‹ De Paris a AgenChapitre 80 sur 154 · STATION. — SAINT-SÉBASTIEN · texte numérisé non relu

STATION. — SAINT-SÉBASTIEN

7 kil. d'Éguzon. — 322 kil. de Paris. — 78 kil. de Limoges.

Saint-Sébastien (1360 hab., canton de Dun (17 kil.), arrondissement de Guéret (45 kil ), se trouve à 1600 mètres de la station. Le pont qui coupe la voie, à gauche, au sortir de la gare, aboutit à un chemin neuf conduisant au village en droite ligne. L'église, construite sur les dessins de l'architecte Narjon, en 1862, possède de belles verrières de Thévenot, présents de fidèles de Limoges ou de la paroisse Saint-Eustache de Paris, dont le curé Simon était lié d'étroite amitié, avec l'abbé Leclerc, curé de Saint-Sébastien. Elles représentent saint Eustache et saint André, saint Léonard et saint Martial, et, dans le transsept, saint Pierre et la Vierge. L'église est d'ailleurs presque nue, mais le peu d'ornements dont elle se pare y est disposé avec goût, — chose rare!

Sur la place, V hôtel des Arts doit son nom aux goûts du fils de l'hôte, artiste sculpteur d'un certain mérite.

Un sentier qui passe devant l'église, se dirigeant vers le nordouest, franchit l'Abloux, incline à droite, et, s'enfonçant dans une gorge, conduit, à trois kilomètres du bourg, à l'extrême coufin de la commune et du département de la Creuse, aux ruines de l'abbaye d'Aubignac. Dans un site désert et sauvage, sous les épines et les ronces, se cachait naguère une antique et double chapelle romane récemment rasée ; mais, à quelques pas, à l'ouest, une grosse masse surgit encore, sous le lierre, soutenue en partie de grossiers contre-forts; l'intérieur n'offre que des chambres délabrées, des planchers pourris. C'est V église abbatiale du xr* siècle (28 mètres de longueur sur 8 mètres 40 centimètres de largeur) transformée en logements par les derniers moines et coupée par

186 D'ORLÉANS A LIMOGES

eux en deux étages. Les piédestaux dés pilastres sont dans la cave, les chapiteaux dans le grenier, où naissaient les voûtes. De gros piliers flanquent chaque angle de la façade, dont la porte à plein cintre allonge sa corniche circulaire jusqu'aux contre-forts. Dans un petit cabinet , le chambranle d'une cheminée porte des encadrements de fleurs; au milieu, deux cœurs enflammés avec l'inscription : Hsec duo faciunt unum; à droite un petit chien : fidelitas; à gauche, deux colombes se becquetant : amicitia. C'est la chambre d'un moine dont la mémoire n'est pas morte dans le pays.

A droite de la station, apparaît un étang qui se déverse dans l'Abloux ; on franchit un ravin au delà duquel on s'élève par une série de tranchées le long du plateau, d'aspect triste et sauvage. Tout est noir et roux comme le sol que coupe la voie. A droite, un second étang donne naissance à l'Abloux; à gauche, apparaît le clocher à porche roman de Bazelat, village dont une partie des habitants émigrent chaque printemps à Paris, pour revenir l'hiver retrouver au pays les festins de fromage de chèvre et de lard fumé. Au delà, la vue s'étend, à gauche, sur des croupes de collines, jusqu'à la traversée de châtaigneraies , voisines de Forgevieille.

44 e STATION. — FORGEVIEILLE.

7 kil. de Saint-Sébastien. — 329 kil. de Paris. — 71 kil. de Limoges.

Forgevieille, autrefois Forge$4es-Vieilles y n'était qu'un village perdu de la Creuse (142 hab.), dépendant de la commune de Saint-Germain-Beaupré, canton de la Souterraine (11 kil.), arrondissement de Guéret (35 kil.); mais la station du chemin de fer lui a donné une importance qui ne fait que s'accroître. 10000 voyageurs s'y embarquent chaque année, et, au départ des maçons, elle est envahie et devient insuffisante. Dun4e-Palleteau est la ville la plus rapprochée, qu'elle dessert et dont les intérêts sont les siens.

Saint- Germain Beaupré, à deux kilomètres au sud-est de la gare, doit probablement son nom à de vastes prairies qui s'étendent à ses pieds, bordées à l'horizon par les maisons de Dun et la montagne de Chabannes. Le château seigneurial du bourg était autrefois la plus riche et la plus grandiose habitation

FORGEVIEILLE

féodale de la Marche. Pendant près de neuf siècles, il appartint à la famille de Foucauld , toute - puissante dans le pays. Louis Foucauld de Saint-Germain, amiral et maréchal de France, y est né; Henri IV y séjourna en 1605, et durant huit jours y chassa avec Sully, Lanoue, Lesdiguières , Montmorency, et les grandes dames de sa cour, dans l'immense et magnifique forêt, qui, encore aujourd'hui, fait l'honneur du domaine. A la mort du roi Henri, le maréchal d'Aulmont obtint un ordre de la régente, et, sous prétexte d'intrigues protestantes, vint demander à mettre la main sur le château. Gabriel Foucauld était absent; sa femme refusa l'entrée. Le canon parla et en deux jours fit brèche. 11 fallut se rendre, et le château, saccagé, fut démoli presque au ras de terre. Mais bientôt, d'Aulmont, convaincu de calomnie et de pratiques indignes, fut condamné à relever lès ruines à ses frais. Ce retour de fortune s'explique : Foucauld s'était converti au catholicisme.

Le 21 octobre 1652, Louise de Montpensier fut internée, par ordre du roi, à Saint-Germain- Beaupré et occupa les appartements qui forment l'angle de Test. Elle y amusait ses loisirs, comme elle le raconte dans ses Mémoires, à apprivoiser les grosses carpes des fossés, qu'elle conviait chaque matin, sous ses fenêtres, au son de la cloche. Le 16 juin 1768, les héritiers d'Anne-Françoise Foucauld, veuve d'Alexandre de Grivel, marquis d'Auroy, vendirent la terre entière de Saint-Germain à leur parent, Nicolas Doublet de Persan, qui céda, en 1789, le château à Martin Ducouré de Lignac. Il resta dans cette famille jusqu'en 1840 et passa alors aux mains de M. de Villemotte, puis futacquis par des marchands de biens, qui s'y acharnèrent pierre à pierre. Un nouveau maître, le comte Ernest d'Honorati s'y installa en 1854 et y demeura sept années. Après une nouvelle période de dévastation, ce qui restait de la grande ruine a été acheté par un riche entrepreneur, qui prend à cœur de la conserver.

Le château, il y a trente ans, restait encore presque intact. C'était un vaste pentagone, flanqué à chaque angle d'une tour , haute de 45 mètres sur 8 mètres de diamètre. Quinze cents fleurs de lis en fer doré de un mètre de hauteur couronnaient, jusqu'en 1793, tout le bâtiment, qu'entouraient des fossés de 15 à 16 mètres

D'ORLÉANS A LIMOGES

de profondeur et de largeur. Entre les murs et les fossés s'étendaient de riants parterres. On y pénétrait par trois ponts, dont un, au. midi, à fleur d'eau, communiquait avec les caves, servant en partie d'écuries à 400 chevaux; l'autre, coupé d'un pontlevis, ouvrait sur le rez-de-chaussée ; le troisième, au nord, menait du coteau directement au premier étage.

La cour intérieure, pavée en grandes dalles, contenait à chaque angle une tourelle, loge de l'escalier. Au fond se trouvaient les appartements d'honneur. Un des deux salons du premier étage avait été habité par Mlle de Montpensier. C'était la chambre de Cléopâtre, du nom d'une tapisserie qui reproduisait son histoire. Des boiseries d'un blanc mat, dorées sur toutes les moulures, ainsi que le plancher, formaient, avec la cheminée en marbre rouge qui s'élevait jusqu'aux solives, une décoration d'un luxe vraiment royal. Deux vastes fenêtres éclairaient la pièce et chaque panneau des embrasures représentait un des nombreux châteaux relevant de Saint- Germain, et, dans le bas, des sujets tirés des Fables de la Fontaine. Dans les autres chambres, avec les vieux meubles, se conservaient les portraits d'Henri IV et de Louis XIV, âgé de soixante ans, de Mmes de Montespan, de Maintenon, de Mailly, de la Tournelle , de Mlles de la Vallière et de Thianges, et des divers membres de la famille Foucauld. Une seconde enceinte de fossés ou d'étangs, dont un contenait une lie, couvrait encore le château. Au devant de la porte d'entrée, une belle terrasse plantée d'arbres avec balustrade laissait voir au loin sur la vallée. — A quelques pas de là existe encore un massif de trois gigantesques marronniers, nés des premiers marrons semés en France, dont un mesure 4 mètres 30 centimètres de circonférence. — Au-dessous commençait le jardin, en tête duquel s'élève l'orangerie, encore intacte et récemment restaurée, célèbre autrefois par ses vieux arbres, que contenaient près de deux cents caisses, aujourd'hui décimés et réduits à 45 pieds malades et rabougris. Au devant, un potager entouré de murs couvre à lui seul 4 arpents.

Tout est détruit du château , sauf les écuries voûtées en pierre et un angle garni d'une tour, au-dessus des cachots. C'est la partie même habitée par Mlle de Montpensier. La tapisserie usée n'a été vendue qu'en 1860, à Paris, et sur les panneaux

S AINT-GEflM AIN-BEAUPRÉ.

peints se reconnaissent encore la fable de la Cigogne et du Renard, et au-dessus, une vue du château des Places. Vis-à-vis, s'ouvre le pont militaire avec une charmante balustrade à jour et sa guérite de pierre, au pied de laquelle gisait, le jour de notre visite, un fragment du buste du dernier Foucauld. Les tableaux sont restés aux mains de M. de Villemotte, actuellement résidant au château de Blossay, près de Vierzon, et qui fait bâtir, à Blois môme, un magnifique château, que doivent décorer, du haut en bas, la galerie, les meubles et jusqu'aux boiseries de Saint- Germain. Le reste du mobilier a, on peut le dire, été mis au pillage à tout venant, ou, ce qui est pis peut-être, brisé sans but. On peut en voir quelques reliques chez l'abbé Rattier, curé de Saint-Germain, enfant du pays, qui s'est plu, depuis quarante ans, à en étudier et à en raconter l'histoire. Le parc seul, à vrai dire, a gagné à ces changements de maîtres. M. d'Honorati y a dépensé , en quelques années, plus de 85 000 francs en plantations. Les aspects et les points de vue varient au détour de chaque sentier sur une étendue de 15 hectares, qu'animent une rivière factice et de jolis pavillons richement meublés.

Sur la route, à gauche, à cinq minutes en deçà de l'entrée du bourg, que de ce point on a devant soi, une avenue de jeunes châtaigniers conduit à l'habitation moderne du propriétaire de cet admirable domaine.

V église de Saint-Germain n'offre d'intéressant que la chapelle seigneuriale, à voûte flamboyante de fines arêtes d'ogive, et son clocher, reproduction réduite du couronnement d'une des anciennes tours du château.

A partir de Forge vieille, le parcours devient plus accidenté; on traverse, par une succession de tranchées, de nombreux renflements du sol. Toute la vue est à gauche ; on domine des bois de châtaigniers qui cachent la vallée en laissant à découvert les coteaux lointains. Des ruisseaux ravinés se déversent dans la Sédelie, en entr'ouvrant au passage leurs vallées rapides. On dépasse, sans le voir, à 2 kilomètres, à l'E., l'important village de SainUAignan-de-Vcrsillat. Au plus loin apparaît bientôt un clocher qu'on ne perd plus de vue, le clocher de la Souterraine, où l'on aborde, le long du bois de Bousseresse et sur le bord

D'ORLÉANS A LIMOGES

d'un petit cours d'eau, qu'on a peine à reconnaître pour la Sédelle, le gouffre torrentueux de Crozant.

Page 1