EXCURSION A SAINT-BENOIT-DU-SAULT
Des voitures, partant d'Éguzon ou d'Argenton, desservent la route de Saint-Benoit- du-Sault, mais c'est à Gé Ion qu'attend le courrier correspondant avec le train du matin. Le chemin, au sortir de Célon, longe pendant 3 kilomètres la rive gauche de la Sonne, jusqu'à la rencontre de la route d'Argenton, qui, descendant vers le sud, laisse à droite Chazelet et son château, franchit l'Abloux et, à travers les bois de Chinan, puis par des côtes rapides, arrive à Saint-Benoit-du-Sault.
Cette petite ville est bâtie au pied de montagnes schisteuses et granitiques, qui se relient au Puy-de-Dôme, au milieu de gorges ravinées et de sites accidentés. Des nombreux ruisseaux qui découpent le pays, un des plus forts, le Portefeuille, retenu par une chaussée au bas de l'église, y forme un petit lac, d'où il se précipite par des échelons ruisselants sur les rochers amoncelés.
Saint-Benoit, autrefois Salis, doit son nouveau nom à l'ancien prieuré bénédictin, dépendant de l'abbaye de Fleury, qui couvre la pointe avancée de l'escarpement. Ce prieuré comprend trois corps de logis, de dates différentes, avec un jardin, soutenu par des contre-forts, en forme de terrasse, du côté de l'eau. A quelques mètres de là et tout sur le bord du ruisseau, s'aperçoit le colombier. Ces bâtiments sont devenus de simples décharges depuis la construction, en 1730, d'un nouvel édifice (48 mètres de long sur 11 de large) qui en a relié la partie orientale à l'église. Au centre, la salle capitulaire communique avec la terrasse par un escalier circulaire de quatre marches. Un corridor voûté, circulant le long du bâtiment , donne accès dans toutes les pièces. Vers le milieu, du côté de la cour, une aile s'en détache, dite de la Prévôté, destinée autrefois à la recette et aux approvisionnements. Un escalier extérieur conduit à la grande salle de la Justice. La cour formait le cloître, qui ouvrait dans l'église par une porte aujourd'hui murée.
Il ne restait plus à la Révolution que trois religieux dans le
SAINT-BENOlT-DU-SAULT. 175
grand couvent, qui fut mis en vente et qui appartient depuis 1853 aux religieuses du Verbe-Incarné , tenant pensionnat de demoiselles.
Véglise (45 mètres de longueur sur 22 mètres de largeur dans le . sanctuaire, 19 mètres dans les bas côtés) a pour vocable saint Jean- Baptiste. La nef principale (27 mètres sur 8) est bordée de deux petites nefs latérales formées par une double rangée parallèle, mais sensiblement oblique, de six piliers, accolés chacun de deux
Saint-Benoît-du-Sault.
colonnes qui portent la retombée d'arcades en plein cintre surmontées d'une fenêtre ronde. A gauche, près du chœur, la chapelle de la Vierge, accrue d'un mètre aux dépens de la profondeur du mur, a été décorée, en 1836, par un Italien, Maurice Pizetta. Le chœur (12 mètres de long) est surexhaussé de trois marches et fermé vers la nef par une balustrade. L'abside, voûtée en quart de sphère, comprend la partie la plus ancienne de l'œuvre (5 mètres 50). Trois fenêtres en plein cintre (1 mètre 50 de hauteur sur 1 mètre) l'éclairent, décorées seulement au dedans de leur
D'ORLÉANS A L
vaste embrasure par deux colonnes à chapiteau roman feuillagé, portant une corniche avec moulures en damier , que cache en partie la maçonnerie. La muraille extérieure porte la date de 1484, qui n'est pas celle de la construction. Une boiserie avec stalles (xviii 6 siècle) montre encore, dans un fronton circulaire, Técusson do France, qui se retrouve aussi derrière l'autel, et celui de la Prévôté (d'azur à trois clous d'argent en pal). — L'ancien plafond en planches a été remplacé, en 1836, par des voûtes en briques de champ d'un pouce d'épaisseur, que soutient entre chaque travée un arc doubîeau. Une large tour carrée, de 7 mètres de côté, forme le clocher, soutenue à chaque angle antérieur par deux contre-forts et à l'angle gauche postérieur par un massif qui contient l'escalier. La porte ogivale s'ouvre dans une vaste embrasure bordée de trois petites colonnettes avec chapiteaux et tailloir chargés de trois archivoltes en retrait. De chaque côté, deux niches renfermaient autrefois des statues de saints brisées. Au-dessus de l'entrée, une haute et large fenêtre, coupée par deux meneaux, porte une rosace et s'encadre dans une ogive (xin° et xiv e siècles). Voûtes, arceaux, bois, colonnettes, accusent un style complètement différent de l'ornementation de l'abside et du reste de l'église.
Tout cet ensemble, église et couvents, était défendu du côté de la ville, à l'étranglement le plus étroit de la terrasse, par trois tours dont une, au centre, carrée, et séparé par une large coupure en plein granit (16 mètres) de la seconde enceinte dite le Fort. Celle-ci, en forme d'hexagone, couverte de murs hauts de 7 mètres sur 2 d'épaisseur, avec parapets en saillie, faisait face par un portail à double baie avec pont-levis, herse, mâchicoulis, triples meurtrières; vis-à-vis, à l'intérieur, le logis du gouverneur con-
serve encore des caves remarquables par les colonnes trapues qui supportent la voûte; dans l'angle, à gauche de la cour, était le four banal ; dans l'angle de droite une tourelle ronde (xv* siècle).
Trois des côtés de l'hexagone du fort étaient enclavés par la
ville entourée elle-même d'une muraille à peu près disparue, sauf deux tours. Un faubourg extérieur, dit de Saint-Michel, renfermait VhdpitcU et sa chapelle, le cimetière des protestants, vis-à-vis du cimetière des catholiques, les casernes, le couvent des Au-