GARGILESSE
« Arbre, place, ravin, herse, église, château et roche, tout cela se tient et forme, au centre du bourg, un tableau charmant et singulier, qui ne ressemble qu'à lui-même »
Selon l'heure ou le but du voyage, qu'on y déjeûne ou qu'on y couche, Gargilesse est le rendez-vous obligé d'une halte qu'on ne regrettera pas. Le village compte jusqu'à trois aubergistes, entre lesquels la Ghamblant, la fille du guide Moreau, renommée pour ses bons vins; mais la Ghamblant, la première, si vous la rencontrez, comme il nous est arrivé, par les chemins, chargée de quelques bottes de sarments, jettera là son faix pour vous conduire non pas chez elle, la brave femme ! — «Ici n'y a pas d'envie, dit-elle, » — mais chez Mme Malesset, l'hôtesse habituée • des bourgeois. » — « Je recommande à tous les artistes et voyageurs Mme Rosalie Malesset, comme la meilleure cuisinière et la plus honnête femme du monde, —sans préjudice des autres habitants de Gargilesse, dont tous auront à se louer. Quant au pays, que ceux qui ont des yeux pour voir, le voient! » — Qui dit cela? Georges Sand encore, dans une note autographe, à la première page d'un gentil album, que nous trouvons en^furetant chez la ménagère, modeste et digne femme, qui ne songe môme pas à s'en parer! Mais qu'on se prête à causer de • la bonne dame, » qui n'est pour tous ici qu'une amie d'enfance, de bienvenue joyeuse et bienfaisante, et de M. Maurice, son fils, et de leur cher Manceau, si regretté, l'hôtesse s'égaie à vous montrer vis-à-vis de sa fenêtre, au coin de la cour, la maisonnette achetée l'autre été par la châtelaine de Nohant, au centre de son village bien-aimé^ et laisse venir, sans trop se défendre, les longs récits et l'effusion des doux souvenirs. — Et c'est une fête encore, entre ces quatre murs champêtres, quand tout ailleurs proclame le génie du grand écrivain, d'écouter une parole émue et reconnaissante qui rend témoignage à son grand cœur!
Un suivant le ravin de Gargilesse, admirable d'ombre et de mystère, on passe devant le cimetière et les ruines de la tour. Le chemin, së bifurquant, remonte à gauche, par le plateau, au Cerisier et à Cuzion, tandis qu'en ligne droite il gagne la Creuse-