoire s'ouvre aux flancs d'une tourelle transformée en prison. Tout le long de la colline et sur les deux bords s'étagent les vieilles maisons, enchevêtrant leurs toits noirs, à dos d'âne, en un pittoresque fouillis, parmi les touffes d'aunes et de peupliers qui baignent leurs racines dans les eaux vertes de la Creuse.
Entre les deux ponts, comme le château, mais sur la rive droite, se dresse, au fond d'une petite place, l'église paroissiale,
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en partie du xiv° siècle, en partie reconstruite, en 1861, dans le style gothique flamboyant du xv* siècle. Elle comprend une longue nef à trois travées indiquées par des piliers, sur la face desquels s'engage à demi une colonnette qui s'interrompt pour porter une statue de saint, couronnée d'un petit dais, et se continue au-dessus en se confondant avec le groupe des cinq nervures qui divisent les trois compartiments de la voûte. Chaque travée est percée d'une fenêtre coupée par un meneau à quatre feuilles avec des vitraux modernes, signés Lévéque, qui représentent la série des patriarches. Au-dessous, trois chapelles ouvertes, sans communication, dans la profondeur du mur, bordent chaque côté de la nef, d'un âge d'ailleurs différent et facile à reconnaître au caractère des baies qui les éclairent. Le transsept n'est indiqué que par la présence de tribunes supérieures. Le chœur, formé d'un autel vide, est surmonté d'un clocheton. Cinq chapelles l'entourent, semblables à celles de la nef et séparées du chœur par un déambulatoire qui laisse un libre passage. Dans une de ces chapelles se remarque une Pietà moderne, dont le socle représente la Pré" sentation au Temple; dans une autre, des vitraux de Lobin, de Tours (1860).
Le clocher qui précède l'église paroissiale et l'annonce de loin par sa flèche blanche, surchargée de dentelures, forme un por-* che, surmonté d'une tribune éclairée à l'extérieur par une haute et étroite fenêtre. Un léger meneau divise cette fenêtre en deux compartiments, que remplit une double verrière, de couleur dure et criarde , représentant Eve tendant la pomme à Adam et Eve et Adam se cachant après leur faute.
Argenton commandait une voie romaine qui, partant de Nantes, conduisait à Bourges et à Néris. La cité fut détruite de fond en comble par Waifer, duc d'Aquitaine, mais relevée immédiatement de ses ruines et constituée plus forte que jamais par Pépin, qui y installa, à résidence fixe, un gouverneur, avec la charge de protéger le pays de Bourges jusqu'au Cher. En 1020\, elle tomba aux mains d'Eudes l'Ancien, fils du fondateur de Châteauroux, et subit dès lors les diverses fortunes du Berry et des fiefs d'alentour. Philippe Auguste l'occupa, en 1188, avec Châteauroux, Duzançais, Culan. Le mariage de la veuve d'André de Chauvigny