D'ÉGUZON A LIMOGES
La voie au sortir d'Éguzon continue la traversée du grand plateau granitique central, qu'elle a abordé depuis Argenton et qu'elle doit suivre jusque par delà Thiviers.
Pour le voyageur qui a vu passer les riants coteaux du Parisis et les champs immenses de la Beauce, c'est un sol d'aspect tout nouveau que cette Marche et ce Limousin aux maigres cultures, aux luxuriants pâturages. Ici les vastes plaines sont rares ou inconnues ; mais des vallées innombrables s'étendent de tous côtés, ombragées de leurs collines, arrosées de leurs ruisseaux, qui jaillissent sur le gravier ou la roche nue, à travers les aulnes et les peupliers. Aux deux bords des prés à la verdure noire et touffue, les pentes extrêmes se couyrent d'arbres puissants parmi lesquels dominent le chêne et le châtaignier, richesse du pays. Dans ces prairies toujours vertes, arrosées par la Vienne et la Gartempe et mille sources vives que l'on sait dans le pays diriger au travers des herbages, se sont formées deux races célèbres d'animaux limousins, le cheval, remarquable par sa légèreté et par sa vigueur, mais dont la race, tout d'un coup délaissée, a fini par disparaître; le bœuf, robuste, patient, musculeux, propre au harnais comme à la boucherie. Chaque année, les jeunes troupeaux s'en vont par bandes nombreuses peupler les étables de l'Angoumois, du Périgord et de la Saintonge, pour revenir d'ordinaire, au bout de cinq ou six ans,