STATION. — ARGENTON
S kil. de Chabenet. — 10 kil. do Célon. — 294 kil. de Paris. — 106 kil. de Limoges. Hôtels î — de la Promenade; — du Périgord.
Argenton (4765 hab.), chef-lieu de canton de l'arrondissement de Chàteauroux, est la ville la plus intéressante sans doute du département de . l'Indre, tant par son site et ses souvenirs, que par , les gracieux paysages et les débris du passé, semés tout alentour dans ses campagnes.
La ville couvre les deux rives de la Creuse, au milieu d'une fertile vallée bordée de coteaux chargés de vignes et de bois. G'est vers la fin du xiv siècle que, pour mieux s'étendre à l'aise, elle passa de la rive gauche, où s'échelonnait l'ancienne ville à l'ombre et à la merci du château, sur la rive droite, où le faubourg nouveau devint peu à peu le centre de la cité. En face, sur un étroit plateau, dont une pente se précipite vers la Creuse et que protégeait de l'autre côté un ravin inabordable, gisent les débris à peine reconnaissables d'une formidable forteresse. Un large fossé couvrait encore les approches de ses épaisses murailles, contre-boutées de dix énormes tours dont chacune avait son nom de guerre. Elles formaient une enceinte circulaire dite la Grande-Cour, au milieu de laquelle s'ouvrait un puits de cent cinquante pieds, qui, à une certaine profondeur, cachait un réduit propre à abriter cinquante hommes. Au milieu du château dominaient trois fortes tours dont la plus haute, assise sur le roc, servait au guet, chacune d'ailleurs munie de sa citerne et de ses défenses propres. Ruiné à l'intérieur dès 156<t, ce- vaste ensemble de forteresses rendait encore la place inabordable. Les habitants de la ville qui, pendant la Ligue, tenaient pour le roi, restaient à la merci de la garnison dévouée à la duchesse de Montpensier et aux Guisards. Les secours royaux arrivèrent pourtant si bien à point, un jour de lutte, à l'heure môme où de guerre lasse les bourgeois commençaient à déguerpir de leurs lpgis, que la garnison, surprise hors du château et pressée entre deux feux, dut mettre bas les armes. Le commandant, resté seul avec quatre hommes dans la place, ne put tenir et la rendit, —
D'ORLÉANS A LIMOGES
prise t miraculeuse » au dire môme du roi de Navarre, qui s'empressait d'en écrire la nouvelle « à son cœur » la duchesse de Grammont (28 mars 1589).
Des lettres patentes de Louis XIII, 'du 11 juillet 1632, ordonnèrent la démolition du château et une levée de 20 000 livres pour subvenir aux frais. La Fronde ayant encore essayé d'y trou-* ver refuge de 1650 à 1651, Louis XIV y fit mettre la mine et démantela la haute ville , percée jusqu'alors de quatre portes dont une seule communiquait avec la ville basse.
L'enceinte et la plupart des tours ont à peu près disparu dans ces diverses destructions. Au bas et à l'est du château, une tour bâtie sur pilotis , qui gardait le cours de la Creuse, s'écroula d'elle-même en 1782. Deux autres, qui avaient survécu, ont été sacrifiées , il y a une trentaine d'années, à l'ouverture de la route, qui contourne les flancs du plateau, aujourd'hui tout déchiquetés par les carrières et les fours à chaux. — Au-dessus vers l'ouest, à demi couchés comme par un coup de vent, se dressent d'énormes pans de murs en blocage avec revêtements de pierre, qui étayent encore de pauvres maisonnettes habitées. On les aperçoit de la voie» au passage, semblables à un énorme peulvan écroulé. C'est le dernier débris de l'antique tour d'Jféroc/e, la plus considérable de ce vaste ensemble de fortifications, et de beaucoup la plus ancienne, si l'on voulait en croire l'opinion populaire, qui la faisait remonter aux temps de l'occupation romaine. Le nom môme que la tradition lui assignait a l'intention de rappeler le souvenir du préteur qui commandait à Argentan, quand saint Marcel revenant de Lyon y passa (270-275). Pressé de sacrifier aux idoles, le jeune néophyte épuisa tous les genres de tortures par une série de miracles dont l'épée seule put avoir raison. Le village voisin a gardé son nom. Autrefois, diton, sur le fronton de la porte principale de la tour, au-dessous d'un taureau sculpté, se lisait ces mots : Heraclius veni et vici.
L'étroit sentier, que bordent ces ruines, conduit au faite du plateau, en longeant un assez triste pavillon, le plus souvent inhabité, à l'enseigne du Café de Notre-Dame. Sur le chemin, l'angle des jardins laisse entrevoir la tombe et l'en/eu futur du cafetier. A l'extrémité, sur une étroite esplanade, d'où l'on découvre