‹ De Paris a AgenChapitre 75 sur 154 · EXCURSION A CROZANT · texte numérisé non relu

EXCURSION A CROZANT

Les piétons prennent, comme les voitures, la route de Dun-le- Palleteau. Le plateau, légèrement ondulé, se couvre de touffes d^ntiques châtaigniers, parsemés çà et là au milieu de landes longtemps arides, aujourd'hui cultivées en blé noir. On traverse le village de Cherchay, et, en descendant la pente du ruisseau de Clavière, on contourne à gauche une gentilhommière moderne environnée de chênes, de hêtres, de charmes et d'épaisses châtaigneraies qui dominent un étang étalé le long des replis du chemin. Le vallon traversé (3 kil.), la route remonte péniblement, en coupant la côte noirâtre, au-dessus des belles et vertes prairies, jusqu^u plateau âpre et sauvage. Au point culminant, sur la lande nue, se rencontre à droite un second étang (5 kil.), et Ton quitte tout près de là, à un ponceau, le département de PIndre pour entrer dans la Creuse. On n'aperçoit de toutes parts que des bruyères, des genêts, quelques carrés de seigle, bientôt un beau bois de bouleaux, puis de nouveau la lande. Sur la gauche, à mesure que l'on avance, s'ouvre, par échappées et bientôt à vue libre, une large perspective sur la vallée de la Creuse, qui s'agrandit à mesure qu'on descend vers la Sédelle.

C'est à mi-côte, sur le revers du plateau, qu'il faut quitter la route de voitures qui va s'allonger en formant un angle immense pour franchir la Sédelle (8 kil.) au pont Charreau, vieille construction formée de 3 arches de pierre. Le piéton tourne à gauche, et, droit devant soi en pleine lande, suit un chemin qu'indiquent à

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peine deux petits chênes rabougris et mieux encore les ornières des charrettes. On entrevoit dès l'entrée les premières maisons de la Journalière, qui tient aux maisons de Vitrac. A un petit carrefour, une butte ombragée d'un poirier porte une antique croix de pierre, dont le pied est brisé. Le sentier incline à droite, dès lors régulièrement frayé et bordé d'une haie d'épines ou de genêts, qui aboutit à une belle et courte allée de châtaigniers. Laissant à gauche le chemin de Vitrac, on continue de suivre à droite celui qui mène directement à Grozant en rasant Changolin. A la rencontre du sentier qui descend de ce village et sous les premières maisons, on aperçoit au loin devant soi i'église de Crozant, et à gauche, comme dans un trou, la cime d'une tour ronde. Bientôt, du faite du plateau nu, on embrasse du regard tout ce qui reste du château, une crête allongée et aiguë sur laquelle s'alignent à distance dans un profil étrange des pans de murs déchiquetés.

A l'aborder ainsi, le premier aspect n'a rien de saisissant, précisément parce qu'on n'embrasse que la ruine, qui est presque complète, et non le site môme qui est d'une désolation sauvage; — mais, dès que la pente commence vers la Sédelle et que se mesure la profondeur immense, une impression nouvelle naît de la vue plus nette de la réalité. Il faut plonger dans le ravin rapide que contourne un sentier pierreux, au pied duquel une planche jetée sur le ruisseau mène à la butte où se dressent le village et l'église. En gravissant péniblement les premières pentes de ce coteau, on a sous les yeux l'ensemble du château, du pied jusqu'au faite, dans la bizarrerie de ses lignes fantastiques, et tout le gouffre où se dresse d'un seul jet une croupe rocheuse formée d'assises de blocs dont les débris jonchent le courant resserré entre deux rives inabordables.

Le pic désert qui porte la ruine a la forme d'un triangle de 800 mètres de côté, tout hérissé de longues roches grises, et dont le sommet plonge au confluent de la Sédelle et de la Creuse, qui s'y rencontrent en bouillonnant autour d'énormes blocs de rochers, tandis que la base, large de 200 mètres, est séparée du mamelon voisin et du village par un vallon étroit et profond comme une tranchée. Un pont, dont on reconnaît encore les piles, donnait accès par là dans le repaire inaccessible. Les fondations de

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